/investigations/municipal
Navigation

Montréal flouée de 1 million $ par un géant du recyclage

Ricova n’a pas versé tout ce qu’elle devait à la Ville selon l’inspectrice générale

Ricova
Photo Dominique Cambron-Goulet

Coup d'oeil sur cet article

Le géant du recyclage Ricova a floué la Ville de Montréal d’au moins un million de dollars, a découvert l’inspectrice générale, qui recommande de bannir l’entreprise des contrats publics pour cinq ans.

• À lire aussi: Recyclage Ricova: l’administration Plante se dit révoltée 

Ricova exploite les centres de Lachine et de Saint-Michel depuis 2020. En plus du tri, elle est également chargée de vendre le carton, le papier, le plastique et autres matières pour qu’elles soient recyclées. 

L’entente avec Ricova prévoyait que la Ville obtienne sa part des profits sur ces ventes. Or, selon le Bureau de l’inspectrice générale (BIG), Montréal n’a pas touché tout ce qui lui était dû.

Le stratagème était relativement simple, détaille un rapport rendu public lundi et qui a été transmis à l’Unité permanente anticorruption (UPAC). 

Services Ricova, l’entreprise avec laquelle la Ville a son contrat, vendait « toutes » les matières à une société sœur appelée Ricova International à un prix relativement bas, par exemple 100 $ la tonne. 

Ce sont les profits de cette vente que Ricova partageait avec la Ville.

Puis, Ricova International revendait à l’étranger à un prix bien plus élevé, par exemple à 200 $ la tonne, mais sans en faire bénéficier la Ville. 

Un camion de Ricova arrivant, lundi, au centre de tri de Saint-Michel à Montréal qui est géré par la même entreprise.
Photo Pierre-Paul Poulin
Un camion de Ricova arrivant, lundi, au centre de tri de Saint-Michel à Montréal qui est géré par la même entreprise.

Couvrir le transport

« L’enquête révèle que [le prix déclaré à la Ville] par Services Ricova est systématiquement inférieur à celui que Ricova International inc. obtient en réalité des acheteurs », indique l’inspectrice Brigitte Bishop.

Le propriétaire, Dominic Colubriale, a indiqué au BIG que cet écart couvrait les frais de transport à l’étranger, mais il a admis conserver un profit minimal de 20 $ par tonne qu’il jugeait « fair ». 

Le rapport fait état du fait que ce sont des vendeurs de l’entreprise situés en Colombie qui concluent les ventes des matières recyclables des Montréalais.

M. Colubriale a dit avoir réduit sa marge de profits, car il était conscient qu’il y « avait un danger d’apparence de conflit d’intérêts » en agissant à la fois comme vendeur et acheteur des matières triées. 

Résilier les contrats

Le BIG a calculé de manière conservatrice que la Ville avait perdu 1,1 M$ entre août 2020 et juillet 2021, seulement en étant privée d’un montant de 20 $ par tonne. Les centres de tri traitent plus de 150 000 tonnes de matières par an.

​Dans un communiqué, lundi, Ricova a réfuté les conclusions du BIG, avançant acheter les matières « à des prix généralement supérieurs à la moyenne ».

Compte tenu d’un « risque de récidive élevé », l’inspectrice générale Brigitte Bishop recommande de résilier les contrats des deux centres de tri que détient Ricova.

Craignant « un bris de service », elle a décidé de laisser l’administration Plante confirmer la résiliation, et surtout sa date. 

Une patate chaude pour bien des villes 

Le rapport du Bureau de l’inspectrice générale (BIG) pourrait avoir un impact dans plusieurs villes de la grande région de Montréal.

L’inspectrice Brigitte Bishop a transmis ses conclusions à l’Autorité des marchés publics, qui aurait le pouvoir de bannir Ricova de tous les contrats publics du Québec. 

Or, cette entreprise est un joueur majeur dans la gestion des déchets. En plus d’avoir le monopole du tri à Montréal, Ricova opère le centre de tri de Châteauguay, qui dessert de nombreuses villes de la Rive-Sud. 

L’entreprise détient aussi des contrats de ramassage de déchets dans des dizaines de villes, dont Saint-Jérôme, Chambly, Saint-Jean-sur-Richelieu et dans la MRC de Beauharnois-Salaberry. 

Service maintenu

Qualifiant de « révoltantes » les révélations du BIG, la responsable du dossier de l’environnement dans l’administration Plante, Marie-Andrée Mauger, a assuré que les recommandations seraient appliquées rapidement, « tout en s’assurant que les services de collecte, de tri et de traitement soient maintenus ». 

Une chose qui n’est pas si simple, car si Montréal bannit aussi le patron de l’entreprise, Dominic Colubriale, comme le demande l’inspectrice générale, cela mettra également un terme à des contrats de collecte de déchets dans cinq arrondissements. 

Mme Mauger rappelle que Ricova a été « imposée » à la Ville quand elle a racheté les actifs, dont les contrats, d’une entreprise en processus de faillite, Rebuts Solides Canadiens.

PLUSIEURS CONTROVERSES 

Ce n’est pas la première fois que Ricova se retrouve sur la sellette dans les dernières années.  

  • En 2018, Récup-Estrie a mis fin au contrat de Ricova au centre de tri de Sherbrooke sous prétexte que le «tri n’était pas fait».     
  • En 2019, notre Bureau d’enquête dévoilait que des ballots de papier du centre de tri de Châteauguay étaient maquillés pour avoir l’air de ne pas contenir de plastique et ainsi passer les douanes en Inde. Le principal acheteur de papier de ce centre à cette époque était Ricova.     
  • En 2020, nous révélions que plusieurs entités liées à Ricova été domiciliées au Panama, un paradis fiscal, dont une société nommée Ricova international qui exportait du papier de Montréal.     
  • En février, Radio-Canada révélait que des conteneurs de papier contaminé venant du centre de tri de Saint-Michel, opéré par Ricova, avaient été interceptés en Europe.      
  • Toujours en février, La Presse soutenait que des «sympathisants» des Hells Angels étaient des sous-traitants de Ricova.          
Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.