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Lady Chevy: les ravages de la pollution

John Woods
Photo courtoisie, Erin Swanson John Woods

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Lady Chevy, le premier roman de l’Américain John Woods, est loin d’être un conte de fées. Particulièrement noir, il nous entraîne à 1000 km d’ici, dans une région marquée par la violence, la pollution et le désespoir. Un coup de cœur.

John Woods
Photo courtoisie

Depuis quelque temps, on dirait bien que l’Ohio est devenu une source d’inspiration pour les écrivains. Après l’excellent et très sombre Ohio de Stephen Markley – qui a remporté le Grand Prix de littérature américaine en 2020 –, voici maintenant Lady Chevy, un roman tout aussi noir (et bon !) dont l’histoire se déroule à Barnesville, une petite localité de 4000 âmes située dans l’est de l’État. 

C’est là que l’auteur, John Woods, a passé la plus grande partie de sa jeunesse. Et habiter dans ce coin de pays défiguré par les mines à ciel ouvert et les puits de fracturation hydraulique permettant l’extraction de gaz de schiste a laissé en lui de profondes empreintes. 

« Dans la région, les dommages environnementaux liés aux industries de l’énergie sont énormes, affirme-t-il au téléphone. En grandissant, c’est quelque chose qui m’a frappé. On ne pouvait par exemple pas nager ou pêcher parce que les lacs étaient empoisonnés. » 

Sans oublier les sérieux problèmes d’eau potable, les sols contaminés, l’air lourdement pollué, les animaux mal en point et l’augmentation évidente de cancers en tout genre chez les humains. 

« Les habitants des environs tombent malades sauf que les preuves ne sont pas là, les industries se gardant de partager leurs données et leurs résultats de recherches, poursuit John Woods. Cela fait en sorte que les gens sont amers, en colère et vulnérables. Avec Lady Chevy, j’ai donc voulu présenter ce que je pensais de cette situation, car je crois qu’un environnement toxique peut engendrer des gens toxiques. »

Un gros nuage noir

L’héroïne de Lady Chevy se nomme Amy Wirkner et, non, elle ne travaille pas chez un concessionnaire Chevrolet. À 18 ans, elle pèse un peu plus de 120 kilos et c’est son très large postérieur qui lui vaut le surnom de Chevy. Un surnom qu’elle déteste, mais tant pis. En principe, si tout se passe bien, ce ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Avec les super notes qu’elle a à l’école, Amy compte décrocher une bourse qui lui permettra d’aller étudier à l’Ohio State University et de devenir vétérinaire. Ce qui, dans la vie, est vraiment son grand, grand rêve.

Mais en attendant de pouvoir quitter définitivement Barnesville, elle doit continuer à supporter les moqueries et le mobil-home où elle vit avec ses parents et son petit frère né difforme, sans doute à cause du puits de fracturation hydraulique qui a poussé dans leur jardin. 

Pour la somme ridicule de 900 $ par mois, son père a en effet jugé bon de céder les droits miniers de leur terrain à une compagnie gazière solidement implantée dans la région. Un truc qu’Amy n’a toujours pas digéré, et lorsque l’un de ses amis viendra réclamer son aide parce qu’il a découvert un moyen de se venger de cette sale compagnie, il faudra se préparer au pire.

Pollution massive, écoterrorisme, violence, pauvreté, maladies, groupes d’extrême droite, chômage, alcoolisme, toxicomanie... C’est à se demander quel autre fléau pourrait s’abattre sur la région. 

« Trouver un éditeur a d’ailleurs été difficile à cause de ça, précise John Woods. Plusieurs maisons ont rejeté Lady Chevy parce qu’elles estimaient que c’était un livre beaucoup trop noir... »

Danger public

Voici donc venu le moment de parler de l’officier de police Brett Hastings, dont on peut suivre les étranges agissements dans tous les chapitres identifiés par la lettre H. Et ce n’est pas parce qu’il a naguère étudié la philosophie à l’université qu’il va se démarquer de ses collègues pour son humanité. Au contraire ! Froid, manipulateur et tordu à souhait, il n’a absolument rien à envier aux psychopathes qu’on a l’habitude de croiser dans les romans policiers. 

« Brett Hastings est un personnage effrayant qui incarne toutes mes peurs et toutes mes angoisses, explique l’écrivain. Sa notion de bien et de mal est différente de la nôtre et comme il a fini par rejeter toute valeur morale, il nous incite à remettre beaucoup de choses en question. Il peut être convaincant, mais ça ne veut pas dire qu’il va nous emmener dans un bon endroit ! »

Ça rend Barnesville encore plus dangereuse et même si ça nous a enlevé l’envie de visiter la région, on a a-do-ré ! 

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