/investigations
Navigation

Privés d’une maternelle 4 ans malgré des besoins criants

Des enfants d’un quartier moins bien nanti ont vu le Centre de services scolaire de Montréal fermer une classe

Kim David
Photo Chantal Poirier Kim David et son fils Émerick devant l’école primaire Baril, située dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, où le jeune garçon devait commencer la maternelle 4 ans en septembre. La classe a été fermée, faute de locaux disponibles.

Coup d'oeil sur cet article

Malgré des besoins criants, une classe de maternelle 4 ans d’une école défavorisée de Montréal devra fermer ses portes à la rentrée scolaire, faute de places disponibles. 

• À lire aussi: Moins de classes de maternelle 4 ans l’automne prochain au Québec

«Avoir su que la maternelle 4 ans n’allait pas ouvrir, je n’aurais pas fait de fausses attentes à mon fils, qui a hâte d’aller jouer, de se faire des amis», a confié Kim David, dont le fils Émerick est un des 26 enfants dont l’inscription est annulée. 

Kim David
Photo Chantal Poirier

L’école Baril, dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, fait pourtant partie du 10 % des écoles québécoises les plus défavorisées de la province. 

En 2018, la Coalition Avenir Québec avait promis d’offrir une place de maternelle 4 ans à tous les parents qui veulent y envoyer leur enfant, alors que ce service était auparavant réservé aux quartiers moins bien nantis. 

Lors d’un débat, François Legault avait même mis son siège en jeu relativement à cette promesse.

Trop d’élèves

Le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) dit ne pas avoir le choix de fermer la maternelle 4 ans parce que les locaux seront occupés par des élèves de maternelle régulière. Il ne restait plus de place pour une classe de prématernelle, qui était implantée depuis plus de cinq ans. 

Cette décision a été prise «afin d’éviter le déplacement d’un nombre important d’élèves de 5 ans vers d’autres écoles du quartier», a expliqué un porte-parole pour le CSSDM Alain Perron.  

Kim David
Photo Chantal Poirier

Une situation que déplore une ancienne commissaire scolaire du quartier Hochelaga-Maisonneuve Diane Beaudet. 

«L’école Baril est un milieu où il y a beaucoup de familles avec de grands besoins. Ce sont des jeunes qui méritent un coup de main, et c’est pourquoi la maternelle 4 ans doit exister. C’est vraiment triste.» 

Une classe de plus seulement

Selon les informations obtenues par notre Bureau d’enquête, le Centre de services scolaire de Montréal prévoit pour le moment qu’il y aura 92 classes de maternelle 4 ans à la rentrée, soit une seule de plus que cette année. 

Une situation surprenante quand on sait que le CSSDM compte 60 % d’écoles défavorisées sur son territoire. Dans le reste de la province, il est déjà prévu que 265 groupes s’ajoutent au réseau. 

Le CSSDM précise qu’il est encore possible que le nombre de classes évolue d’ici septembre, à mesure que les inscriptions se poursuivent. Malgré tout, on assure être «en phase avec les objectifs du ministère de l’Éducation». 

L’an dernier, le gouvernement Legault a repoussé à 2025 son intention d’ouvrir 2600 classes de maternelle 4 ans, une promesse phare de son programme, maintes fois édulcorée.

-Avec Daphnée Dion-Viens, Le Journal de Québec

QUELQUES CHIFFRES

1345 Nombre de classes de maternelle 4 ans au Québec

1610 (+265) Nombre de classes de prématernelle prévues en septembre 2022 

Nombre de classes de maternelle 4 ans supplémentaires prévues à la rentrée 2022 :  

  • CSS Marguerite-Bourgeoys : +6  
  • CSS de Montréal : +1  
  • CSS de la Pointe-de-l’Île : +4   

2600 Objectif pour la rentrée 2025

Sources : Ministère de l’Éducation et CSS Marguerite-Bourgeoys, de Montréal et de la Pointe-de-l’Île

Des mères prises au dépourvu  

Des mères dont les enfants étaient inscrits à la maternelle 4 ans de l’école Baril ont été prises de court et doivent maintenant trouver un plan de rechange pour la prochaine rentrée.

«Je suis un peu prise au dépourvu», avoue Geneviève Lehoux, qui juge aussi qu’une prématernelle aurait été optimale pour le développement de sa fille. 

La mère de la petite Lena est donc à la recherche d’une garderie ou d’un centre de la petite enfance.

«D’un point de vue social et communautaire, je trouve ça difficile», affirme celle qui connaît bien les défis du quartier en raison de son engagement dans un organisme communautaire local.  

Une autre mère s’inquiète pour la progression de son garçon qui attendait impatiemment sa rentrée à l’école.

«Mon fils n’a pas fréquenté la garderie, alors avec la fermeture de la maternelle 4 ans, j’ai peur qu’il soit en retard [comparativement aux autres enfants]», confie Kim David. 

Kim David
Photo Chantal Poirier

Elle était d’ailleurs convaincue que l’inscription de son fils Émerick était garantie. 

«Surtout dans un quartier défavorisé où on nous répète qu’on est chanceux d’avoir la maternelle 4 ans!»

Les enfants en paient le prix

L’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire déplore que ce soient les élèves qui paient le prix. 

«Il est vrai que la pénurie de personnel nous affecte tous, mais est-ce que ce sont les petits de 4 ans qui ont besoin d’avoir accès à l’école et à ses services qui doivent être pénalisés?» a soulevé sa présidente, Kathleen Legault. 

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous partager à propos de cette histoire?

Vous avez un scoop qui pourrait intéresser nos lecteurs?

Écrivez-nous à l'adresse jdm-scoop@quebecormedia.com ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.