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Ottawa autorise un controversé projet de forage dans l’océan Atlantique

Jusqu’à un milliard de barils de pétrole au large du pays

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Le gouvernement du Canada a donné son feu vert au controversé projet Bay du Nord qui prévoit l’extraction de 300 millions à 1 milliard de barils de pétrole au large de Terre-Neuve.

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La décision a été annoncée en fin de journée mercredi. Pressé de questions à sa sortie du Comité permanent des ressources naturelles, le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, a assuré qu’il assumait cette décision à 100%. 

«Mes opinions personnelles je les ai partagées avec les membres du cabinet. Ce qui est important aujourd'hui c'est de voir que nous acceptons les recommandations de l'Agence d'évaluation environnementale fédérale qui a étudié le projet pendant quatre ans et qui nous a fait la recommandation que le projet n'avait pas d'impact significatif sur l’environnement», a-t-il dit, précisant qu’il s’agissait de l'un des projets pétroliers les moins émetteurs dans le monde. 

Cette décision survient deux jours après la sortie d’un nouveau rapport accablant du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Le document exhorte les gouvernements à réduire dramatiquement leur production de pétrole, mentionnant que l’humanité ne dispose que de trois ans pour plafonner ses émissions de gaz à effet de serre (GES) et limiter le réchauffement climatique à 2°C.  

«Investir dans de nouvelles infrastructures de combustibles fossiles est une folie morale et économique», avait lancé le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, dans son discours d’ouverture.  

Bay du Nord est un projet de 6,8 milliards $ qui prévoit la construction d’une nouvelle plateforme de forage à 500 km à l’est de Terre-Neuve par la compagnie norvégienne Equinor. On vise à y extraire de 300 millions à 1 milliard de barils de pétrole sur 30 ans, à compter de 2028. 

AFP

Effets sur le climat 

À près de 200 000 barils extraits par jour, le projet ajouterait l'équivalent en émissions de CO2 de 7 à 10 millions de voitures sur nos routes par année (incluant la combustion), dénoncent les groupes environnementaux qui se sont fermement opposés au projet. 

«C’est crève-cœur [...] Ce que cette décision démontre, c’est à quel point les gouvernements, même ceux parmi lesquels on a des champions climatiques, ont une réponse totalement inadéquate face à l’ampleur de la crise», a déploré la directrice des politiques nationales du Réseau Action Climat, Caroline Brouillette.  

L’organisme Équiterre a lui aussi fustigé la décision. 

«Les membres du gouvernement s’évertuent à nous dire qu’ils n’ont pas le pouvoir de limiter la production d’énergies fossiles. Ils avaient ici une belle occasion de le faire et on a sciemment décidé de faire l’inverse», a déclaré l’analyste des politiques climatiques Émile Boisseau-Bouvier. 

Même son de cloche du côté de Greenpeace. 

«C’est atteindre le fond du baril pour un gouvernement qui dit vouloir lutter contre les changements climatiques alors que dans les faits on a Steven Guilbeault qui est en train de légitimiser l’inaction climatique. C’est un déni total de ce que la science exige», a lancé le porte-parole Patrick Bonin.

 

Un atout économique primordial 

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Andrew Furey, a défendu l'atout économique que représente le projet pour sa province, la plus endettée au pays. 

«Le projet Bay du Nord est d’une importance critique pour l’économie de Terre-Neuve-et-Labrador et fournirait des emplois significatifs et une activité économique», avait-il déclaré le mois dernier, dans un communiqué de presse.  

Les promoteurs affirment que leur pétrole sera «le moins émetteur en carbone au Canada», grâce à une combinaison de technologie et de façons de faire. 

Un plan de réduction des GES pour 2030 

Plus tôt la semaine dernière, Steven Guilbeault a dévoilé son Plan de réduction des émissions de GES pour 2030. Il y détaille comment son gouvernement entend réduire ses émissions de 40% (par rapport aux niveaux de 2005) d’ici 2030, comme il s’y est engagé dans le cadre de l’Accord de Paris. 

Les efforts que devra fournir l’industrie pétrolière et gazière, secteur qui émet le plus au pays, n’y sont toutefois pas explicités, puisque des discussions doivent encore avoir lieu en vue de l’imposition d’un plafond. 

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