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Une guerre créative avec des solutions simples, mais efficaces

Les Ukrainiens ont réussi à ralentir l’envahisseur grâce à leur ingéniosité

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Photo AFP Un char d’assaut russe détruit par l’armée ukrainienne dans la ville de Trostianets, une ville située près de la frontière russe et qui aurait été reprise à l’envahisseur.

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Plus d’un mois après le début de l’invasion russe, les Ukrainiens continuent de déjouer les pronostics et résistent à l’envahisseur. Parmi les raisons de ce succès, une créativité sans borne accompagnée de solutions simples et peu coûteuses permet de tenir tête à un ennemi « qu’ils ont très bien compris ».  

Les Russes, pourtant mieux nantis en troupes et en armement, font face à une résistance inattendue.  

« Les Ukrainiens ont très bien compris leur ennemi russe et ils ont su s’adapter à la nature de leur ennemi », lance d’emblée le Dr Éric Ouellet, professeur au département d’études de la défense du Collège militaire royal.  

Selon cet expert, l’Ukraine a « réussi à passer par-dessus » son passé soviétique « en déléguant beaucoup d’autorité à un niveau local », favorisant ainsi les initiatives de petites équipes sur le terrain.  

Volodymyr Zelensky - président ukrainien
Photo AFP
Volodymyr Zelensky - président ukrainien

« Et ça, ça lui a permis, à partir de là, de maximiser les opportunités pour attaquer les faiblesses de l’armée russe. » 

Au contraire, les militaires russes doivent remonter la chaîne de commandement pour obtenir des ordres. « Le délai dans la prise de décision russe est un avantage que les Ukrainiens exploitent beaucoup. »

Le point de vue du Dr Ouellet est partagé par le major à la retraite Michael Boire, également un spécialiste de la guerre en milieu urbain. Mais pour ce dernier, la créativité ukrainienne a ses limites. « Ça a permis de freiner les Russes, mais pas de les stopper », signale-t-il.

« Les Ukrainiens, grâce à leur courage et à leur créativité, certainement qu’ils ont ralenti l’avance. »

Selon M. Boire, les façons de faire ukrainiennes pourraient être particulièrement efficaces en milieu urbain, si jamais les Russes s’y aventuraient. « Les Ukrainiens peuvent faire beaucoup de dégâts s’ils [les Russes] entrent dans les villes », explique-t-il, puisqu’ils « maîtrisent le terrain à la perfection. »

Les communications attaquées 

Cette guerre a aussi mis en lumière les problèmes de communication du côté russe, dont des centaines d’heures d’échanges ont été enregistrées par des radioamateurs ukrainiens et américains (voir encadré 7). Les Ukrainiens n’ont rien inventé en s’attaquant aux communications, rappelle M. Ouellet, mais ils ont su en tirer avantage.  

« C’est vrai que les communications russes sont assez inégales. Et c’est surprenant étant donné qu’ils ont investi énormément pour moderniser ces façons de faire. Mais là, on voit que cette modernisation était incomplète et partielle. »

1. Des drones à 2000 $ pour terroriser l’ennemi 

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Photo courtoisie Aerorozvidka

Les forces ukrainiennes ont réussi à tirer le meilleur de drones à 2000 $ pour combattre l’ennemi, selon le Times de Londres. Ces octocoptères commerciaux auxquels on a greffé des imageurs thermiques et des grenades antichars sont d’une redoutable efficacité. Chars d’assaut, véhicules de commandement et camions transportant de l’équipement électronique ont été frappés par l’Aerorozvidka, l’unité de reconnaissance aérienne spécialisée comptant 50 escouades de pilotes. « C’est des attaques en petite équipe supportées par des drones. Ils tendent des embuscades et jouent beaucoup sur le facteur que les Russes, ça leur prend beaucoup de temps avant de recevoir les ordres et de s’ajuster », explique le Dr Éric Ouellet, professeur au département d’études de la défense avec le Collège militaire royal. Les attaques sont menées à la noirceur, quand les forces russes sont immobiles. « Nous frappons la nuit, quand les Russes dorment », a précisé un commandant de l’unité, Yaroslav Honcar. 

2. Coup de pouce d’Elon Musk 

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Photo courtoisie

Le milliardaire Elon Musk a rapidement pris position dans le conflit, se permettant d’envoyer dès le début de l’invasion des milliers de terminaux d’accès internet par satellite à l’Ukraine via sa société Starlink. L’initiative du PDG de Space X profite grandement aux troupes ukrainiennes, qui peuvent notamment continuer d’opérer avec une grande efficacité leurs drones dans des zones rurales où les connexions internet sont incertaines ou carrément absentes. Selon plusieurs médias, de très nombreuses frappes menées grâce à la connexion au système Starlink ont permis de détruire des chars russes en grand nombre. Le vice-premier ministre Mykhailo Fedorov avait célébré l’arrivée d’une première cargaison de terminaux Starlink en publiant une photo sur Twitter, le 28 février dernier. 

