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Poutine est de la trempe des pires dictateurs de l’histoire

L’ancienne présidente de la Lettonie croit que l’OTAN doit intervenir militairement en Ukraine

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Photo d’archives En 2005, la présidente lettone de l’époque, Vaira Vike-Freiberga,­­­ a visité le Vatican­­­ en plus d’accompagner le président russe Vladimir Poutine lors du 60e anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne­­­ nazie.

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Présidente de la Lettonie de 1999 à 2007, Vaira Vike-Freiberga a toujours senti chez Vladimir Poutine son obsession de reconquérir les pays de l’ex-Union soviétique. Celui qu’elle associe aujourd’hui aux pires dictateurs de l’histoire russe ne s’arrêtera pas à l’Ukraine. Les pays d’Occident doivent l’arrêter, pense cette femme qui a habité 33 ans à Montréal, avant de devenir cheffe d’État. Le Journal s’est entretenu avec elle depuis Riga par visioconférence.

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Que décelez-vous des intentions de Poutine?

La résistance ukrainienne et les sanctions de l’Occident le heurtent au plus haut point. Regardez son visage, le son de sa voix, lorsqu’il fait ses discours; on voit qu’il est fâché! Les médias occidentaux ne traduisent pas toujours adéquatement ce que Poutine dit des Ukrainiens. Il a un dédain profond pour ce peuple qui, selon lui, n’a pas de langue propre, ni culture, ni histoire... C’est du racisme de la pire sorte! On n’a rien vu de tel depuis Hitler! Il avait préparé une déclaration deux jours après le début de la guerre. Il croyait encore en une blitzkrieg, une guerre éclair, dans laquelle sa « petite Russie », soit les 44 millions d’Ukrainiens, était enfin unie à la grande.

Qu’est-ce que Poutine va faire avec cette terre brulée? Il va installer un gouvernement fantoche obéissant à Moscou mais la population ne l’acceptera pas. Ça va être une tragédie à long terme.

Quel genre de leader est-il?

Pour Poutine, la plus grande tragédie du 20e siècle, c’est le démantèlement de l’URSS. L’Holocauste et tout le reste, c’est sans importance à ses yeux. Sa philosophie, c’est le totalitarisme de l’Union soviétique. Il est dans la continuité de Lénine et Staline dont il a réhabilité la mémoire. Dès notre première rencontre, il a déploré le fait que nos deux pays étaient séparés par une frontière. Pour lui, nous formions un seul et même peuple. Là-dessus, nous avions des positions diamétralement opposées.

Vaira Vike-Freiberga
Photo d’archives
Vaira Vike-Freiberga

En ma présence, Poutine a toujours été cordial. Nous parlions allemand ensemble, une langue que j’ai apprise dans les camps de réfugiés et lui à titre d’espion du KGB. Il n’exprimait pas de malaise à l’idée qu’une femme dirige la Lettonie, mais le fait que je revenais d’exil et que j’assumais l’indépendance de notre nation, cela l’embêtait beaucoup. Sa courtoisie à mon égard cache un être obsessif et dangereux qui veut imposer sa vision de la grande Russie à reconquérir. Poutine a une mentalité de chef de mafia; c’est un gangster. 

Que doit faire l’Occident?

L’OTAN doit envoyer des avions pour stopper le massacre! En attendant, vous et moi, nous sommes complices des crimes de l’armée russe contre Marioupol. Ce qui s’y déroule est inhumain; ce sont des crimes de guerre. Un jour, les responsables seront traduits devant le Tribunal pénal international... s’ils survivent.

Les organismes internationaux ne font rien pour au moins laisser les civils s’échapper... Ayant été moi-même une enfant réfugiée durant la Seconde Guerre mondiale, je peux témoigner de l’horreur que vivent ces pauvres gens. Où est la Croix-Rouge internationale?

Ne craignez-vous pas la riposte nucléaire?

Le recours aux bombes nucléaires est une abomination et une absurdité. Je crois que cette menace n’est que de la poudre aux yeux pour faire peur à l’Occident. Et si, dans sa rage, Poutine décide d’aller jusque-là, il y a toute une chaîne de commandements qui, j’ose le croire, nous protégera. Contrairement à ce qu’on croit, il n’est pas seul à pouvoir «appuyer sur le bouton». On peut encore espérer, même s’il a des appuis inconditionnels dans son entourage, que les haut gradés de l’armée russe refusent de le suivre jusque-là! 

Durant vos deux mandats à la présidence de la Lettonie – le maximum permis par la constitution – vous avez fait entrer votre pays dans la Communauté européenne et dans l’OTAN. Est-ce une protection suffisante pour éviter à votre pays le sort de l’Ukraine?

Vous avez entendu comme moi Joe Biden [président des États-Unis], Emmanuel Macron [président de la France], Boris Johnson [premier ministre d’Angleterre] et Jens Stoltenberg [secrétaire général de l’OTAN] répéter que toucher à un seul centimètre d’un pays de l’OTAN revenait à lui déclarer la guerre. Je suis donc rassurée sur l’avenir de la Lettonie. 

Mais je pleure tous les soirs en regardant les nouvelles télévisées.

De réfugiée à présidente    

Lorsqu’elle accède à la tête de la Lettonie le 17 juin 1999, Vaira Vike-Freiberga devient la première femme à présider un pays d’Europe de l’Est. Durant ses deux mandats, elle met en place nombre de mesures de justice sociale et fait du letton la langue officielle du pays en s’inspirant entre autres de la loi 101 du Québec. Rien ne prédisposait pourtant à un tel destin cette réfugiée de la Seconde Guerre mondiale. Après des mois d’errance dans des camps en Pologne et en Allemagne (sa petite sœur meurt en route), sa famille s’installe au Maroc, puis immigre au Canada en 1954. La jeune femme pousse les études jusqu’au doctorat et devient professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal en 1965. Elle parle couramment le français et l’anglais, en plus du letton, de l’allemand et de l’espagnol.

Quand elle retourne en Lettonie en 1998, elle devient presque aussitôt une aspirante à la présidence. Candidate du compromis, elle rallie les sociodémocrates de son pays par son expérience internationale et l’emporte moins d’un an après son exil.

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