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La vie après 400 combats: James Leinhos fait régner la justice... devant les juges

James Leinhos
Photo Chantal Poirier Me James Leinhos, dans son cabinet d'avocat, à Longueuil. Derrière lui, des chandails qu'il a portés avec les Royaux de Sorel et les Summum-Chiefs de Saint-Jean.

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Me James Leinhos faisait régner la justice sur la glace, maintenant il la fait respecter dans la société comme avocat.

Si rien au départ ne le destinait à devenir un bagarreur redouté, Jamie Leinhos s’est pourtant fait un nom avec les Royaux de Sorel après avoir joint la Ligue de hockey semi-professionnelle du Québec, l’ancêtre de la LNAH, en 1998.

«Je me suis défendu un peu dans les rangs juniors, mais je n’étais pas un batailleur. Dans la ligue, il y avait une différence entre les gars qui étaient là pour se battre et ceux qui étaient capables de jouer au hockey. Je me suis trouvé une niche entre les deux. Je pouvais jouer et j’étais capable de me défendre et de prendre soin de mes coéquipiers», mentionne-t-il.

En 394 matchs, Jamie Leinhos, un défenseur fiable, a tout de même amassé 131 points, dont 41 buts, chez les pros et au niveau sénior.

C'était aussi un leader, alors qu'il a été capitaine à Sorel, à Trois-Rivières, dans la LNAH, à La Prairie, dans le senior AA, en plus d'être assistant à Saint-Jean (LNAH).

Gaetz et Roberge

Mais un jour, Jaimes Leinhos a fait le saut dans la cour des grands.

«Les tough se battaient seulement entre eux. Il y avait un code, un respect. Ça a pris un combat, que je n’ai pas voulu, contre Link Gaetz, pour que d’autres bagarreurs qui ne me parlaient pas avant m’adressent la parole. Avant ça, je n’étais personne. Ils n’avaient pas de temps à perdre avec moi!»

Justin Leinhos et Jamie Leinhos. Les deux frères ont disputé cinq saisons ensemble, quatre avec les Royaux de Sorel (2000 à 2004) et une avec le Caron et Guay de Trois-Rivières (2004-2005).
Photo courtoisie
Justin Leinhos et Jamie Leinhos. Les deux frères ont disputé cinq saisons ensemble, quatre avec les Royaux de Sorel (2000 à 2004) et une avec le Caron et Guay de Trois-Rivières (2004-2005).

«Mais après m’être battu contre Gaetz et Serge Roberge la même fin de semaine, je recevais des invitations. Il y avait un genre de politesse, mais les invitations étaient différentes!», affirme-t-il à la rigolade.

À 5 pieds et 11 pouces, il faisait partie des plus petits bagarreurs.

«Je pesais 205 livres à cette époque. Je regardais les gars qui avaient les mains deux fois grosses comme les miennes. J’avais un meilleur cardio et je tentais de l’utiliser à mon avantage. Si je pouvais rester en vie durant les 20 premières secondes, j’avais de bonnes chances de l’emporter», dit l’homme âgé de 45 ans.

Pas de problème de santé

On imagine facilement que, s’il est capable de plaider de nos jours, Me Leinhos n’a pas trop souffert des nombreux combats qu’il a livrés.

«J’ai eu des commotions, mais pas de séquelles. Parfois, c’est comme si tu te réveilles en plein milieu d’un combat. Tu es resté debout, mais les lumières se sont éteintes brièvement», concède-t-il.

«Ma pire, pire blessure, ça a été une mâchoire cassée par Jason Rushton. Mes genoux n’ont pas plié, mais, au banc des punitions, je n’arrivais plus à fermer ma bouche égale. C’est difficile pour un futur avocat d’avoir la bouche brochée durant six semaines. On m’avait dit de ne pas me rebattre avant un an et que ma mâchoire allait peut-être rester fragile, mais deux mois après, je recommençais!», raconte-t-il.

Longues études

Tout en jouant et en se bagarrant, Jamie Leinhos a fait des études universitaires.

