/news/health
Navigation

L’obsession du corps parfait menace la santé mentale

Des spécialistes sont de plus en plus préoccupés par cette nouvelle maladie

Daniel Valenzuela
Photo Chantal Poirier Daniel Valenzuela s’entraîne sur son vélo. Impossible pour lui de passer une journée sans faire de sport.

Coup d'oeil sur cet article

Une nouvelle maladie qui amène à développer une obsession pour l’entraînement physique et l’alimentation, la bigorexie, préoccupe de plus en plus les spécialistes.

• À lire aussi: Encore plus long avant d’avoir un lit

• À lire aussi: Des premières études suggèrent des factures salées

• À lire aussi: Montréal: un centre ambulatoire pour les adolescents en état de crise suicidaire

« Je ne passe pas une seule journée sans m’entraîner et je fais excessivement attention à ce que je mange », déclare Daniel Valenzuela, un grand sportif qui travaille dans le milieu du cinéma à Montréal.  

Hiver comme été, il court, roule à vélo et grimpe sur des murs d’escalade en surveillant méthodiquement l’évolution de sa masse musculaire. 

Il consacre à ses entraînements plus de 2 h par jour et il lui arrive de refuser des invitations parce qu’il doit faire de l’exercice. C’est en écoutant un balado sur cette maladie en émergence appelée bigorexie que Daniel s’est aperçu qu’elle le menaçait. 

« Mais je ne suis pas un cas grave, j’ai encore du plaisir à faire du sport », dit-il en riant.  

Pour certains, comme le Montréalais Marc-Élie Mansour, le plaisir n’était plus au rendez-vous quand il a réalisé qu’il était bigorexique. Il a dû chercher de l’aide auprès d’un psychothérapeute (voir texte ci-contre).  

« Le terme “bigorexie” n’est pas officiellement reconnu par la médecine, mais il pourrait l’être bientôt », signale Suzanne Laberge. 

La professeure à l’École de kinésiologie de l’Université de Montréal a mis la main sur huit études récentes sur le sujet. Sociologue spécialisée dans le sport, elle croit que le « culte du corps parfait » pourrait jouer un rôle dans la prévalence de ce trouble de santé mentale.   

  • Écoutez La rencontre de l'heure entre Geneviève Pettersen et Benoit Dutrizac sur QUB radio :   

Un problème qui passe inaperçu  

Touchant de 1 à 2 % de la population en général, la bigorexie serait plus courante chez les culturistes, avec une prévalence de 22 % chez les hommes et de 5 % chez les femmes, rapporte une étude menée aux États-Unis en 2019 auprès de 15 000 adeptes.

« Comme il est généralement bien vu de faire de l’exercice, ce problème de santé passe souvent inaperçu », commente Jérôme Tremblay, responsable scientifique d’Anorexie et boulimie Québec (ANEB), qui offre des services d’écoute téléphonique aux personnes aux prises avec des troubles alimentaires.  

Plusieurs fois par année, il offre des formations au personnel médical sur la bigorexie. 

« Il faut être particulièrement vigilant à l’adolescence, car c’est souvent là qu’on commence à se préoccuper de son apparence physique », mentionne-t-il. 

Il croit que la pandémie a pu augmenter la prévalence de cette maladie, car les personnes à risque étaient plus isolées et plus portées à développer des obsessions. 

« Dès la première vague, nous avons reçu une augmentation d’appels de détresse pour des troubles alimentaires. »

Adolescence à risque  

Quand un jeune s’isole et qu’il devient extrêmement soucieux des calories, protéines, glucides et lipides qu’il ingère, il y a lieu de s’inquiéter, commente Rose-Aimée Gascon. 

« Le sport, c’est bon pour la santé, mais il ne faut pas que le corps devienne un champ de bataille », explique cette psychothérapeute, dont la pratique inclut la bigorexie. 

Elle s’inquiète de la hausse des troubles alimentaires, particulièrement chez les jeunes hommes. 

Ils s’inspirent sur les réseaux sociaux de corps qui ne correspondent pas toujours à la santé. 

« On ne veut plus être mince, on veut être musclé ! » 

Les canons de la beauté ont changé depuis 20 ans, fait-elle valoir en montrant la photo d’une vedette d’Instagram, Michie Peachie, suivie par 1,4 million d’adeptes : une femme en bikini qui exhibe de gros biceps et des cuisses de culturiste.

Une thérapie de plusieurs mois pour s’en sortir  

Un homme qui a été la cible de moqueries en raison de son surpoids quand il était jeune et qui est devenu bigorexique a dû entreprendre une thérapie pour s’en sortir. 

« J’ai développé une très mauvaise estime de soi. Quand j’ai découvert la musculation, je me suis investi totalement là-dedans », confie Marc-Élie Mansour, un homme de 29 ans qui a accepté de raconter son histoire au Journal.  

Marc-Élie Mansour a réussi à se sortir de la torpeur de la bigorexie.
Photo courtoisie
Marc-Élie Mansour a réussi à se sortir de la torpeur de la bigorexie.

Jamais satisfait de l’image que son miroir renvoyait de lui, le Montréalais a multiplié les entraînements pour voir grossir ses muscles dès la fin de son adolescence et au début de l’âge adulte. 

Il passait plusieurs heures par jour en salle de musculation et ne prenait jamais de congé. 

Pour gagner plus rapidement de la masse musculaire, les repas de poulet, riz et brocoli ne suffisaient plus. Il a ajouté à son menu toutes sortes de suppléments nutritifs, sans aller jusqu’aux stéroïdes anabolisants.

Jamais satisfait

« Je me suis rendu compte un jour que mon corps ne serait jamais parfait », révèle-t-il. 

Il était isolé, malheureux. Cette quête était sans espoir. 

« Même avec la shape de Monsieur Muscle International, je n’aurais pas été satisfait. J’avais une relation malsaine avec mon corps. » 

Après une thérapie qui a duré plusieurs mois, M. Mansour a apprivoisé ses imperfections et retrouvé le plaisir de s’alimenter adéquatement. Il a poursuivi ses entraînements et y a trouvé du plaisir.  

Il a complété un baccalauréat en enseignement de l’éducation physique et enseigne aujourd’hui cette matière dans une école primaire de Montréal.

« Comme les troubles alimentaires, la bigorexie est le symptôme d’un mal profond. Si on ne s’attaque pas à la racine de ce mal, on ne s’en sortira jamais », conclut-il. 

Un conseil aux personnes à risque : pensez à consulter un professionnel dès que votre mode de vie est centré sur l’apparence physique et l’acquisition de masse musculaire.

Qu’est-ce que la bigorexie ?  

◆ Formée des mots « big » (gros) et « orexie » (appétit), la bigorexie est considérée comme un trouble alimentaire

◆ Non traitée, cette maladie en émergence peut mener à des états dépressifs et à des idées suicidaires

Les symptômes  

  • Une obsession pour le corps parfait   
  • Une fixation sur son alimentation   
  • Une sensation constante d’insatisfaction pour l’image de son corps      

Comment l’éviter  

  • Limiter ses séances d’entraînement et de lever de poids à 30-60 min par jour ;   
  • Cesser toute consommation de stéroïdes et de suppléments alimentaires protéinés ;   
  • Jeter les applications de surveillance calorique et d’entraînement de vos téléphones cellulaires.      

Source : healthline.com

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.