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C’est la faute de l’OTAN!

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Certains analystes « réalistes » blâment l’expansion de l’Alliance atlantique pour la guerre en Ukraine. C’est un argument à manipuler avec soin.

Mettons d’abord les choses au clair. Vladimir Poutine et son régime sont responsables de l’horreur à laquelle on assiste en Ukraine et les prétextes qu’ils colportent pour défendre leurs actions sont pour la plupart de purs mensonges.

Cela dit, peut-on attribuer une partie de la responsabilité pour cette catastrophe aux États-Unis et à leurs alliés ? Il y a matière à débat.

La position réaliste

Le politologue John Mearsheimer a récemment jeté un pavé dans la mare en écrivant dans The Economist que les États-Unis et l’OTAN sont largement à blâmer, car l’élargissement de l’OTAN après la guerre froide a alimenté le sentiment d’insécurité de la Russie.

Ça fait longtemps que Mearsheimer martèle cet argument. Après avoir soutenu que l’expansion de l’OTAN était responsable du durcissement du régime de Poutine, il disait en 2014 que la prise de la Crimée était une conséquence de la volonté exprimée par le président Bush en 2008 d’admettre l’Ukraine et la Géorgie dans l’OTAN, suivie de l’appui de l’administration Obama à la révolution qui a délogé le régime prorusse de Kyïv en 2014.

Si, comme les réalistes purs et durs, on tient pour acquis que la puissance russe lui donne la prérogative de contrôler ses voisins à sa guise et on n’accorde aucune importance à la nature des régimes en cause, ces explications paraissent raisonnables. Mais ces deux prémisses sont problématiques.

Une vision contestée

Les États-Unis et leurs alliés n’ignorent pas entièrement les prescriptions du réalisme, sinon il y aurait longtemps que l’OTAN aurait balayé les troupes russes hors de l’Ukraine.

Mais les réalistes purs et durs sont rares à Washington. L’internationalisme libéral privilégié par les démocrates cherche à promouvoir la démocratie, l’économie de marché et les institutions internationales. 

L’establishment républicain partage ces objectifs, mais sa tendance néoconservatrice mise davantage sur la projection de la puissance pour les atteindre.

Quant aux isolationnistes de la mouvance trumpiste, ils ne partagent aucun de ces objectifs et réfutent en plus le rôle clé des alliances prôné par les réalistes.

Pas étonnant qu’aux États-Unis, les réalistes ont l’impression de prêcher dans le désert. Le fait que certains d’entre eux disent aujourd’hui « Je vous avais prévenus ! » ne signifie toutefois pas qu’il faille abandonner l’internationalisme libéral ou se retrancher vers l’isolationnisme.

Tout n’est pas joué

Aux yeux des réalistes, les politiques internationalistes libérales telles l’élargissement de l’OTAN, l’expansion de l’Union européenne et l’appui à la démocratisation en Ukraine ont été des erreurs parce qu’elles étaient perçues comme des menaces par la Russie.

Mais était-ce préférable de laisser Vladimir Poutine décider du sort de ces pays ? Ce n’est pas pour rien que les propos de Mearsheimer sont repris d’emblée par les propagandistes russes.

Malgré l’imperfection de la démocratie en Ukraine, la détermination extraordinaire de ses citoyens à défendre chèrement les idéaux démocratiques et européens plutôt que de se soumettre à Poutine démontre qu’on n’a pas eu tort de les appuyer.

Il n’est pas non plus garanti que la mainmise de Poutine sur le pouvoir dans son pays est aussi immuable que le supposent les analystes réalistes, car la société civile russe pourrait réserver des surprises que leur vision du monde ne permet pas d’anticiper.

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