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Santé: c'est maintenant ou jamais

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Christian Dubé réussira-t-il son pari de refonder le système de santé d’ici 2025 pour le rendre « plus performant et humain » ? Bien malins les devins. Car à six mois d’une élection, c’est bien d’un acte de foi dont il s’agit ici.

Le plan d’action de 90 pages présenté hier par le ministre de la Santé et des Services sociaux est en effet sûr d’être la vedette de la prochaine plateforme de la CAQ. À l’aube d’un probable second mandat au pouvoir, c’est maintenant ou jamais. Nul doute que le ministre Dubé le sait.

Son plan est touffu. Modernisation des données. Guichet d’accès à la première ligne pour voir un professionnel dans un « délai raisonnable ». En matière de prise en charge des patients orphelins de médecins de famille, cela risque toutefois d’être une solution incomplète.

Une éventuelle décentralisation post-Barrette du réseau, qu’on ne peut que souhaiter. Une meilleure « expérience-patient ». Un virage attendu vers les soins à domicile. Des employés mieux traités. Un secteur privé appelé à poursuivre son expansion et à grappiller encore dans les talles du public. Etc.

Surtout, le ministre Dubé promet d’injecter une dose d’humanisation et d’efficacité dans un méga système qui, malgré son budget annuel de 52 milliards $, est devenu un des pires en Occident.

Détraqué par 25 ans de compressions, de réformes mal ficelées et d’une hyper centralisation paralysante, il fonctionnait pourtant bien à ses débuts dans les années 70. Or, les plus jeunes ne le savent pas et les plus vieux l’ont oublié.

Une autruche géante

C’est peut-être là la plus grande faiblesse du Québec. Face aux gouvernements qui, bleu ou rouge, ont affaibli le réseau de la santé, une part substantielle des électeurs les a tout simplement laissés faire.

On claironne maintenant avec raison qu’il faut tirer les leçons de la pandémie. Les nombreux manquements du réseau exposés par la crise sanitaire, dont un traitement indigne des aînés fragiles et des personnes handicapées, étaient pourtant connus de tous, élus et citoyens, depuis longtemps.

Sourire en coin, le ministre Dubé parlait donc du « scepticisme » des Québécois devant cette énième promesse de redresser un réseau dysfonctionnel. L’euphémisme est intéressant.

Ne devrait-on pas plutôt parler du fatalisme docile dans lequel aura versé le Québec depuis 25 ans face au déclin du réseau de la santé et des services sociaux ?

De fait, ce réseau n’est pas tant devenu un « mastodonte », comme on le répète, qu’une autruche géante dont la tête est enfouie profondément dans le sable.

Le sable, ce sont ses multiples organigrammes incompréhensibles, dont ceux, sans fin, des CIUSSS et des CISSS. Tous taillés sur mesure pour nourrir l’omerta, la déresponsabilisation du réseau, et la déshumanisation conséquente des soins et des services.

Le pire ennemi

C’est donc un miracle si, malgré même l’usure de la pandémie, il y reste encore du personnel médical qui, pour une bonne partie, fait de son mieux avec les moyens du bord.

Le sable, c’est aussi notre silence collectif. Plus marqué encore, pour des raisons complexes, du côté francophone. Même confrontés à des soins et des services inaccessibles ou de mauvaise qualité, trop rares sont les citoyens osant se plaindre ou dénoncer.

Il y a aussi tous ceux qui se taisent, non pas par indifférence, mais par crainte souvent fondée de subir des représailles du « système » s’ils se plaignent.

Et puis, c’est quand la dernière fois que des manifs citoyennes ont même eu lieu au Québec pour dénoncer le déclin des services de santé et sociaux ? Qui parmi nous a pris la rue au nom des milliers de personnes mortes dans l’indignité lors de la première vague de la COVID ? Poser la question...

C’est pourquoi, le pire ennemi, il est précisément celui-là. Il est dans l’acte de foi commandé par la CAQ, mais aussi, dans notre fatalisme. Dans notre incapacité de longue date à monter au front, ensemble, pour réclamer mieux et plus en santé. Quel que soit le parti au pouvoir.

Déterminé, Christian Dubé jure que cette fois-ci sera la bonne. Le temps le dira. Quand le défi est immense, pour agir, tous les gouvernements ont aussi besoin de se faire pousser dans le dos par une population capable de se montrer exigeante. Ne jamais oublier ce principe.

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