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Un recul humiliant pour Anglade

Quebec
Photo d’archives, Stevens Leblanc La cheffe libérale Dominique Anglade lors de la période des questions à l’Assemblée nationale le 15 mars dernier.

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L’acrobatie politique que les libéraux de Dominique Anglade viennent d’exécuter en matière linguistique est de calibre olympique.

N’importe quel observateur de la joute parlementaire vous le dira : lorsqu’un parti réussit à faire adopter une modification à un projet de loi, il est rarissime – voire jamais vu – que, peu de temps après, il implore les autres partis de la retirer.

  • Écoutez l'édito d'Antoine Robitaille lors de la rencontre Foisy - Robitaille diffusée chaque jour en direct 12 h via QUB radio :

Trois cours

Je parle de cette idée (au demeurant excellente !) d’exiger des élèves qui fréquentent des cégeps anglophones d’y réussir au moins trois cours en français.

Elle figurait dans les 27 propositions du PLQ visant à renforcer la langue officielle, présentées en avril 2021, soit avant le dépôt du projet de loi 96 de la CAQ.

Le PLQ souhaitait « bonifier l’offre de cours » en français dans les cégeps anglos. Celle-ci « ne devrait pas se limiter aux cours de français langue seconde, mais être encouragée, en incluant au moins trois cours en français offerts dans chaque programme d’études ».

Initialement, les anglophones issus de la communauté historique, les « ayants droit », n’étaient pas touchés par la proposition libérale.

  • Écoutez la rencontre Rémi Nadeau et Antoine Robitaille diffusée chaque jour en direct 19 h via QUB radio :

Fierté

Mais le 23 février, lors de l’étude détaillée du projet de loi 96, les libéraux Hélène David et David Birnbaum ont insisté pour que les « ayants droit » soient assujettis à cette règle des trois cours « obligatoires ».

Une fois l’amendement adopté, Birnbaum chanta les louanges d’Hélène David : « Je me permets de noter notre fierté d’avoir proposé cet amendement et je salue les efforts de ma collègue de Marguerite-Bourgeoys. »

Hélène David parlait d’« un compromis formidable, historique, sur le fait que les choses puissent se passer en français dans des cégeps anglophones ». Birnbaum vantait une mesure assurant le « rayonnement », « la protection et la sécurisation de notre langue française ».

Tollé

Déjà que le projet de loi 96 suscitait des cris d’orfraie dans les communautés anglophones. Voilà que le parti se prétendant leur voix en ajoutait. Le tollé fut tel que l’idée d’un parti Égalité 2.0 réémergea en Estrie.

Dans les intentions de vote, le PLQ perdit sur tous les tableaux : le vote francophone a baissé à 11 %. Mais nouveauté : chez les électeurs anglophones du PLQ, la chute était de 13 points ! (Léger du 11 mars)

Dominique Anglade n’avait plus le choix, il lui fallait réclamer le retrait du « compromis formidable, historique ». Tout cela était pour la galerie. Elle savait bien que ni le gouvernement ni les autres partis ne reculeraient.

Mardi, expliqua-t-elle laborieusement dans les deux langues du Dominion, ce que le PLQ avait proposé était en définitive « pas applicable ». En anglais, elle ajouta que la mesure « mettait en danger l’avenir de certains jeunes ». (Le français, c’est vraiment risqué...) En somme, le PLQ « aurait dû davantage travailler en amont avec les groupes » anglophones.

Le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, fut peut-être le plus assassin à propos de l’épisode. Après avoir rappelé les prétendus virages récents du PLQ d’Anglade (vert, progressiste, nationaliste), il asséna ce coup : « Tout ça [...] c’est des beaux slogans, mais j’ai des petites nouvelles pour Dominique Anglade, il n’y a aucun sondage dans la vie qui remplace les convictions. »


Vous avez des informations pour notre chroniqueur? Écrivez à antoine.robitaille@quebecormedia.com

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