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Politique: on traite les femmes injustement

Quebec
Photo d’archives, Stevens Leblanc Dominique Anglade

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Hystérique ou combatif. Ambitieuse ou déterminé. Contrôlante ou organisé. Méchante ou exigeant. Condescendante ou bon père de famille. 

Il s’agit d’observer les qualificatifs utilisés pour décrire les femmes et les hommes en politique pour concéder que Dominique Anglade a raison.  

Les femmes sont toujours et encore jugées plus sévèrement que leurs confrères. Et c’est bien pire lorsqu’elles ont le malheur d’être cheffes de parti, dans l’Opposition de surcroît ! 

A-t-elle bien choisi son moment pour lancer ce débat ? Non. On l’accusera certainement de jouer la carte de la victime. D’ailleurs, tous ont compris que les déboires du PLQ dépassent largement le sexisme dont elle est l’objet. 

N’empêche, ce débat demeure aussi pertinent qu’il est malaisant. Dominique Anglade a osé dire tout haut ce que tous préfèrent taire. Dans le monde d’aujourd’hui, le mythe de l’égalité est fort. On ne s’y attaque pas sans risque. 

Deux poids, deux mesures 

Dominique Anglade est la digne héritière d’un dernier plafond de verre en politique, celui que les pionnières qui l’ont précédée n’ont pas réussi à fracasser. 

Je parle ici du droit d’être jugée comme les hommes. 

Parlez-en à Pauline Marois, Kathleen Wynne en Ontario, Alison Redford en Alberta, Christy Clarke en Colombie-Britannique, Kathy Dunderdale à Terre-Neuve, et, bien sûr, à Kim Campbell. 

Parle-t-on de la maison de François Legault, comme on l’a fait du « château » de Pauline Marois ? 

Puis, que dire de leur apparence ? L’une avait l’air trop bourgeoise avec ses foulards, une autre était trop masculine, trop matrone, mal coiffée, mal maquillée, et j’en passe.  

D’ailleurs, qui n’a pas commenté l’éternelle robe rouge de la ministre des Finances, Chrystia Freeland ? 

C’est le lot des femmes dans l’espace public. Et pourtant, en politique, le regard semble plus cruel. 

Pourquoi ? 

Je vous entends déjà observer secrètement que la couleur de la peau de Dominique Anglade doit y jouer pour quelque chose. N’est-ce pas l’ultime tabou dont nul n’ose parler ? 

Peut-être. Je laisserai à d’autres le soin de s’aventurer sur ce terrain miné. 

Objectivement, le problème est plus profond. Il est commun à toutes les femmes qui ont accédé à la tête d’un parti au Canada. 

Elles prennent la tête de leur parti en fin de cycle, lorsqu’il est déjà sur une pente descendante. Systématiquement, elles ont hérité de l’usure du pouvoir de leurs prédécesseurs masculins. 

Le pari d’une femme devient une solution miracle pour renverser la lourde tendance de leur déclin. D’ailleurs, elles sont souvent les seules à oser tenter l’impossible. 

Parfois, elles s’arrachent un bref sursis, celui du pouvoir pour un court mandat. Mais sans plus, le rouleau compresseur a déjà commencé son œuvre. 

Dominique Anglade s’inscrit dans cette triste tradition. 

Ce n’est pas le paternalisme de François Legault qu’elle doit blâmer, mais son propre parti qui semble l’abandonner au moment le plus périlleux de sa riche histoire. 

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