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Quatre fermes du Québec victimes des flammes chaque semaine

Des centaines de milliers de bêtes ont péri depuis sept ans, la plupart brûlées vives

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Photo d'archives, Agence QMI, PASCAL GIRARD Plusieurs dizaines de bêtes ont péri lors d’un violent incendie qui a ravagé cette ferme à Mirabel, en juillet 2021. Chaque année, elles sont plusieurs milliers à être victimes des feux qui détruisent des bâtiments agricoles.

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Quatre bâtiments agricoles sont la proie des flammes chaque semaine au Québec, mettant en péril la vie de milliers d’animaux d’élevage.

« Ce sont des drames inacceptables. Il y a trop peu de précautions pour sauver les êtres animaux, qui meurent brûlés vifs ou intoxiqués », déplore le vétérinaire Jean-Jacques Kona-Boun, de Montréal, qui a répertorié 195 incendies mortels pour les animaux dans des fermes du Québec depuis 2015.

Des incidents qui auraient coûté la vie à environ un demi-million de bêtes, une estimation qu’il juge modérée.

Le 26 janvier dernier, un feu prend naissance vers 14 h dans une ferme de Canards de Lac-Brome, en Montérégie. Quand les pompiers viennent à bout de l’incendie, vers 16 h, les bâtiments sont en ruine : perte totale. Un nombre indéterminé de canards périssent dans les flammes. 

Six mois plus tôt, une autre ferme de l’entreprise, à L’Ange-Gardien, avait coûté la vie à 6000 canards.

« Les feux de fermes sont un véritable fléau au Québec. Le problème est connu depuis longtemps, mais rien ne bouge », mentionne la juriste Sophie Gaillard, responsable de ce dossier à la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA). 

Elle fait valoir que le Code civil du Québec a pourtant accordé en 2015 un nouveau statut aux animaux, qui sont considérés maintenant comme des êtres dotés de sensibilité.

Le ministère de la Sécurité publique du Québec confirme la gravité du phénomène dans son plus récent répertoire sur les incendies. 

Plus de 30 M$ par année

En moyenne, 209 bâtiments par année à usage agricole ont été endommagés par les flammes entre 2014 et 2018, peut-on lire. 

Les pertes matérielles sont estimées en moyenne à 33,55 millions de dollars par année. 

Le problème serait en partie lié aux systèmes électriques déficients qui provoquent des défaillances dans un environnement hautement inflammable (foin, paille, bois). 

« Souvent, les bâtiments ne disposent pas de simples avertisseurs de fumée », confirme Marc-André Fortier, directeur adjoint de la sécurité publique à Sutton et à Lac-Brome.

Promutuel est là... pas le MAPAQ

« Nous vivons, depuis quelques années, une augmentation grandissante des sinistres majeurs en assurance agricole, principalement causés par des incendies et des effondrements de bâtiments », affirme Lyne Gagné, vice-présidente Communications et affaires publiques de Promutuel assurances.

Au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), le dossier ne semble pas prioritaire. 

Son porte-parole, Yohan Dallaire Boily, renvoie Le Journal à la Financière agricole, dont le mandat ne couvre pas ce genre de dommages. 

Par courriel, il précise que le MAPAQ participe depuis 2017 au Comité de prévention des incendies dans le secteur agricole, mis sur pied par... Promutuel.

Il faut en faire plus pour protéger les animaux des feux 

Il faut faire mieux pour protéger les animaux qui peuvent être victimes d’un incendie dans des établissements agricoles, estiment des experts.

« Cette épidémie d’incendies de fermes d’élevage nous montre bien qu’on n’a pas donné assez de dents à cette disposition », commente pour sa part Me Sophie Gaillard, de la SPCA.

À son avis, il faudrait doter les fermes du Québec de systèmes de détection des incendies reliés au service municipal de pompiers. 

Mais d’autres mesures doivent être mises en place, par exemple un « plan d’évacuation pour les animaux » afin de leur éviter une mort dans la souffrance.

« Si les victimes étaient humaines, ces incendies seraient des actes criminels ! » lance le Dr Jean-Jacques Kona-Boun révolté par la mort de plus de 500 000 animaux d’élevage au cours des sept dernières années à la suite d’incendies de bâtiments agricoles.

Un statut particulier

« Depuis 2015, les animaux sont considérés au Québec comme des êtres sensibles au sens de la loi », commente Alain Roy, professeur de droit à l’Université de Montréal.

Lui-même végane, il s’oppose à toute forme de cruauté animale. Il avait accueilli favorablement la modification au Code civil québécois qui, en 2015, devait assurer un statut particulier aux animaux.

À l’avant-garde mondiale à cette époque, le Québec reconnaissait désormais un statut particulier aux animaux jusque-là considérés comme des meubles au sens de la loi.

Incidents marginaux

L’Union des producteurs agricoles (UPA) reconnaît le problème, tout en rappelant qu’il y a environ 28 000 fermes au Québec. 

« Il faut bien s’attendre à ce qu’une partie des bâtiments soit plus à risque, compte tenu de l’âge de plusieurs propriétés », explique Charles-Félix Ross, directeur général de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Les incidents apparaissent comme des événements marginaux.

Il assure, par ailleurs, que les bâtiments récents sont plus sécuritaires compte tenu des normes. 

La mise à niveau des anciennes fermes serait extrêmement coûteuse pour les agriculteurs.

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