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Romans d'ici: quand la vie blesse

Romans d'ici: quand la vie blesse
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En 33 courtes nouvelles, Emmanuelle Cornu présente des gens plongés dans des situations douloureuses ou inusitées, chez qui l’espoir pourtant résiste.

À l’image du titre de son recueil, Trois tours de cordon, Emmanuelle Cornu déploie ses personnages en trois étapes distinctes, qui marquent chacune une « rupture de comportement ». 

Dans un premier temps, on voit des personnages dont la vie vire à l’envers. La deuxième section insiste sur l’instinct de survie. L’étape de l’inévitable est exploitée dans la dernière partie.

Des thématiques reviennent, déjà présentes dans l’œuvre de Cornu : les fausses couches, l’enfance, la santé mentale. On trouve aussi beaucoup de mères et des profs. Et les couples sont plus souvent lesbiens qu’hétérosexuels. Ce sont là des reflets de la vie de l’auteure, qui a une femme pour partenaire, perdu une fille après une fausse couche et été enseignante en maternelle.

Par ailleurs, il y a dix ans, dans le recueil Jésus, Cassandre et les demoiselles, elle avait déjà exploré la déclinaison en quelques pages de multiples personnages liés par le même ressort. C’est l’approche qu’elle reprend, donnant à nouveau de la consistance à des individus dont on ne capte pourtant qu’une parcelle de vie. 

Surtout, au milieu d’appro-ches prévisibles, il y a de belles surprises. Par exemple, on s’attend au déchirement que provoque la perte d’un enfant, ce qui est fort bien rendu. Mais une des nouvelles met aussi en scène une femme qui jardine sous le regard doux de sa fille envolée : inattendu et lumineux.

Humour moqueur

Emmanuelle Cornu touche également à des sujets peu exploités. Ainsi de la routine du travail qui sert de protection devant la vie, bien illustrée dans la nouvelle « La vie de bureau est rassurante ».

Ou encore l’histoire de ce couple de deux femmes, où l’une opte finalement pour un changement de sexe. L’autre amoureuse ne se voit pas dans les bras d’un homme. Impossible de renouer leur pacte : « Elle était là, elle n’y est plus. [...] Je vis un deuil d’un genre nouveau. »

Elle nous fait aussi partager la rentrée scolaire de Peter, déjà exaspéré en pensant aux bambins qu’il doit accueil-lir, « des élèves infestés de poux, déficients, catatoniques, compulsifs, violents, esseulés, négligés, fugueurs, hyper performants, angoissés, éteints, maltraités, superbes échantillons de la société ». La silencieuse détresse de bien des profs crûment exposée.

Elle y revient dans une autre nouvelle, au titre évocateur : « Bref, Térésa est prof et laisse son fils à la garderie, l’été ». Le thème de l’enseignement est d’ailleurs celui où Cornu brasse le plus les idées reçues.

Mais elle nous accroche aussi par un humour moqueur : faut voir comment se gère la chicane autour du chauffe-eau dans un immeuble de huit logements ! Ou sa description de la séance de Julius qui s’essaie à la méditation, ou la tentative d’asseoir un écrivain devant son écran !

Les vexations du quotidien ne participent-elles pas aux blessures de la vie ?

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