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D’où viennent les armes que le Canada envoie en Ukraine?

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Pour une rare fois de son histoire, le gouvernement du Canada a annoncé l’envoi de tonnes de matériel militaire à un autre gouvernement, celui de l’Ukraine, pour l’aider à repousser l’armée russe.  

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«Nous pouvons confirmer que des millions de dollars en équipement sont arrivés en Ukraine», a dit au Journal Adrien Blanchard, attaché de presse de la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly. 

Au total, ce matériel – des vestes pare-balles et des casques, mais aussi des grenades, des lance-torpilles, des missiles, des obus, etc. – vaut plus de 100 millions de dollars (incluant l’aide envoyée en 2014 pour le conflit en Crimée). 

Si le Canada est considéré comme un petit joueur de l’OTAN, son industrie militaire se chiffre à 6,2 milliards de dollars selon les données d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada. Le Québec, spécialisé dans les bombes et munitions, y tient un rôle de premier plan. Des acteurs du milieu répondent à nos questions.

D’où proviennent les armes que le gouvernement Trudeau a décidé d’envoyer à l’Ukraine?

«Elles proviennent des stocks existants des Forces armées canadiennes», répond Daniel Le Bouthillier, chef des relations médias au ministère de la Défense nationale. Aucun matériel militaire promis par le Canada à l’Ukraine n’a donc été produit pour cette occasion. 

Rappelons que le gouvernement du Canada achète annuellement pour 4,3 milliards de dollars d’équipement militaire selon l’Enquête sur les industries canadiennes de la défense, de l’aérospatiale, de la marine et de la cybersécurité (2020). L’industrie canadienne vend également ses produits aux États-Unis pour un montant de 3,2 milliards de dollars. 

Mais certaines pièces d’équipement offertes aux Ukrainiens datent du milieu du 20e siècle, mentionne Srdjan Vucetic, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa. 

Daniel Le Bouthillier, chef des relations avec les médias à la Défense nationale, ne conteste pas cela mais souligne que les armes données à l’Ukraine sont parfaitement utilisables. Il donne l’exemple du canon anti-char Carl-Gustav, «efficace contre les plateformes blindées légères». Armes «légères et faciles à porter», elles demeurent «exceptionnellement efficaces» même si ces acquisitions datent des années 1980 et 1990. Les munitions, toutefois, sont renouvelées tous les deux ans. 

Qui produit le matériel militaire donné par le Canada?

C’est en Ontario que se concentre le tiers (41%) de l’industrie militaire au Canada qui totalise 34 000 emplois. Le Québec est second (22%), suivi de l’Ouest et le Nord canadien (19%) et de l’Atlantique (18%). Chaque région a sa spécialité. Le Québec, par exemple, a la charge des «armes à feu, missiles, fusées et autres munitions et armes». En Ontario, on fabrique principalement des véhicules de combat, des aéronefs, et dans l’Ouest et les provinces maritimes, on fait surtout de la construction navale. 

C’est dans les quatre usines de General Dynamics situées à Nicolet, Repentigny, Saint-Augustin-de-Desmaures et Valleyfield que se concentre la production de matériel militaire au Québec. Avec quelque 500 employés, l’entreprise américaine est le plus gros employeur de la région de Repentigny.

Est-ce que l’équipement militaire donné par le Canada peut se retrouver dans les mains des Russes?

Malheureusement, certaines armes occidentales transférées à l'Ukraine cette année «finiront sans doute entre les mains des Russes, soit par capture, soit par échange en temps de guerre. Certaines seront revendues sur le marché noir, c'est la nature de la guerre», poursuit M. Vucetic. 

Il précise que certaines pièces militaires ont été vendues aux Russes dans le passé, mais de façon marginale. Depuis l’intervention en Crimée, le Canada a fermé ses portes aux Russes en matière d’exportation militaire. 

Est-ce que l’industrie de l’armement connaîtra une relance en fonction de ces dons qu’il faudra bien remplacer?

C’est «LA» question, souligne l’expert Guillaume Lavoie, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. Il croit que l’insistance mise ces derniers jours sur l’achat de 88 avions de chasse pourrait faire dévier l’attention et amener les partis fédéraux à délaisser la question délicate du budget consacré à la défense. 

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