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Romans d’ici: Pas si ordinaire, la vie !

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Quel roman bizarre que cet À reculons, tant il repose sur la mise à plat, sans relief, des gestes du quotidien. Mais rien de plus complexe que la simplicité !

D’entrée de jeu, Philippe Chagnon nous lance sur une fausse piste : une curieuse prise d’otages, dont on ne comprend ni les tenants ni les aboutissants... Saint-Hyacinthe, la ville natale du narrateur, ne se prête pourtant guère à ce genre de scénario hollywoodien !

On attend donc l’explication dans le chapitre suivant ; or il n’en sera pas question. On retrouve plutôt le narrateur en direction de Saint-Hyacinthe, à la demande de son père.

Il faudra bien des pages pour comprendre que le grand-père maternel se meurt et que les parents s’attendent à ce que leur fils fasse acte de présence à l’hôpital. Ce qui ne l’enchante guère, il y va bel et bien À reculons !

Rien à voir, donc, avec le premier chapitre. Mais rien à voir non plus avec une description bouleversante, ou haletante, ou psychologisante des événements. 

On suit plutôt le narrateur pas à pas : mange des toasts, sort son sac à dos, le remplit de tel et tel vêtement, avale du Gravol, embrasse sa conjointe enceinte, monte dans l’autobus Voyageur au métro Longueuil...

Il n’y a pas de dialogues, juste des descriptions, et encore ! 

« Le trajet s’est déroulé sans rien de spécial à signaler. » Ou bien « Je me suis installé devant la télévision. Il n’y avait absolument rien de bon, comme d’habitude, et j’ai vite refermé l’écran. J’ai lu. » Tout le récit va à ce rythme.

Pourtant, on y reste collé, soucieux d’avancer plutôt que de reculer, pour reprendre le titre du roman. Car il est impossible, n’est-ce pas, qu’un auteur fasse toute une histoire d’autant de banalités ? Elles sont néanmoins narrées avec une précision qui donne un ton hypnotique au récit.

Une petite brèche à la fois

Et puis, des petites brèches finissent par apparaître dans la logique des gestes : on avait donc raison de rester accroché ! Il s’agit ici d’une ex-amoureuse croisée, là d’une enveloppe glissée dans une pile de magazines à l’hôpital, ou du curieux tatouage d’un cousin revu après 15 ans d’éloignement.

Et puis il y a Roxanne, en fin de grossesse, qui vit avec anxiété l’absence de quelques jours de son amoureux – comme si Saint-Hyacinthe était à l’autre bout du monde... Le narrateur, écrivain de profession, lutte de son côté contre le syndrome de la page blanche, ce qui ramène au premier chapitre, toujours inexpliqué.

Peu à peu, on comprend que Philippe Chagnon est en train de nous mener par le bout du nez, élaborant une structure de récit très maîtrisée derrière la simplicité affichée !

La finale, inattendue, donnera, à reculons !, quasiment toutes les clés de l’histoire. Quasiment, car pour ce qui manque, place à l’imagination ! Après tout, l’actualité ne nous présente-t-elle pas souvent de bien ordinaires vies quotidiennes qui cachent tout un monde de dangers qu’on n’aurait jamais soupçonné...

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