3. Tout le monde prépare des cocktails Molotov 

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Photo courtoisie UNIAN news agency

Le cocktail Molotov est devenu le symbole de la résistance en Ukraine. Dès le début de l’invasion russe, le président Volodymyr Zelensky a appelé ses compatriotes à se défendre en fabriquant le fameux cocktail, suscitant un engouement monstre chez les citoyens. Simple à fabriquer, très efficace et surtout peu coûteuse, l’arme permet aux civils de s’impliquer dans l’effort de guerre et de défendre leur ville. Signe de son immense popularité, la page Wikipédia ukrainienne avait été la deuxième page la plus consultée avec 60 000 vues au lendemain de l’appel du président Zelensky. L’armée ukrainienne se sert même de drones pour larguer des cocktails Molotov sur les soldats russes. « On a vu depuis le début des hostilités des colonnes russes prises dans les embuscades. Ça c’est difficile à faire, croyez moi. [...] Et on l’a vu plusieurs fois. De monter ces embuscades, c’est créatif », constate le major à la retraite, Michael Boire.

4. Production participative 

Les forces ukrainiennes ont volontairement bousillé le pont principal de Voznesensk. Les citoyens empruntent dorénavant un pont secondaire.
Photo REUTERS
Les forces ukrainiennes ont volontairement bousillé le pont principal de Voznesensk. Les citoyens empruntent dorénavant un pont secondaire.

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin dit l’adage. Les Ukrainiens font donc un bon bout de chemin grâce au crowdsourcing, que l’on pourrait traduite par « production participative ». Des médias ont notamment rapporté l’histoire de chars d’assaut russes tirant sur la ville de Voznesensk avant de battre aussitôt en retraite quelques centaines de mètres plus loin question d’éviter la riposte. Des civils et des volontaires ne se sont pas fait prier pour divulguer les nouvelles coordonnées des tanks via l’application de messagerie vocale Viber, trahissant ainsi la tactique russe.

5. Propagande bon marché sur les réseaux sociaux 

La Russie a beau avoir coupé l’accès à Facebook, Twitter et Instagram, certains réseaux sociaux sont encore accessibles et l’Ukraine essaie d’en tirer avantage. Les applications de messageries Telegram et WhatsApp sont toujours disponibles et l’Ukraine a commencé à utiliser la reconnaissance faciale pour identifier des soldats russes morts ou capturés. Selon le Wall Street Journal, les forces ukrainiennes contactent même leurs familles et publient leurs photos sur la chaîne Telegram.

6. Une armée de hackers dédiés à la cause 

Russie et Ukraine s’affrontent aussi sur le terrain du numérique et se livrent une cyberguerre sans merci. Toutefois, les forces ukrainiennes peuvent compter sur une armée de 400 000 hackers, selon leur décompte, prêts à coordonner des attaques numériques. Ils se sont mobilisés à la demande du président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui profite maintenant d’une grande force de frappe à peu de frais. Le groupe bien connu Anonymous s’est aussi joint au mouvement, et a notamment revendiqué la paralysie des sites de plusieurs médias russes. Des spécialistes ukrainiens des télécommunications ont même utilisé des bases de données téléphoniques piratées pour retrouver les communications personnelles des soldats russes déployés ainsi que ceux encore en garnison. Plusieurs soldats ont reçu des appels où ils ont notamment été insultés. Des soldats de la Biélorussie ont subi le même sort.

7. Communications interceptées et brouillées 

Les Russes ont beaucoup utilisé des communications non cryptées dès qu’ils ont envahi l’Ukraine, offrant sur un plateau d’argent l’accessibilité à leurs ennemis à des informations privilégiées récoltées à très peu de frais et presque sans effort. Des radioamateurs ukrainiens et américains en ont notamment profité pour intercepter des centaines d’heures d’échanges sur le champ de bataille. Le New York Times rapporte que des communications provenant de hauts gradés ont été captées et auraient mené à la mort d’un général russe. Les radioamateurs se sont aussi fait un malin plaisir à brouiller les ondes ennemies avec notamment des insultes, des cris d’animaux et l’hymne national ukrainien, version métal. « Les troupes russes ne semblent pas avoir le meilleur équipement », note le Dr Ouellet.

8. Une mobilisation générale efficace 

Un monument de Kharkiv protégé par des sacs de sable
Photo AFP
Un monument de Kharkiv protégé par des sacs de sable

Les bombardements incessants des Russes ne semblent pas avoir freiné la mobilisation des civils un peu partout en Ukraine. Dans les dernières semaines, plusieurs ont fait preuve d’ingéniosité pour combattre l’envahisseur, et ce, à petit prix. Panneaux de signalisation retirés, sacs de sable et obstacles antichars comptent parmi les initiatives qui peuvent faire douter l’envahisseur. « Ça rajoute à l’incompréhension des Russes vis-à-vis l’Ukraine. Depuis 2014, l’annexion de la Crimée et la rébellion des provinces dans l’est du pays, les sentiments anti-russes n’ont fait que croître », rappelle le Dr Ouellet. 

« Les civils et les militaires professionnels sont deux groupes qui sont intégrés maintenant. L’intégration est de la créativité si vous voulez. »

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