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Hydro-Québec: où sont passés les surplus d’électricité ?

Sans nouveaux projets, la société d’État pourrait manquer d’énergie d’ici cinq ans

Sophie Brochu
Photo Pierre-Paul Poulin Sophie Brochu, présidente‑directrice générale d’Hydro‑Québec.

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Hydro-Québec ne nage plus dans les surplus d’électricité. En raison de la forte demande en énergie propre, ceux-ci pourraient avoir disparu d’ici 2027 et la société d’État va lancer de nouveaux projets de production.

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La situation a changé rapidement. Il y a quatre ans, le premier ministre François Legault vantait encore le fameux coussin de la société d’État. « Hydro-Québec prévoit des surplus pour les 20 prochaines années », disait-il.  

Mais la patronne d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, le dit maintenant candidement : 

« L’attrait pour l’électricité du Québec est plus important », ce qui est un beau problème, rappelle-t-elle. Mais la société d’État devra produire davantage pour ne pas se retrouver à sec.

Attrait plus important

« Avec la transition énergétique, les consommateurs veulent venir au Québec ou accroître leur capacité ici. Notre électricité propre, tout à coup, a un attrait plus important, pour des industries, des clients, des marchés limitrophes. C’est un des grands changements », a-t-elle affirmé en entrevue avec Le Journal

En 2018, on estimait d’ailleurs que les surplus étaient de grosso modo 40 TWh, ce qui représente cinq fois la production du complexe la Romaine. Mais on anticipe maintenant que ces surplus vont disparaître d’ici cinq ans. 

« Depuis que je suis arrivée, il y a deux ans, je vois que nos capacités excédentaires (NLDR : surplus) sont de plus en plus restreintes », a confirmé la dirigeante. 

Sophie Brochu
Photo Pierre-Paul Poulin

Consommation domestique en hausse

La moitié des surplus auront été absorbés par une importante croissance de la consommation d’électricité au Québec. 

Dans le secteur résidentiel, Hydro anticipe plus de clients et plus de demande d’électricité (notamment en raison de la climatisation), ce qui va amener une augmentation de 6,9 TWh. 

Entre 2022 et 2029, on estime d’ailleurs que la demande du marché résidentiel connaîtra un bond de 6 %. 

Secteurs énergivores

La conversion des bâtiments à l’électricité (+3,2 TWh) et l’électrification des transports (+3,9 TWh) expliquent aussi la baisse des surplus. 

À cela, il faut ajouter les secteurs en expansion (centres de données, serres, hydrogène), très énergivores, qui vont accaparer 6,5 TWh de plus. 

Hydro prévoit d’ailleurs une hausse de 14 % de la demande du secteur commercial entre 2022 et 2029. 

Il faut ajouter à cela les deux grands contrats d’électricité à long terme avec le Massachusetts (9,45 TWh) et avec la Ville de New York (10,4 TWh). 

Secteur industriel stable

Pour ce qui est du secteur industriel, la demande va demeurer relativement stable lors des prochaines années. Le marché représente 35 % des ventes d’Hydro au Québec (63,2 TWh). 

Les alumineries, fort gourmandes en électricité, accaparent toujours 40 % de l’énergie utilisée dans ce marché. 

Pour les pâtes et papiers, la demande va légèrement diminuer jusqu’en 2029, alors qu’elle sera en légère hausse pour le secteur des mines.  

SEMAINE OCCUPÉE 

La dirigeante d’Hydro a connu une semaine occupée avec le lancement du plan stratégique de la société d’État 2022-2026. Elle souhaite relancer « une grande jasette collective au Québec sur le futur de nos approvisionnements en électricité ». Elle a abordé quelques grands dossiers avec Le Journal.  

DÉJÀ DEUX ANS À LA TÊTE D’HYDRO

Sophie Brochu a été nommée au début de la pandémie, en avril 2020. Cela fera bientôt deux ans qu’elle est à la tête de la société d’État. « Ça va vite ! C’est fascinant.- Je réitère que, de l’extérieur, Hydro peut paraître intrigante, mais est fascinante de l’intérieur. Il faut comprendre combien nous sommes riches de la propriété de cet actif qui fait l’envie du monde entier », dit-elle.  

À QUAND DES BARRAGES ? 

