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Oups! Élections Québec utilise un logiciel russe controversé

L’antivirus Kaspersky a pourtant été banni aux États-Unis et dans d’autres pays dès 2017 en raison des risques

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Photo AFP L’entreprise russe Kaspersky, qui vend des produits de sécurité informatique, était présente le 28 février à une exposition sur la téléphonie mobile à Barcelone, en Espagne.

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Élections Québec cessera d’utiliser un controversé logiciel de sécurité russe après que notre Bureau d’enquête lui eut fait remarquer hier « un risque considérable d’attaque informatique » soulevé par l’Allemagne. 

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L’organisme qui encadre les scrutins dans la province utilise l’antivirus Kaspersky depuis au moins 2013, selon un contrat public que nous avons identifié. 

Mardi, l’Allemagne a recommandé de remplacer tous les antivirus de cette compagnie avec d’autres produits de protection pour des raisons de sécurité. 

Elle allègue que Kaspersky pourrait être espionnée par le Kremlin lors d’une cyber opération, ou bien être instrumentalisée pour attaquer des systèmes ou ses propres clients.

«Nous allons cesser de l’utiliser», a laconiquement affirmé hier par courriel Élections Québec, en réponse à nos questions. 

Au cours des dernières années, les cas d’ingérence du Kremlin dans les élections un peu partout sur la planète ont été largement documentés, dont lors de la présidentielle américaine de 2016 remportée par Donald Trump. Des pirates informatiques russes ont notamment infiltré les courriels de la campagne d’Hillary Clinton et attaqué des systèmes électoraux locaux.    

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Les américains piratés

Dans la foulée de cette saga, en 2017, les États-Unis ont accusé Kaspersky d’avoir des liens avec les services secrets russes. Un contractant de la National Security Agency (NSA) avait été piraté par un Russe, qui avait obtenu des dossiers sensibles via l’antivirus Kaspersky. 

Une loi avait ensuite été signée pour bannir tous les produits de cette entreprise des organisations gouvernementales américaines. 

Plusieurs États ont ensuite emboîté le pas des États-Unis. Entre autres, la Grande-Bretagne a prévenu ses organisations gouvernementales d’éviter d’utiliser Kaspersky pour des raisons de « sécurité nationale ». 

Peu après, la Lituanie et les Pays-Bas ont annoncé avoir banni à leur tour le logiciel. L’Union européenne a recommandé en 2018 à ses membres d’éviter de l’utiliser. 

Neuf contrats publics

Québec, par contre, n’a pas suivi ce mouvement. En plus d’Élections Québec, d’autres organisations gouvernementales utilisent ce logiciel. Notre Bureau d’enquête a découvert neuf contrats publics en lien avec Kaspersky. 

Le Cégep Limoilou a confirmé hier que le logiciel russe était installé pour protéger ses postes de travail. 

De son côté, le Cégep de Chicoutimi a conclu en juillet un contrat en lien avec le logiciel, installé sur les « serveurs et les postes de travail ». 

Télé-Québec, le Cégep Heritage et les commissions scolaires English-Montreal et des Samares ont aussi conclu des contrats liés à Kaspersky au cours de la dernière décennie. 

Télé-Québec a amorcé une migration vers un autre logiciel il y a plusieurs mois et English-Montreal n’utilise plus les services de Kaspersky. 

Malgré nos demandes, il n’a pas été possible, hier, de savoir si les autres organismes faisaient toujours appel au géant informatique russe. 

Elle nie

Kaspersky a été cofondée en 1997 par le richissime homme d’affaires russe Eugene Kaspersky.

Mardi, l’entreprise avait réagi à la mise en garde allemande en la qualifiant de « politique ». La firme a assuré n’avoir aucun lien avec le gouvernement russe. 


En 2018, notre Bureau d’enquête avait découvert qu’Élections Québec a été victime d’une attaque informatique durant la campagne électorale provinciale et a effacé les preuves sans en informer les services policiers.

QUI EST EUGENE KASPERSKY    

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Photo AFP

◆ Cofondateur de Kaspersky Lab, une compagnie de sécurité informatique, en 1997.

◆ Il a été éduqué dans une école du KGB, les services secrets de l’URSS.

◆ Il a déjà eu le FBI comme client.

◆ Plusieurs enquêtes journalistiques allèguent depuis 10 ans qu’il a des liens avec le gouvernement russe, ce qui est démenti par l’entreprise.

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