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Trois ans de désaccords: le chef du SPVM avait les mains liées face à Valérie Plante et Québec

Sylvain Caron, qui quitte la police de Montréal aujourd’hui, a eu des désaccords avec la mairesse et Québec

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Le chef de la police de Montréal, Sylvain Caron et la mairesse Valérie Plante lors d’une conférence de presse le 31 mars. Quelques jours plus tôt, lors de l’annonce du départ de M. Caron, les deux avaient reconnu avoir eu certains problèmes de communication.

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Le directeur de la police de Montréal, Sylvain Caron, a souvent eu les mains liées face à la mairesse Valérie Plante et au gouvernement du Québec, au cours du mandat écourté qu’il termine aujourd’hui.

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Réforme des postes de quartier, financement de la police, gestion de la crise des armes à feu ; Sylvain Caron s’est souvent fait dire non et a rarement eu les coudées franches lors de son mandat qui devait être de cinq ans, mais aura finalement duré moins de trois ans et demi.

C’est le constat de plusieurs sources policières et politiques qui se sont confiées à notre Bureau d’enquête au cours des dernières semaines.

Ces personnes, qui ont requis l’anonymat parce qu’elles ne sont pas autorisées à parler aux médias, ont décrit à quel point la collaboration entre le chef et les instances politiques provinciales et municipales a été difficile:  

  • Au printemps 2021, l’administration Plante a tenu des pourparlers avec M. Caron pour réduire le budget du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de plusieurs millions de dollars, mais le chef s’y est opposé, indiquent nos sources au sein de la police et de la Ville.    

Alors que les élections municipales d’octobre 2021 approchaient, la mairesse «cherchait à plaire aux électeurs qui militaient en faveur du définancement de la police», affirme l’un de nos informateurs.    

  • M. Caron et Mme Plante partageaient aussi des opinions divergentes sur la question des postes de quartier. Dans une présentation qu’il a faite au Comité exécutif de la Ville, le 11 mars 2020, le directeur du SPVM désirait fermer quatre postes dans le cadre d’une fusion. Il souhaitait ainsi diminuer les coûts et mettre plus de policiers sur le terrain.    
Le 2 septembre, des coups de feu ont retenti dans le quartier Pierrefonds. Le chef Caron avait proposé à la mairesse de fusionner des postes de quartier, notamment dans ce secteur, afin de remettre plus de policiers dans les rues.
Photo d'archives, Agence QMI
Le 2 septembre, des coups de feu ont retenti dans le quartier Pierrefonds. Le chef Caron avait proposé à la mairesse de fusionner des postes de quartier, notamment dans ce secteur, afin de remettre plus de policiers dans les rues.

Le regroupement des postes 3 (Île-Bizard et Pierrefonds-Roxboro) et 4 (Dollard-Des Ormeaux), dans l’ouest de la métropole, aurait été particulièrement mal reçu, a-t-on pu apprendre.  

  • Le directeur de la police de Montréal a également eu à composer avec la présence de la Sûreté du Québec (SQ) et du gouvernement Legault dans son rétroviseur.     

Toujours selon nos sources, la création de l’opération Centaure pour lutter contre la flambée de violence dans les rues de Montréal, annoncée en septembre 2021 par la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, est une volonté de Québec.

Le commandement de cette unité est d’ailleurs assuré par l’inspecteur-chef Benoit Dubé, de la SQ.

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Au SPVM, plusieurs policiers avaient d’ailleurs mal réagi devant le fait que la SQ venait gérer ce qui se passait sur le territoire de Montréal. Ils affirment que c’est son service qui avait une expertise en gangs de rue, contrairement à la police provinciale. 

«Il y avait un mur»

Au moment d’annoncer son départ à la retraite en mars dernier, le chef Caron avait admis certains problèmes de communication avec l’administration Plante.

«Il y a un mur entre le politique et les opérations policières», avait-il reconnu, en ajoutant que la situation avait depuis été «régularisée». 

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a dévoilé en septembre l’opération Centaure.
Capture d'écran, TVA Nouvelles
La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a dévoilé en septembre l’opération Centaure.

À ses côtés, Valérie Plante assurait «qu’à force de travailler ensemble, on a trouvé un équilibre».

Sylvain Caron, qui a notamment fait carrière à la Sûreté du Québec, a été amené au SPVM en mars 2018 par Martin Prud’homme, qui était alors le grand patron de la SQ et dirigeait aussi par intérim du service montréalais.

Réticent dès le début

M. Caron ne s’en est jamais caché auprès de ses proches: il n’a jamais voulu devenir directeur du SPVM en novembre 2018. C’est devant l’insistance de Martin Prud’homme qu’il a accepté. 

En privé, M. Caron a affirmé à ses pairs qu’il ne voulait pas rester plus de trois ans. 

En partant prématurément, le chef Caron évite aussi de devoir débuter les négociations de la prochaine convention collective avec la Fraternité des policiers, qui est échue depuis le 31 décembre dernier. 

Les pourparlers l’auraient placé dans une situation délicate, car il s’entend très bien avec le président de la Fraternité, Yves Francoeur, selon nos sources. 


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