/world/opinion/columnists
Navigation

Ni pour lui ni pour elle

Le président sortant, Emmanuel Macron, et Marine Le Pen, la représentante du Rassemblement national, parti d’extrême droite.
Photos AFP Le président sortant, Emmanuel Macron, et Marine Le Pen, la représentante du Rassemblement national, parti d’extrême droite.

Coup d'oeil sur cet article

Les Français se choisissent un président aujourd’hui. Et il n’y a qu’une conclusion à tirer des conversations que j’ai entretenues avec eux à Paris et ailleurs au cours des derniers jours : ils sont passionnés ! C’est-à-dire passionnés dans leur aversion pour l’autre candidat. Le leur... bof !

Après une offre généreuse de douze candidats à la présidence au premier tour, les électeurs français tranchent aujourd’hui entre deux d’entre eux : le président sortant, Emmanuel Macron, et Marine Le Pen, la représentante du Rassemblement national, le parti d’extrême droite fondé sous un autre nom par son père qu’elle tente d’édulcorer et d’adoucir.

L’ennui, c’est que ce choix est un remake de l’élection présidentielle de 2017. Donc, du déjà-vu, du réchauffé. Emmanuel Macron, certes, a un bilan à défendre cette fois. Mais ce sont les deux mêmes têtes qui s’affrontent et, pour un électorat – on me l’a tellement répété – qui souhaite du changement, ça commence mal.

CINQ ANNÉES TUMULTUEUSES

Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, tout le monde reconnaît qu’Emmanuel Macron ne l’a pas eu facile. Il s’est non seulement cogné aux Gilets jaunes, ce spectaculaire mouvement de protestation que sa hausse du prix du carburant a déclenché, mais aussi à une pandémie comme on n’en avait pas vu depuis plus d’un siècle et maintenant une guerre à deux mille kilomètres à l’est de Strasbourg.

Marine Le Pen, pour sa part, a pris un virage « people » et s’est mise à tenir le langage des petits commerçants et des travailleurs. Exercice apparemment réussi, puisque pour combattre la « vie chère », plus d’une fois m’a-t-on affirmé que c’est à elle qu’on faisait le plus confiance. « Elle pense comme le peuple », m’a assuré Mélissa Le Jeanne, une jeune mère de famille de Bourseville, un village du nord de France.

DES CANDIDATS BOITEUX

Avec le litre d’essence à deux dollars cinquante, facile pour la cheffe du Rassemblement national de crier au scandale ! Pas aussi simple de décrire comment elle s’y prendrait pour améliorer les choses. 

C’est ce que le seul débat de la campagne, mercredi, a démontré aux Français.

Emmanuel Macron, en contrepartie, les connaît bien les rouages de l’État et il a triomphé une nouvelle fois en face à face avec son adversaire. Sauf qu’il traîne auprès de nombreux électeurs l’image d’un homme qui a fait le jeu des riches au cours de son quinquennat.

Le dédain que chaque camp nourrit envers l’autre ne semble être tempéré que par une crainte : un fort taux d’abstention. À Reims où j’ai passé la journée d’hier, un électeur sur trois s’était abstenu de voter au premier tour.

J’ai testé les gens ici et là hier, rien de scientifique. Oui, on va le faire son devoir de citoyen, mais sans trop d’enthousiasme. Comme m’a lancé un jeune trentenaire au tournant de la cathédrale : « Des fois, il faut choisir le moindre mal, entre la peste et le choléra ».

Choisir sa misère, c’est apparemment ça aussi, la démocratie !

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.