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Éducation: les idées de Gregory Charles vont à contre-courant

Des experts et intervenants en éducation critiquent les suggestions de l’artiste

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Les idées «à contre-courant» lancées par Gregory Charles ces derniers jours pour repenser le système d’éducation ont fait sursauter de nombreux intervenants. En entrevue avec La Presse, il dit se baser sur son expérience de professeur auprès de raccrocheurs ainsi qu’à l’émission Star Académie. Voici ce que les experts pensent de quelques-unes de ses suggestions.

Gregory Charles
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Gregory Charles

Séparer filles et garçons

Gregory Charles suggère de placer garçons et filles dans des classes séparées parce qu'il constate qu’ils apprennent différemment.

Tous les intervenants s’entendent pour dire que la faible diplomation des garçons est un problème au Québec, mais ils ne croient toutefois pas que cette solution soit la bonne.

«Il n’y a aucune plus-value à ça», affirme Égide Royer, professeur en éducation à l’Université Laval.

En fait, les recherches montrent qu’il y a plus de différences au sein d’un genre qu’il y en a entre les genres, explique Isabelle Plante, professeure à l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les différences de genre à l’école.

«Ce ne sont pas tous les garçons qui aiment la robotique. Et il y a des filles qui aiment la robotique», illustre-t-elle.

En séparant en fonction du genre, on vient donc priver certains élèves de ce dont ils ont réellement besoin, notent plusieurs intervenants.  

De plus, le problème de décrochage chez les garçons concerne les milieux défavorisés, alors qu'en milieu favorisé on n'observe pas la même différence de genre sur ce plan, ajoute-t-elle pour montrer la complexité de cet enjeu. 

D’ailleurs, il ne reste qu’une poignée de collèges qui sont encore pour filles ou pour garçons seulement, énumère David Bowles, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés.

Dans les 20 dernières années, la plupart des collèges sont devenus mixtes. En général, c’était pour répondre à la demande des familles qui souhaitaient que leurs enfants des deux sexes aillent à la même école, explique M. Bowles.

Les écoles qui ont fait le grand saut vers la mixité n’ont pas remarqué de baisse dans leurs résultats académiques, observe-t-il.

  • Écoutez l'entrevue de Geneviève Pettersen avec Christine Labrie, députée solidaire de Sherbrooke et porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’éducation, sur QUB radio:

Fermer l’école en janvier

Gregory Charles propose de repenser le calendrier scolaire de façon à ce que l’école commence plus tôt en août et que les élèves aient congé en janvier.  

Plusieurs intervenants remarquent eux aussi que les jeunes sont fatigués en janvier, mais ils imaginent mal comment on pourrait mettre l’école sur pause pendant ce mois.  

«M. Charles dit que les écoles ne doivent pas être vues comme des garderies [qui ne font que répondre aux besoins des parents qui travaillent], rappelle Sylvain Martel du Regroupement des comités de parents autonomes du Québec.  

Mais le risque ne serait-il pas justement que, faute de cours, les jeunes se retrouvent au service de garde pendant un mois? analyse-t-il.  

Remettre en question la gratuité scolaire 

Dans La Presse, Gregory Charles remet en question la gratuité scolaire au public en comparant la valeur de l’éducation à celle d’un billet de spectacle qui perd de son attrait s’il est vendu à un prix dérisoire.  

«La gratuité scolaire, c’est une valeur fondamentale au Québec», s’étonne Égide Royer.  

«On cherche plutôt à limiter l’augmentation des frais», remarque aussi David Bowles de la Fédération des établissements d’enseignement privés.  

D’ailleurs, il ne croit pas que c’est le fait que les parents paient qui est le principal facteur de réussite des écoles privées. «Nous, on pense que c’est notre autonomie, notre agilité dans les processus décisionnels, quand vient le temps d’orienter nos budgets et programmes vers les besoins des élèves.» 

Des notes au-dessus de 100%

Gregory Charles suggère de pouvoir noter les élèves au-dessus de 100% afin de stimuler les plus doués, ce qui fait sourciller dans le milieu de l’éducation.

«L’élève va-t-il vraiment être plus motivé? Quand bien même on lui donnerait 139% en français...», ironise Égide Royer.

«Personnellement, je ne vois pas c’est quoi la plus-value», abonde David Bowles.

Moins de sélection

Au micro de Paul Arcand hier, Gregory Charles a critiqué le système de sélection qui fait que même au public, les programmes particuliers concentrent des élèves qui ont de la facilité.

Là-dessus, les intervenants sont d’accord avec M. Charles. «Ça fait des années qu’on dit que la sélection a amené un système d’écoles à trois vitesses», résume Josée Scalabrini de la Fédération des syndicats de l’enseignement.

«Ce fruit-là est mûr», abonde Stéphane Vigneault du mouvement École ensemble, qui milite pour la fin de la «ségrégation scolaire». L’idée de rendre les programmes particuliers plus accessibles et de redonner aux écoles de quartier leur mission de base fait de plus en plus son chemin, dit-il.

Un effet Gregory Charles?

Gregory Charles raconte avoir enseigné l’histoire auprès de raccrocheurs. En dix ans, aucun élève n’a lâché son cours, affirme-t-il à La Presse.

Isabelle Plante, professeure de didactique à l’UQAM, ne doute pas une seconde que Gregory Charles soit un professeur inspirant. «Des profs comme Gregory Charles, on voudrait qu’il y en ait plein.»  

«"L’effet enseignant", c’est extrêmement puissant», explique-t-elle.  

«L’effet enseignant» est un phénomène difficile à cerner qui se manifeste quand un prof arrive à faire des «miracles» auprès de ses élèves, alors qu’un autre prof utilisant des méthodes semblables n’y arrive pas, résume Mme Plante.  

C’est pourquoi il est risqué de généraliser l’expérience d’un seul enseignant à tous. «Ça ne veut pas dire que son expérience n’a pas de valeur», nuance-t-elle – seulement qu’elle est difficile à reproduire. 

Elle rappelle donc l’importance de la recherche en éducation quand vient le temps de prendre des décisions. «Il faut que l’enseignant moyen – pas mauvais, mais moyen - soit lui aussi capable d’appliquer tout ça.»  

«Brainstorm» bienvenu

«On trouve ça excellent qu’une personnalité avec autant de capital de sympathie pousse à réfléchir là-dessus», dit Sylvain Martel du Regroupement des comités de parents autonomes du Québec. 

«C’est comme un brainstorm [...] Je ne pense pas qu’il faille prendre ses propositions au pied de la lettre», ajoute M. Martel.    

«Son analyse est nécessairement incomplète parce qu’il n’a pas une connaissance fine de la réalité des écoles publiques», dit Sylvain Mallette de la Fédération autonome de l’enseignement, qui salue aussi l’intérêt de Gregory Charles pour l’école publique.  

Or, les enseignants doivent absolument faire partie de cette conversation, s’entendent pour dire les syndicats.  

«Il y a au-dessus de 150 000 enseignants au Québec. Ils doivent bien avoir quelque chose à dire là-dessus», ironise Josée Scalabrini. 

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