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Quand le rêve américain vire au cauchemar

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Getty Images via AFP

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Voilà plusieurs années que la mère de Yunior était partie de Cuba pour aller vivre le rêve américain. Elle avait vendu sa maison laissée en héritage par sa mère décédée et avec l’argent avait pu s’acheter le billet d’avion pour le Panama ainsi que les services des coyotes, tout en plaçant son fils auprès d’une vieille tante à moitié schizophrène, en lui promettant qu’elle le ferait venir auprès d’elle dès qu’elle le pourrait. 

Du Panama, elle avait réussi à «brincar» et à traverser frontières après frontières en payant des «coyotes», des passeurs sans scrupules qui exigeaient bien souvent un petit supplément en chair et en os. Mieux valait obéir si on ne voulait pas laisser un doigt ou un morceau d’oreille sur le terrain.

Entre-temps, le nouveau président à la Maison-Blanche, Donald Trump, avait changé les règles du jeu et fermé les services consulaires à La Havane. Finie l’émission de visas! Ça compliquait drôlement les choses. Yunior avait maintenant seize ans et il en avait douze quand sa mère l’avait laissé entre les mains de la tia loca (la tante folle), qui n’avait aucun contrôle sur lui. Reverrait-il un jour sa mère? Il commençait de plus en plus à en douter.

Alors Yunior s’est tanné. Il a commencé à accumuler un peu d’argent à l’aide de petites délinquances, surtout des vols de cellulaires, qui étaient toujours en demande et qui s’écoulaient rapidement. Avec cet argent, lui et cinq ou six amis ont pu acheter une vieille chaloupe et son moteur en buen estado (en bon état), selon le vendeur. Puis, un soir, vers minuit, ils se sont lancés à la mer à bord du rafiot, avec un kit de survie pour durer cinq ou six jours. Ils avaient bon espoir d’arriver dans les eaux territoriales étatsuniennes bien avant. Enfin, il pourrait revoir sa mère et l’aider dans sa réalisation du rêve américain. 

Voilà maintenant un an que Yunior a quitté son île natale et que personne ne les a revus, ni lui ni ses cinq ou six amis. Ont-ils péri en pleine mer? Ont-ils été tués par des pirates qui rôdent dans ces eaux internationales, après avoir été dépouillés de leur maigre butin? La mère éplorée est inconsolable. Il aurait eu dix-sept ans ces jours-ci.

Il y a quelques jours, le gouvernement étatsunien a annoncé qu’il rouvrait son ambassade à La Havane, après l’avoir fermée pour de soi-disant «attaques acoustiques», et que sa section consulaire recommencerait l’émission de visas d’émigration. Pour Yunior, il est désormais trop tard.

La Foire internationale du livre de La Havane

Si, durant votre séjour d’une semaine ou deux à Varadero, vous avez envie de décrocher du trio «plage-piscine-buffet», payez-vous une petite escapade d’une journée à La Havane, une des «sept villes merveilleuses du monde». Du 20 au 30 avril se déroule la Feria internacional del libro dans un décor enchanteur, en plein air, sur le site historique de la forteresse La Cabaña, dans la Vieille Havane. Le Mexique est le pays à l’honneur cette année. Même si vous ne lisez pas l’espagnol, l’atmosphère de fête vous enchantera. Et puis, il y aura de vrais mariachis, venus directement du Mexique. ¡Ole!

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