/news/health
Navigation

Trois fois plus de patients attendent des jours sur une civière à l'urgence

Bloc hopital urgence urgences santé civière
Photo d’archives, Agence QMI Les patients qui restent à l’urgence sur une civière plus de 48 heures avant d’avoir un lit sont en forte hausse dans les hôpitaux. Un séjour qui a souvent des conséquences pour les personnes âgées.

Coup d'oeil sur cet article

Le nombre de malades qui passent plus de deux jours sur une civière à l’urgence avant d’avoir accès à un lit est en hausse fulgurante dans plusieurs hôpitaux du Québec depuis quatre ans.

• À lire aussi: Des orphelins bloqués dans un sanatorium à Marioupol évacués vers une zone prorusse 

• À lire aussi: Le tsunami attendu dans le sytème de santé

• À lire aussi: COVID longue: elle a perdu l'espoir de revenir comme avant

Pas moins de 58 127 patients sont restés plus de 48 heures sur une civière entre avril 2021 et février dernier, au Québec, montrent les données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) obtenues par Le Journal

Par rapport à 2017-2018, le taux a triplé dans la province, passant de 2 % à 6 %. À noter que la cible du ministère est de zéro. En moyenne, tous ces gens ont passé 69 h sur une civière, soit presque trois jours. 

D’ailleurs, certains hôpitaux enregistrent des hausses vertigineuses de séjours de 48 h, qui ont triplé, voire quadruplé depuis 2017. À Salaberry-de-Valleyfield et à l’hôpital en santé mentale Albert-Prévost de Montréal, 22 % des patients restent plus de 48 h à l’urgence. 

Hausse vertigineuse

Bruit constant, changement de personnel, manque d’intimité : les malades installés sur une civière n’ont pas les conditions idéales pour se reposer. 

« Pour le patient, c’est sûr que ce n’est pas bon, concède le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec. Ce ne sont pas des conditions optimales, c’est sûr. » 

Ces délais illustrent le temps d’attente avant d’obtenir un lit à un étage de l’hôpital ou plus rarement un congé. Déjà que l’attente à l’urgence est pénible pour quiconque est malade, un si long délai a des répercussions sur les aînés.

« Pour les personnes âgées, c’est une catastrophe », réagit le Dr Marcel Émond, urgentologue à l’hôpital de l’Enfant-Jésus, à Québec. 

Généralement, les patients qui font de longs séjours aux urgences n’ont pas de diagnostic clair, ce qui demande du temps d’investigation (confusion, faiblesse, santé mentale, etc.) Selon le Dr Émond, les aînés représentent au moins 50 % des patients qui restent sur une civière plus de 48 heures. 

Manque de lits 

Le manque de lits sur les étages d’hospitalisation explique en grande partie pourquoi les patients restent si longtemps à l’urgence. 

« La tendance d’avant la pandémie a juste continué. [...] Et elle n’est pas bonne », constate le Dr Boucher, qui croit que les directives misent désormais plus sur la « fluidité hospitalière ». 

Puisque des lits doivent demeurer à la disposition des patients après une chirurgie, d’autres malades doivent rester à l’urgence. Dans le contexte de la COVID-19, le Québec a pris énormément de retard sur son calendrier chirurgical, et la pression est forte pour relancer ce secteur. 

Des directions évoquent aussi la pénurie de personnel pour expliquer les longs délais. Depuis un an, 22 % des malades au Québec ont passé plus de 24 heures sur une civière. Encore une fois, la cible du ministère est de zéro. 


Depuis la pandémie, le MSSS a revu à la hausse son objectif de délai moyen de séjour sur civière, passant de 12 h à 15 h.

Des aînés confus après deux jours  

Les longues heures passées sur une civière à l’urgence ont de graves conséquences sur les aînés, qui deviennent souvent confus et ont un plus long séjour à l’hôpital. 

« Les complications commencent dès la première heure », dit sans détour le Dr Marcel Émond, urgentologue à l’hôpital de l’Enfant-Jésus, à Québec, et chercheur spécialisé en soins gériatriques. En 24 heures, ils peuvent perdre jusqu’à 10 % de leurs capacités à faire leurs tâches usuelles. » 

« Ça a beaucoup d’impact sur eux, ajoute le Dr Jacques Morin, président de l’Association des médecins gériatres du Québec. Ce sont des gens fragiles. » 

Selon le Dr Émond, il est impératif de s’attaquer au problème des séjours à l’urgence pour les aînés, notamment parce que le déconditionnement (perte des capacités) prolonge en moyenne le séjour hospitalier de quatre à sept jours. 

Perte irréversible

Parfois, l’agitation nécessite même une contention physique ou chimique (médication).

« Souvent, ils finissent par oublier leur nom ou la date après deux jours », constate le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec.  

Dans certains cas, le manque d’activité physique peut mener à une perte d’autonomie physique irréversible. D’ailleurs, ces patients ont souvent besoin d’aide pour manger ou aller aux toilettes. 

Or, « les préposés ne sont pas trop nombreux » à l’urgence, révèle le Dr Boucher. 

Un coup de barre

Selon le Dr Émond, le système préhospitalier doit être complètement revu pour mieux desservir cette clientèle à l’extérieur de l’hôpital.

« Le système n’est pas fait pour retourner les gens à la maison, déplore-t-il. On les parque à l’urgence en espérant qu’on trouve des solutions. » 

Parmi les voies d’avenir, il faut améliorer les soins dans la communauté, et les services à domicile.

« C’est une solution gagnante pour tout le monde. Mais ça demande un gros coup de barre dans le système, pense le Dr Émond. Il faut s’attaquer à ce phénomène-là. » 


Les pires hôpitaux 

◆ Du Suroît (Salaberry-de-Valleyfield) 22 % (8 %)

◆ Hôpital en santé mentale Albert-Prévost 22 % (4 %)

◆ Saint-Jérôme 20 % (8 %)

◆ Lakeshore (Pointe-Claire) 18 % (5 %)

◆ Royal Victoria (CUSM) 18 % (8 %)

◆ Baie Comeau 17 % (6 %)

Moyenne provinciale 6 % (2 %)

*Données du MSSS pour la période d’avril 2021 à février 2022. Le taux représente le pourcentage de patients qui ont passé plus de 48 h sur une civière, à l’urgence, avant d’avoir accès à un lit ou d’avoir un congé. 

NDLR: Le chiffre entre parenthèses représente les Mêmes données quatre ans plus tôt, en 2017-2018

À VOIR AUSSI

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.