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Mélenchon arrivera-t-il à neutraliser Macron?

Jean-Luc Mélenchon
Photo AFP Jean-Luc Mélenchon

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Jean-Luc Mélenchon a perdu l’élection présidentielle, nous le savons. Il n’est pas parvenu à se qualifier pour le deuxième tour, d’ailleurs. Mais Jean-Luc Mélenchon n’abandonne pas et a trouvé une nouvelle manière de prolonger sa longévité politique. Et dans la perspective des élections législatives à venir, qui permettront de renouveler l’Assemblée nationale, à partir de laquelle sera formé le prochain gouvernement, il a lancé une étonnante campagne: il annonce qu’il fera campagne pour devenir premier ministre.

Ce qui est un peu étonnant dans le cadre de la vie politique française, qui a ses propres codes. En France, c’est le président de la République qui désigne le premier ministre – ce dernier ne s’autoproclame pas premier ministre, autrement dit. Cette prétention inquiète les uns et scandalise les autres.

On comprend toutefois la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, et elle risque d’avoir son efficacité politique. Il s’agit de transformer les élections législatives en troisième tour insurrectionnel.

La gauche radicale entend occuper tout l’espace à gauche et canaliser la poussée contestataire qui traverse la France et que n’a pas su conduire au pouvoir Marine Le Pen. Il s’agit de faire passer la contestation antimacroniste de droite à gauche dans un pays profondément divisé.

Crise de régime

Jean-Luc Mélenchon espère ainsi neutraliser l’élection d’Emmanuel Macron en le transformant en président spectral, en président fantomatique. Jean-Luc Mélenchon veut provoquer la crise de régime qui travaille les profondeurs politiques de la France.

S’il parvenait à ses fins, Jean-Luc Mélenchon inverserait la logique des institutions de la Ve République. Il s’agirait d’un coup de force ne disant pas son nom. Mais ne nous emportons pas. Il ne remportera pas son pari, évidemment, mais cette poussée pourrait lui permettre de constituer un puissant groupe parlementaire et de s’imposer comme la principale force d’opposition à Emmanuel Macron.

Mais de quelle révolution parle Jean-Luc Mélenchon? Dans son discours, il redonne vie à un anticapitalisme repeint aux couleurs de l’écologisme décroissant. Dans les faits, il fait aujourd’hui la promotion d’un multiculturalisme radical et plaide pour ce qu’il appelle la créolisation de l’identité française. C’est ce qu’on appelle, en France, la mouvance indigéniste.

Islamo-gauchisme?

La gauche racialiste le soutient, souvent de manière assez cynique, en expliquant qu’elle entend s’emparer de son parti une étape à la fois, avant de le purger plus tard de sa vieille identité trop française et trop laïque, et d’en faire le véhicule d’une conquête électorale de la France, sur le mode de la revanche contre-coloniale.

Chose certaine, plusieurs l’accusent de flirter avec l’islamo-gauchisme, dans un contexte où les quartiers en situation de partition ethnoculturelle et religieuse avec l’ensemble du pays se multiplient. Son électorat fédère la gauche woke des grandes villes, l’électorat communautariste des banlieues et un vieil électorat radical hypnotisé par la révolution.

Cette coalition est actuellement mobilisée. Pourra-t-elle survivre au départ de Jean-Luc Mélenchon, s’il quittait la politique après son échec aux législatives? Pourra-t-elle se solidifier au-delà des circonstances? Telle est la question.

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