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Bande dessinée: spectaculaire tour du chapeau

Harlem tome 1
Photo courtoisie

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New York. Capitale incontestable du rêve américain, cette ville fascine un nombre incalculable d’artistes. L’auteur de bande dessinée québécois Mikaël est du nombre. Après lui avoir consacré deux fabuleux diptyques Giant et Bootblack campés au cœur de la péninsule au sud de l’île, il remonte la rivière Hudson, nous plongeant cette fois-ci dans les entrailles du quartier Harlem des années 30. 

Jadis comptant de vastes terres agricoles, la lente transfiguration de Harlem s’accélère d’abord au milieu du XIXe siècle avec l’arrivée de riches industriels, qui y bâtissent de somptueuses maisons secondaires. 

Puis, au tournant du nouveau siècle, la bulle spéculative éclate. Les richissimes propriétaires quittent le quartier, abandonnant derrière eux leurs valets afro-américains. Laissée à elle-même, cette communauté se réapproprie les lieux. 

Arrivent les années 20, et la création du jazz qui ravive Harlem. Malheureusement, la crise de 1929 – le krach financier des « blancs » – mettra abruptement en pause sa fulgurante effervescence.

Entre alors en scène Stéphanie St-Clair alias Queenie, une redoutable femme d’affaire et gangster qui a la mainmise sur les paris sportifs, au grand déplaisir de la mafia irlandaise, qui détient le reste de Manhattan. 

C’est par la lorgnette de Bob Bishop, journaliste blanc qui était le voisin du protagoniste de Giant, qu’on découvre la reine d’Harlem sous la plume affûtée de l’illustrateur. 

« Comme on ne connaît pratiquement rien du passé de Queenie, je lui en ai composé un, affirme Mikaël. Puisque j’ai habité un moment aux Antilles, ça m’est venu tout naturellement d’imaginer un pan de sa jeunesse là. Aussi, j’ai voulu redéfinir ce qu’est une personne noire, au-delà du cliché du Sud. Qu’est-ce qu’un Américain métissé ? C’est forcément une question complexe, nuancée, dont la réponse est plurielle. »

Bien plus qu’un simple Biopic

L’auteur se défend d’avoir livré un biopic pour le premier tome de son nouveau diptyque. Il préfère plutôt le ressenti reposant toutefois sur de solides recherches. 

« Je ne souhaite pas être esclave de la documentation. C’est par le truchement de l’émotion que je choisis de raconter cette ville et ses habitants. » 

Mikaël connaît intimement New York. La lecture de ses albums nous immerge instantanément dans ses parfums, ses moindres recoins de rues et d’édifices. Rien n’est laissé au hasard dans son découpage et sa mise en cases. Son Harlem nous surplombe comme elle le fait pour le sud de l’île. Armé de son appareil photo, il a cartographié chaque parcelle d’Harlem. Même s’il n’a pas su trouver la sépulture de Queenie, il a réussi à se faufiler dans le hall d’entrée de l’édifice où elle habita, jadis. Un coup de bol du destin. 

« Lorsque je me suis pointé au 409, Edgecombe Avenue, un habitant y entrait. Voyant que je m’intéressais à l’immeuble, il m’a ouvert la porte. Après une brève discussion où je lui présentai les grandes lignes de mon projet, le compositeur jazz Bryan Reeder,--- que je remercie dans l’album, me fit visiter son appartement situé au 13e étage, là où elle habita jadis. Une chance inouïe, car mes multiples tentatives de visiter l’immeuble sont demeurées lettre morte. » 

Ses Giant et Bootblack connaissent un grand succès chez nos voisins du sud en traduction anglaise. Rien d’étonnant, car aucun bédéiste étranger n’a réussi à ce jour croquer la Grosse Pomme comme Mikaël le fait.  

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CHANSON NOIRE

Harlem tome 1
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Après l’immense succès qu’a connu l’adaptation en bande dessinée du roman Aliss de Patrick Sénécal, l’artiste Jeik Dion propose Chanson noire, son premier album solo en carrière. Passé maître incontesté de l’épouvante, Dion tricote un récit initiatique dans le Québec des années 70, où un jeune couple de citadins s’installe à la campagne dans une maison hantée. Se situant quelque part entre Arkham Asylum de Grant Morrison et les récits du mangaka Junji Ito, l’œuvre respecte non seulement les codes du genre, mais elle bonifie un pan à ce jour peu exploré dans le 9e art québécois.  


ROUGE AVRIL

Harlem tome 1
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Le tandem derrière l’excellent Pour en finir avec novembre, paru en 2010, nous offre Rouge avril, un ingénieux polar campé en Outaouais ayant pour toile de fond le Printemps érable. Un professeur de littérature doublé d’un auteur en débâcle demande l’aide d’un ancien élève, étudiant maintenant en bande dessinée à l’UQO (où le scénariste de Rouge avril a enseigné à l’illustrateur), d’adapter son récit. Les auteurs brouillent les pistes alors qu’ils se mettent en scène sans être pour autant les deux protagonistes principaux. Servi par un dessin vif, dépouillé et efficace, le récit nous entraîne dans un enchevêtrement de fausses pistes. 


PETAR & LIZA

Harlem tome 1
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Cet extraordinaire récit nous transporte dans la Croatie d’après guerre des Balkans, alors que nous suivons les errances de Petar, revenu à la vie civile après l’armée. Le poète en perte de repères cumulant les boulots de misère et navigant de fête en fête trouve enfin un sens à sa vie à la suite de sa rencontre avec Liza. L’approche graphique d’une déconcertante richesse et l’ingénieux découpage nous transportent dans la psyché d’un homme affrontant le monde d’après. Difficile de ne pas traverser l’album sans y voir les Ukrainiens qui un jour regagneront leur patrie pour recommencer à vivre. Un album dense, habité, puissant.

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