/sports/opinion/columnists
Navigation

Des larmes et des sourires

Blackhawks vs Canadiens
Photo d'archives, Martin Chevalier Yvan Cournoyer et Guy Lafleur affichaient un beau sourire en octobre 2017.

Coup d'oeil sur cet article

Un amalgame de bonne humeur et de mélancolie flottait dans le salon des Anciens Canadiens après le match de dimanche soir au Centre Bell. 

Yvan Cournoyer, Guy Lapointe, Pierre Bouchard, Yvon Lambert et Lucien Deblois, qui ont joué avec Guy Lafleur au cours de leur carrière, sirotaient tranquillement une bière tout en jasant.

Martin St-Louis est venu faire un tour.

L’ineffable Pierre Plouffe, maintes fois champion canadien et mondial de ski nautique et grand ami de plusieurs anciennes gloires du Canadien, était tout feu, tout flamme, comme d’habitude.

Quand Guy avait volé la coupe

Les moins jeunes se rappelleront que Plouffe avait été arrêté pendant un match de la Série du siècle, en 1972 à Moscou, parce qu’il jouait de la trompette trop fort au goût des policiers du président Leonid Brejnev. 

L’ambassade canadienne était intervenue pour le faire libérer.

Dimanche soir, Cournoyer lui a lancé qu’il avait été chanceux de ne pas être tombé entre les mains de Vladimir Poutine, sans quoi il serait encore en prison.

C’est ce même Plouffe qui avait aidé Lafleur à subtiliser la coupe Stanley dans le coffre de la voiture de Claude Mouton pour l’apporter à Thurso.

Son épouse à bout de forces

Martin Lafleur, fils aîné de Guy et Lise Lafleur, était là aussi, accompagné de sa femme, Angelica. Ils forment un beau couple. Ils sont parents d’une fillette prénommée Sienna-Rose.

Martin portait un chandail noir et lilas frappé du logo du Canadien et de l’inscription « Le hockey combat le cancer », campagne parrainée annuellement en février par la LNH.

Sa conjointe et lui racontaient à quel point les cérémonies d’avant-match les avaient profondément touchés.

« Tout était beau, tout était parfait ! » disait Martin.

Sa mère ne se sentait pas capable d’être sur place. 

« Elle est épuisée. Sa sœur est avec elle à la maison », a-t-il raconté.

« Elle a veillé sur papa 24 heures par jour pendant deux ans. Elle est à bout de forces. »

« Le temps est venu qu’elle pense à elle, qu’elle se refasse une santé. Elle le mérite. »

Un immense vide

Yvan Cournoyer, l’ancien capitaine le plus âgé du Tricolore, à 78 ans, baignait entre deux eaux. 

Les larmes lui sont montées aux yeux pendant le visionnement de la vidéo en hommage à son ancien coéquipier.

Quand je lui ai raconté que pour Marcel Dionne, à qui j’avais parlé la veille, Guy est parti en voyage dans son hélicoptère, il a répondu :

« Oui, mais on ne le reverra plus. Depuis qu’il n’est plus là, je ressens un grand vide le matin quand je me lève. »

Trois grands partis

Cournoyer a vu partir de grands coéquipiers pour l’éternité ces dernières années.

En 2014, il a souhaité bon voyage à son capitaine Jean Béliveau dans un vibrant témoignage qu’il avait livré à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, où les funérailles de Lafleur seront célébrées dans une semaine.

Il y a deux ans, son deuxième capitaine Henri Richard, qui a vécu les dernières années de sa vie sans plus aucun souvenir, s’est endormi à jamais.  

Il aurait mérité lui aussi un hommage à sa hauteur, mais la pandémie a tout gâché.

Là où tout a changé 

Cournoyer était l’un des trois capitaines adjoints d’Henri avec Jacques Laperrière et Frank Mahovlich, en 1974.

Après avoir vu Lafleur connaître des saisons en dents de scie à ses trois premières campagnes avec le Canadien, Henri et Yvan avaient jugé bon d’avoir un sérieux entretien avec leur jeune coéquipier.

« Pour commencer, Guy n’était pas à l’aise au centre », de dire Cournoyer.

« On lui a dit d’enlever son casque protecteur et de jouer à sa manière. »

Scotty Bowman a muté Lafleur à l’aile droite et la légende du Démon blond a commencé.

80 ans d’histoire

Avec son départ, c’est 80 ans de l’histoire du Canadien qui défilent sous nos yeux depuis vendredi dernier. La Sainte Trinité de la Sainte-Flanelle n’est plus.

C’est le surnom que Camil DesRoches, relationniste du Canadien et du Forum pendant 55 ans, avait donné au triumvirat Maurice Richard, Jean Béliveau et Guy Lafleur.

Camil surnommait Richard le Michel-Ange du hockey pour sa détermination et son ardeur au travail.

Michel-Ange mit quatre ans à peindre la fresque du plafond de la chapelle Sixtine et six ans à réaliser le Jugement dernier sur le mur de l’autel. 

Béliveau correspondait à de Vinci pour son style tout en finesse.

Lafleur, c’était Raphaël, un artiste libre qui aimait la vie.

Il savait de quoi il parlait, ce cher Camil.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.