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Qui allez-vous croire, moi ou vos propres yeux?

RUSSIA-UKRAINE-CONFLICT-CRIMEA-ANNEXATION-ANNIVERSARY
Photo AFP

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Nous sommes, à juste titre, stupéfaits devant la muraille de désinformation que Vladimir Poutine est parvenu à ériger autour de la Russie. Tout de même impressionnant pour un pays d’une telle taille ! Un génie, comme dirait Donald Trump.

Il faut écouter le président russe. Et nul besoin de reculer loin dans le temps. L’été dernier, par exemple, quand il niait l’existence d’une identité ukrainienne historique ou qu’il blâmait les bolcheviks pour l’invention d’une nation ukrainienne.

Je ne me concentre que sur ce qu’il raconte depuis... un mois, disons. Sa prétendue croisade contre les « nazis » ukrainiens ; le « génocide » dont seraient victimes les populations russophones de l’est de l’Ukraine ; le « succès » de ses troupes sur le terrain de guerre.

LA GUEULE DE BOIS

Il y croit, ça a tout l’air, puisqu’il l’a répété vendredi devant 200 000 personnes rassemblées, de gré ou de force, à l’intérieur et à l’extérieur du stade Loujniki de Moscou, le plus grand de Russie, pour « célébrer » le huitième anniversaire de l’annexion de la Crimée.

Le réveil de tout ce beau monde sera brutal. Parce qu’ils devront se réveiller un jour et s’apercevoir qu’on leur a menti, non ? Pas si sûr, malheureusement. On constate déjà l’effet pernicieux de la réalité alternative créée par le Kremlin dans les témoignages poignants de jeunes Russes vivant en Ukraine.

Ils appellent leurs parents en Russie et leur décrivent les bombardements que subissent les villes qu’ils habitent. Ils leur font même entendre le bruit des explosions derrière eux. Et leurs propres parents les accusent de mentir.

C’est ce que racontait récemment le quotidien britannique The Guardian, soit l’histoire d’Alexander Sedyuk qui ne parle plus à sa mère en Russie, parce qu’elle s’obstinait à répliquer à ses descriptions d’une guerre se rapprochant de lui à Lviv, dans l’est de l’Ukraine, que ce n’était que « des nazis qui s’entre-tuaient entre eux ».

LANCER LA PREMIÈRE PIERRE ?

Ils n’ont pas le monopole des faux-semblants, les Russes. Je reçois plusieurs fois par jour, par exemple, les messages de Donald Trump. Banni de Twitter et de Facebook, il relaie ses états d’âme via sa plateforme de financement politique « Save America ».

Toujours aussi immature, il partage de supposées révélations de médias marginaux coiffées de titres provocateurs, du genre « 26 000 personnes décédées toujours inscrites pour voter dans le Michigan » ou « Les marxistes tentent de prendre le contrôle de FED. »

Il s’est démarqué, mercredi dernier, avec un flamboyant « Trump was right about everything » tiré du magazine Newsweek, une publication crédible. On découvrait toutefois, en cliquant sur le lien, que l’« opinion » venait... de son fils Donald Jr. 

Donald Trump a fait perdre aux républicains, au cours de sa présidence, la Chambre des représentants, le Sénat, puis la Maison-Blanche. Pourtant, désinformation à l’appui, les deux tiers des électeurs républicains lui redonneraient leur vote.

Il faut espérer que les images de mort et de destruction finiront par percer le mur de propagande du Kremlin. L’expérience américaine, avec une multitude de sources et médias, nous montre cependant qu’on n’esquinte pas aisément une idée toute faite. 

Quelques mythes perpétués par Vladimir Poutine  

Les habitants russophones de la région du Donbass dans l’est de l’Ukraine sont soumis à un génocide.  

  • L’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe n’a trouvé aucune preuve de ses allégations.       

Les forces ukrainiennes ont bombardé une maternelle à Lougansk dans l’est de l’Ukraine le 17 février dernier.  

  • Les bombardements sont venus des lignes des séparatistes russophones.       

La Russie n’attaque pas d’infrastructures civiles en Ukraine.  

  • Dès le lendemain de l’invasion, Amnesty International documentait au moins trois attaques des militaires russes contre des civils ukrainiens.       

Le nazisme est rampant dans la société et en politique ukrainiennes et est encouragé par les autorités de Kyïv.  

  • Le candidat du parti d’extrême droite nationaliste, Svoboda, a récolté 1,6 % du vote à l’élection présidentielle de 2019.       

L’Occident a soutenu un coup pour renverser le gouvernement ukrainien pro-Moscou en 2014.  

  • Il n’existe aucune preuve que la révolution de Maïdan en février 2014 vient d’un complot orchestré par les pays occidentaux.   

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