«J’ai fait mon bac à McGill en économie, sciences politiques; ensuite mon bac en droit. Après, j’ai décidé de faire un DESS en common law durant deux ans, qui m’aurait permis de faire mon droit aux États-Unis ou au Canada anglais», explique-t-il.

Leinhos en 2004-2005 avec l'équipe Caron et Guay de Trois-Rivières et sur la glace contre Donald Brashear du Radio X.
Photo courtoisie
Leinhos en 2004-2005 avec l'équipe Caron et Guay de Trois-Rivières et sur la glace contre Donald Brashear du Radio X.

«J’ai prolongé mes études pour continuer à jouer, poursuit l’avocat. C’était un trip, c’était le fun! On allait au Colisée de Québec, à Trois-Rivières, c’était toujours rempli. C’était ma ligue nationale, et j’ai aussi affronté des anciens de la LNH. On était connu dans la province. Et l’argent était bon aussi.»

À ce sujet, il fait une révélation qui en dit long.

«J’ai dû accepter une baisse de salaire quand j’ai commencé à travailler à temps plein comme avocat. Mon taux horaire était de beaucoup inférieur à celui que j’avais au hockey!»

Dans la jeune vingtaine, il a disputé une saison dans la défunte Ligue United (UHL).

«On nous offrait davantage ici que la East Coast et la United. Et au lieu d’être loin de ma famille, j’étais au Québec, j’avais un entraînement le mercredi et deux matchs la fin de semaine. On couchait dans notre lit après le match.»

Se battre pour une cause

Alors qu’il s’était présenté pour une énième fois avec un œil au beurre noir à un cours à l’Université de Montréal, une professeure, intriguée, le questionne.

«Je lui ai dit que je jouais au hockey. Elle a répondu: “OK, je pensais que vous aviez peut-être des problèmes avec la loi!”», a-t-il dit, tandis qu'il en rit encore aujourd'hui.

Jamie Leinhos a jouté deux saisons avec les Summum Chiefs de Saint-Jean (2006-2008). Il terminera sa carrière la saison suivante avec les Chiefs de Saint-Hyacinthe.
Photo courtoisie
Jamie Leinhos a jouté deux saisons avec les Summum Chiefs de Saint-Jean (2006-2008). Il terminera sa carrière la saison suivante avec les Chiefs de Saint-Hyacinthe.

Il a appris plus tard qu’il a failli avoir des problèmes pour décrocher son premier emploi. Le bureau d’avocat qui l’a finalement embauché le connaissait comme joueur de la LNAH.

«Quelques années plus tard, j’ai croisé un des anciens associés qui m’a dit que quatre d’entre eux ne voulaient rien savoir de m’embaucher. Les autres ont dit que c’est ça qu’on veut comme avocat, un gars qui est prêt à se battre pour payer ses études.»

Une étoile à redorer

Jamie Leinhos regrette la réputation qui colle parfois à la LNAH.

«Il y a deux poids, deux mesures; même la LNH a eu des années où c’était plus robuste. Les partisans venaient, les arénas étaient remplis. Personne ne huait quand on se battait. C’était triste de seulement parler des erreurs et des débordements. Je n’aurais pas été capable de faire mon droit et de jouer au hockey si cette ligue n’avait pas existé», fait-il remarquer.

Le nom James Leinhos en tant qu’avocat a été associé à quelques reprises sur la scène publique à d’anciens joueurs de la LNAH. 

«Ça s’est calmé, mais il y a eu un moment où j’ai eu beaucoup d’appels de plein de joueurs contre qui j’ai joué qui me contactaient pour un problème ou une question de nature juridique. J’étais toujours très content de leur parler, même si on n’a jamais joué ensemble», dit-il en terminant.

La carrière de James Leinhos en bref    

  • 2482 minutes de punition en 394 matchs (junior et senior).  
  • Actif de 1998 à 2009, il estime avoir livré de 350 à 400 combats. Son salaire a baissé quand il a arrêté de se battre pour commencer sa carrière d'avocat.  
  • Avocat depuis près de 15 ans à Montréal.    

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