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«Les ombres blanches»: dans l’univers d’Emily Dickinson

Dominique Fortier
Photo d'archives, Chantal Poirier Dominique Fortier

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La talentueuse Dominique Fortier, lauréate du prix Renaudot dans la catégorie Essai en 2020 pour Les villes de papier, plonge à nouveau dans l’univers de la poète américaine Emily Dickinson dans son sixième roman, Les ombres blanches. Cette fois, elle raconte la naissance quasi miraculeuse du livre d’une des autrices les plus importantes de la littérature américaine, des années après sa mort. Explorant les personnages féminins dans l’entourage d’Emily Dickinson, elle montre à quel point la littérature est nécessaire... et parfois fragile.  

À sa mort en 1886, Emily Dickinson a laissé derrière elle, pêle-mêle, des centaines de textes griffonnés sur des bouts de papier. Sa sœur, Lavinia, les a découverts avec stupéfaction. Elle a confié leur publication à Mabel Loomis Todd, la maîtresse de leur frère.

Sans Lavinia et Mabel, des femmes dévouées, et l’apport de Susan Gilbert Dickinson, belle-sœur et amie de cœur d’Emily, le monde n’aurait jamais connu l’extraordinaire poésie d’Emily Dickinson. 

Dans Les ombres blanches, Dominique Fortier reprend l’histoire là où elle l’avait laissée dans Les villes de papier, pour raconter la suite des choses. Ce fut une formidable aventure dans l’univers d’Emily Dickinson et son entourage.

Les villes de papier 

«Ce qui continuait de me passionner, c’était son univers, dans lequel j’avais habité pendant plusieurs années, pendant la rédaction des Villes de papier et même après, parce que j’ai continué de l’accompagner longtemps», commente Dominique en entrevue. «Il a eu deux vies: il a été publié au Québec en 2018 et en France en 2020. J’ai vécu longtemps dans son univers et je me sentais chez moi: c’était devenu un pays familier. Quand est venu le temps d’en sortir et d’essayer de me plonger dans un autre monde de fiction, il y avait quelque chose qui me ramenait toujours à ce pays, comme si je n’avais pas fini de l’explorer.»

Moment de bascule 

Une évidence s’est installée. 

«À sa mort, son œuvre a pris naissance. C’est un moment de bascule. Il restait toute cette histoire à raconter: celle de la naissance, de la venue au monde de ses poèmes qui avaient été gardés secrets pendant toute sa vie.»

Emily Dickinson ne voulait pas les publier et les avait montrés à très peu de gens. 

«Parfois, elle en envoyait un ou deux dans une enveloppe à des correspondants choisis. Mais s’il n’en avait tenu qu’à Emily, les lecteurs n’auraient jamais eu accès à sa poésie. Il restait cette aventure-là à raconter, la manière dont les poèmes ont vu le jour.»

Dominique Fortier ne peut s’empêcher de se demander si ce n’est pas arrivé ailleurs, autrement, que d’autres œuvres soient restées dans des tiroirs et n’aient jamais vu le jour. 

«On a eu la chance de voir Emily Dickinson grâce à Lavinia, sa sœur, qui avait été chargée de disposer de tous ses papiers personnels, sa correspondance, ses journaux personnels. Mais Emily n’avait pas laissé d’instructions très précises quant à sa poésie. Donc Lavinia s’est senti le droit de la publier.»

Autour d’elle, il y a Susan et Mable. 

«J’ai aimé imaginer que la fille de Mable avait eu aussi son rôle à jouer. Cette constellation de femmes m’intéressait.»

L’écrivaine ajoute que Les ombres blanches est une façon de nommer la poésie, mais aussi de parler de ces femmes à travers un roman. Se plonger à nouveau dans l’univers d’Emily Dickinson lui a beaucoup plu. 

«J’avais la possibilité d’explorer quatre personnalités vraiment très différentes. Elles sont un peu, chacune à leur manière, les héritières d’Emily.» 


♦ Le premier roman de Dominique Fortier, Du bon usage des étoiles, a reçu le prix Gens de mer du festival Étonnants voyageurs de Saint-Malo.

♦ Au péril de la mer a été couronné par le Prix littéraire du Gouverneur général en 2016.

♦ Les villes de papier lui a valu le prix Renaudot dans la catégorie Essai en 2020 et a été traduit en une dizaine de langues.

♦ Les ombres blanches est également disponible en version audio.

♦ Elle a participé à l’oracle littéraire Clairvoyantes, piloté par Audrée Wilhelmy et publié chez Alto.

EXTRAIT 

Dominique Fortier
Photo courtoisie

«C’est la fin de l’après-midi quand Lavinia revient du cimetière et referme la porte derrière elle. Le vide l’avale. La maison n’est pas assez grande pour contenir un chagrin aussi immense. Alors elle fait le tour des pièces, de la cuisine au bureau en passant par le salon, la salle à manger et toutes les chambres, et dans chacune elle ouvre toutes grandes les fenêtres pour laisser entrer le soir de mai, en même temps que le chant du merle.»

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