Le complexe La Romaine, amorcé en 2009, sera terminé à la fin de 2022. À quand les prochains barrages ? Là-dessus, la dirigeante ne ferme pas la porte, mais ce n’est pas pour tout de suite. « Il n’y a pas personne qui peut dire non à jamais aux barrages. Mais on n’est pas là, à court terme et à moyen terme. On ne voit pas la nécessité de lancer des barrages », dit-elle.  

ET NOS TARIFS ? 

On a beaucoup parlé de la question des tarifs lors des dernières semaines. Pour contrer le choc inflationniste, Québec va plafonner la hausse à 3 % annuellement. À partir de 2025, la Régie de l’énergie se penchera à nouveau sur la tarification. Avec les nouveaux approvisionnements, il y aura toutefois une pression à la hausse sur les tarifs. Hydro veut toutefois miser davantage sur l’efficacité énergétique et mettre en place une tarification différente selon les heures de la journée. « L’objectif qu’on poursuit, comprenez-moi bien, c’est pas d’aller chercher plus d’argent dans les poches du monde », promet-elle.   

PAS DE CONFLIT D’INTÉRÊTS AVEC ÉNERGIR

« Je ne travaille plus pour cette organisation-là, je n’ai pas d’actions dans cette compagnie, qui est d’ailleurs privée. Ça me fait rire, je n’ai pas de conflit d’intérêts là-dedans », lance-t-elle à propos d’Énergir, une entreprise qu’elle a dirigée pendant plusieurs années. 

Hydro-Québec veut dédommager le fournisseur de gaz naturel pour sa perte de revenus lorsque ses clients passeront à la biénergie (gaz et électricité). L’entente est fortement critiquée depuis plusieurs semaines. Mais la dirigeante persiste et signe. « On ne finance pas des gens pour qu’ils restent au gaz naturel, on finance l’utilisation d’un réseau qui nous permet d’accueillir la transition énergétique à un moindre coût ».  

OÙ SONT PASSÉS LES SURPLUS (40 TWh) ?

Croissance de la demande au Québec : +20 TWh  

  • Hausse de la clientèle (+6,9 TWh)  
  • Conversion des bâtiments (+3,2 TWh)  
  • Secteurs en expansion (+6,5 TWh)  
  • Électrification des transports (+3,9 TWh)   

Marchés à l’exportation (Massachusetts et New York) : +20 TWh 

LES AMÉRICAINS PAIENT-ILS LE BON PRIX ? 

« Ça ne se vend pas à perte du côté américain, notre électricité a beaucoup de valeur, elle se vend au prix qu’elle vaut sur le marché au sud de notre frontière », affirme Mme Brochu. 

Le coût de production moyen est de 1,93 cent le kilowattheure. Le Massachusetts payera 5,15 ¢ US/kilowattheure pour l’énergie d’Hydro lors de la première année alors que New York déboursera 9,75 ¢ US/kilowattheure (énergie et transport) à l’an un de son contrat. Le prix payé évoluera dans le temps selon l’inflation.  

TROP CHER, L’ÉOLIEN ? 

Dans le plan stratégique d’Hydro-Québec, il est écrit que le coût moyen des nouveaux approvisionnements (postpatrimoniaux) est de 11 cents/kilowattheure ; ce sont essentiellement les projets éoliens. Alors, pourquoi continuer dans cette lignée si cela coûte plus cher que les barrages ? La dirigeante n’est pas d’accord et elle avance que les nouveaux projets de barrages pourraient coûter jusqu’à 10 cents/kilowattheure, bien loin des anciens ouvrages à 3 cents/kilowattheure. « Avant la pandémie, on a même négocié avec la Nation innue le projet Apuiat, à 6 cents/kilowattheure. Le coût des technologies éoliennes a beaucoup baissé lors des dernières années ».  

FINIS LES CENTRES DE DONNÉES ET LA CRYPTO ?

Mme Brochu a été claire lors d’une entrevue au 98,5 FM. Elle ne veut pas de nouveaux projets de cryptomonnaie, qui sont très énergivores. Pour les centres de données, elle se fait plus évasive, mais elle affirme que les nouveaux projets devront avoir un impact positif pour l’économie. « Si quelqu’un voulait venir au Québec, avoir un escompte pour fabriquer de l’hydrogène vert, le mettre dans un bateau et le vendre en Europe, ça n’arrivera pas. C’est comme si les Québécois finançaient la transition énergétique d’un autre État. Pour ce type de projet, on va s’assurer que l’hydrogène, on va s’en servir chez nous ». 

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