/weekend
Navigation

Celui qui veille: d’après une histoire vraie

Louise Erdrich
Photo courtoisie, Jenn Ackerman / The New York Times - REDUX-REA Louise Erdrich

Coup d'oeil sur cet article

Avec Celui qui veille, l’écrivaine Louise Erdrich a remporté l’an dernier aux États-Unis le prix Pulitzer de la fiction. À notre tour de découvrir pourquoi.

Depuis la parution de Love Medecine, vers le milieu des années 1980, l’écrivaine américaine Louise Erdrich n’a pas hésité à reprendre la plume pour nous offrir une œuvre aussi singulière que nécessaire. Associée au mouvement de la Renaissance amérindienne, elle a aujourd’hui à son actif près d’une vingtaine de romans, dont Dans le silence du vent, qui a obtenu en 2012 le prestigieux National Book Award. 

Louise Erdrich
Photo courtoisie

Mais jusqu’à présent, jamais elle n’avait encore glissé dans ses livres un membre de son entourage. Avec Celui qui veille, qui vient d’être publié en français, elle a donc expérimenté quelque chose de totalement nouveau, car pour bâtir le personnage de Thomas Wazhashk, elle s’est inspirée de la vie et du long combat politique de Patrick Gourneau, son grand-père maternel.

« Je n’aurais pas pu raconter cette histoire sans avoir d’abord passé 30 ans avec les lettres de mon grand-père, explique par courriel Louise Erdrich. Peut-être parce que, préoccupée par d’autres livres et par mes enfants, je n’avais pas le temps. Peut-être aussi parce que je n’avais pas le niveau de maturité requis pour l’écrire. Je suis maintenant plus âgée que mon grand-père lorsqu’il s’est lancé dans cette aventure. Je peux donc imaginer à quel point ça a dû être difficile pour lui et à quel point sa tâche était ardue. » 

Thomas contre Goliath 

Le 1er août 1953, le Congrès des États-Unis a adopté sans crier gare la résolution 108. Prônant l’émancipation prochaine de certains clans autochtones, cette résolution posait en fait le principe de termination : assimiler ces Indiens pour pouvoir enfin en faire des citoyens américains à part entière. Ce qui permettrait au gouvernement fédéral de mettre fin à bon nombre de ses engagements envers eux, de les déposséder de leurs terres et, tant qu’à y être, d’abroger les traités de nation à nation conclus avec leurs tribus... même si ces traités doivent en principe être honorés « aussi longtemps que l’herbe poussera et que l’eau des rivières coulera ». 

C’est en lisant le Minot Daily News que Thomas Wazhashk découvrira avec stupeur l’existence de la résolution 108. Et tout de suite, il comprendra que si personne ne fait rien pour empêcher la mise en place des mesures législatives afférentes, elle pourrait bientôt avoir de terribles conséquences sur la Bande des Indiens Chippewas de Turtle Mountain. Veilleur de nuit dans une usine de pierres d’horlogerie au fin fond du Dakota du Nord, Thomas veillera donc surtout à protéger les droits de son peuple et pour ça, il sera même prêt à aller jusqu’à Washington. 

Une seconde quête

Raconter à travers Thomas un parcours aussi atypique que celui de son grand-père n’a pas toujours été facile, concède Louise Erdrich. 

« Pour autant que je sache, mon grand-père était vraiment quelqu’un de bien, précise-t‐elle. Il a certainement dû être impliqué dans des conflits, mais comme je ne savais pas lesquels, je n’ai pas voulu en inventer. Alors à ma grande surprise, c’est Patrice que j’ai inventée, et avec elle, j’ai été servie côté conflits ! Lorsque j’ai écrit qu’elle faisait les choses à la perfection quand elle était furieuse, je savais que je tenais un personnage et que j’aurais plaisir à la mettre en scène. »

Patrice, qui se fait souvent surnommer Pixie (le lutin) à cause de ses yeux en amande, a 19 ans et tout comme Thomas, elle travaille à l’usine de pierres d’horlogerie de Turtle Mountain. Mais si elle a, elle aussi, un cheval de bataille, il est totalement différent : sans nouvelles de sa sœur, Vera, depuis des mois, elle s’est promis d’essayer de la retrouver. Et pour ce faire, elle devra se rendre dès que possible à Minneapolis, la ville où Vera se serait installée. 

« Je voulais également écrire sur la façon dont les femmes autochtones sont traitées, car cela dure depuis des centaines d’années, ajoute Louise Erdrich. Il n’y a qu’à taper les mots “femmes autochtones disparues et assassinées” dans une barre de recherche pour avoir une perspective contemporaine. » 

Ou lire Celui qui veille, qui est littéralement bouleversant. 

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.