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La violence par armes à feu a plus que doublé en trois ans à Laval

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La violence par armes à feu n’est pas propre à Montréal, car la ville voisine de Laval connaît une « explosion » de ces incidents qui ont plus que doublé depuis trois ans, ce qui inquiète les autorités.

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« Pour nous, c’est vraiment une culture d’armes à feu qui s’est installée, explique Jean-François Rousselle, assistant-directeur aux enquêtes du Service de police de Laval. Les armes sont disponibles et vu qu’elles sont disponibles, elles sont utilisées à des fins criminelles. »

L’an dernier, 43 décharges d’armes à feu ont été recensées par la police de Laval sur son territoire, selon des données obtenues par Le Journal grâce à la Loi sur l’accès à l’information. 

Ce chiffre atteignait 40 en 2020 et 18 en 2019. Tout comme Montréal, la ville de la banlieue nord est aussi frappée par une flambée de violence.

L’an dernier, 135 événements impliquant une arme à feu ont eu lieu dans la métropole. 

C’est dans le quartier Chomedey, au sud-ouest de l’île Jésus, qu’on note le plus d’événements impliquant des coups de feu, selon les données de la police de Laval. 

Le 1er septembre dernier, dans le même quartier, deux hommes étaient blessés dans une fusillade.
Photo d'archives, Agence QMI
Le 1er septembre dernier, dans le même quartier, deux hommes étaient blessés dans une fusillade.

En effet, 64 % des décharges d’armes à feu sont survenues dans le secteur Chomedey, où vit le quart de la population. Auparavant, elles étaient concentrées en parts égales dans les secteurs de Chomedey et de Pont-Viau/Laval-des-Rapides, fait savoir la police dans sa réponse à notre demande d’accès à l’information. 

Surtout les gangs

Selon le corps policier, 75 % des événements survenus l’année dernière sont liés à des groupes criminalisés ; de cette fraction, 50 % sont identifiables spécifiquement à des gangs de rue.

« Ça semblait être des messages que les groupes rivaux se passaient en déchargeant leurs armes soit sur des véhicules stationnaires ou des immeubles », fait savoir M. Rousselle.

Aux yeux de la criminologue Maria Mourani, la montée s’explique par une accentuation des conflits entre les groupes criminels de la région de Montréal, mais aussi entre des gangs lavallois.

« Dans le grand Montréal, on était habitué à avoir une entente entre gangs de rue, motards et mafia. Cette alliance s’est beaucoup fragilisée. L’élimination en 2019 de plusieurs vétérans a déséquilibré le système et les gars de gangs ne sont plus aussi bien contrôlés. »

Suspects jeunes

Pour Marc Ouimet, professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, les données obtenues par Le Journal montrent une « explosion » du phénomène sur la Rive-Nord qui pourrait se poursuivre, selon lui.

« Je serais très surpris que ça en reste là », dit-il, en ajoutant que seules des actions significatives de la police pourront la freiner, comme des interventions pour retirer le plus d’armes possible des poches des jeunes. Car, comme à Montréal, les responsables sont souvent très jeunes. Parmi les 13 suspects arrêtés par la police de Laval en 2021, les deux tiers avaient de 17 à 21 ans. 

Denis LaRue-Fréchette, directeur général de l’organisme Travail de Rue Île de Laval.
Photo d'archives, Martin Alarie
Denis LaRue-Fréchette, directeur général de l’organisme Travail de Rue Île de Laval.

L’organisme TRÎL (Travail de Rue Île de Laval), qui fait de la prévention auprès des jeunes, constate que ceux-ci sont de plus en plus enclins à s’armer pour se protéger.

« Sur le terrain, ce qu’on voit, c’est que les jeunes ont de plus en plus peur, remarque Denis LaRue-Fréchette, directeur général. À Chomedey, il y a quelques endroits pointus où les jeunes ont peur de faire un trajet pour aller à l’école. »

Autorités préoccupées

Le maire de Laval, Stéphane Boyer, qualifie la situation de « préoccupante », mais il tient à la relativiser. « Il faut comprendre que c’est circonscrit à des événements particuliers et des groupes particuliers », soutient-il en soulignant que cela touche l’ensemble de la région de Montréal.

En août dernier, la Ville de Laval a injecté 1,2 M$ pour augmenter les capacités d’enquête de son service de police, en réaction aux attaques armées survenues durant l’été.

« Je n’ai pas de boule de cristal, je suis extrêmement confiant de ce qu’on déploie actuellement et que ce qu’on va déployer en 2022 ait assurément un très grand impact au niveau terrain », promet Jean-François Rousselle. 

DES INCIDENTS DE PLUS EN PLUS FRÉQUENTS  

2/3 : C’est la proportion de suspects arrêtés par la police de Laval en 2021, en lien avec des décharges d’armes à feu, qui avaient de 17 à 21 ans.

Évolution des morts et des blessés par arme à feu depuis 2019

2019 : 5 morts, 4 blessés

2020 : 3 morts, 14 blessés

2021 : 2 morts, 16 blessés

Évolution des décharges d’armes à feu à Laval depuis 2019

2019 : 18

2020 : 40

2021 : 43

75 % des décharges d’armes à feu ont été liées par la police à des groupes criminels ; 50 % sont liées à des gangs de rue.

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