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Travailleurs étrangers: un programme vieux de 49 ans à dépoussiérer

Plus de 13 179 dossiers de travailleurs étrangers sont toujours en attente, a confirmé le fédéral au Journal

travailleurs étrangers
Photo Francis Halin La conseillère en ressources humaines chez Fenplast, Amélie Côté, entourée du directeur immigration d’ISA Immigration et Recrutement, Marc-André St-Laurent, et de son vice-président exécutif, Yves Legault, à l’usine de Fenplast de Candiac.

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Le Québec attire plus que jamais des chercheurs d’emplois de l’étranger, selon le site d’emplois Indeed, mais sans une cure de rajeunissement d’urgence du programme fédéral, nos usines continueront de tourner au ralenti faute de travailleurs.

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«Dans le contexte de la pire pénurie de l’histoire du pays, est-ce que ce processus-là dans sa forme actuelle est encore pertinent? Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) date de 1973», lance Yves Legault, vice-président exécutif chez ISA Immigration et Recrutement.

«Un travailleur arrive beaucoup plus vite en Ontario», déplore celui qui en fera venir 800 cette année pour donner un peu de répit à nos PME essoufflées.

Yves Legault
Francis Halin
Yves Legault

Ces dernières semaines, Le Journal a raconté l’histoire de patrons d’entreprises à bout de patience, exaspérés d’attendre leurs travailleurs. 

Or, une nouvelle étude du site d’emplois Indeed révèle que les chercheurs d’emplois de l’étranger sont légion, ce qui risque d’aggraver l’attente.

En février dernier, plus de 12,3 % des clics sur les offres d’emploi québécoises sur Indeed l’ont été par des candidats situés à l’extérieur du pays, en hausse de 63 % par rapport au 7,5 % enregistré juste avant la pandémie.

Au total, plus du quart des clics pour des postes en génie chimique (30,9 %), en génie électrique (30,3 %) et en logiciels (26,4 %) venaient de l’étranger.

Alors que l’intérêt des demandeurs des États-Unis a fondu de moitié par rapport à avant la pandémie, celui du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie a triplé.  

  • Écoutez Yves Daoust, directeur de la section Argent du journal de Montréal et du Journal de Québec, sur QUB radio :

«C’est quoi le salaire?»

Mercredi dernier, lors de la visite du Journal à l’usine de Fenplast à Candiac, sa conseillère en ressources humaines Amélie Côté en avait long à dire sur la difficulté de trouver des travailleurs pour faire rouler l’usine.

«Si tu n’appelles pas les candidats d’ici 24 heures, ils sont partis. La première question que l’on pose, c’est : “C’est quoi le salaire ?”», illustre-t-elle.

Si le plus grand fabricant de fenêtres de 1000 employés a besoin de 20 travailleurs étrangers pour croître, l’enjeu est plus alarmant encore pour les petites entreprises.

«Les gens sont carrément en détresse. La journée où les travailleurs étrangers rentrent, on sent un soulagement», souffle Marc-André St-Laurent, le directeur immigration d’ISA Immigration et Recrutement.

Marc-André St-Laurent
Francis Halin
Marc-André St-Laurent

Dossiers en attente

Selon lui, ces travailleurs accueillis en héros sont loin d’être du cheap labor, car ils gagnent le même salaire que les autres, mais les faire venir ici est long.

«On parle d’une demi-année pour traiter l’étude d’impact sur le marché du travail [EIMT], c’est le principal goulot d’étranglement », déplore Yves Legault, vice-président exécutif chez ISA Immigration et Recrutement. « Le calcul du seuil est rendu pernicieux», dit-il, malgré des allégements récents.

Questionné par Le Journal, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a indiqué que plus de 13 179 personnes au total attendaient encore leur permis de travail (4594) ou pour leur renouvellement (8585).

Embauche de personnel, informatisation des demandes, réaffectation du travail, nouvelles mises à jour annoncées par le ministre fin mars... IRCC assure mettre les bouchées doubles pour accélérer le processus.

«Soutenus par un financement supplémentaire de 85 millions de dollars provenant de la Mise à jour économique et budgétaire de 2021, nous poursuivons nos efforts pour réduire le nombre de demandes accumulées pendant la pandémie», indique sa porte-parole Julie Lafortune.

«Nous poursuivons nos efforts pour informatiser et moderniser la façon dont nous offrons nos programmes et nos services, afin que le Canada puisse continuer d’être une destination de choix pour les individus du monde entier», conclut-elle.

Ottawa a engagé 2,1 milliards de dollars sur cinq ans et 317,6 millions de dollars par la suite pour soutenir le traitement des demandes et la réinstallation des nouveaux résidents permanents.


Répartition des clics de l’étranger sur les offres d’emplois québécoises 


2020 2022
Afrique 20 % 42 % (+22 %)
France 27 % 20 % (-7 %)
Amérique Latine et Caraïbes 9 % 11 % (+2 )
Asie et Océanie (sauf Inde) 10 % 9 % (-1%)
Europe (sauf France) 10 % 6 % (-4 %)
États-Unis 14 % 6 % (- 8%)
Inde 10 % 6 % (-4 %)

(Source : Indeed)

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