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51 ans de souvenirs inoubliables

Mike Bossy
Photo Jean-François Chaumont Pas moins de 39 albums d’articles de journaux soulignant la carrière de Mike Bossy ont été consultés par les visiteurs au salon funéraire à Sainte-Thérèse, hier.

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Dorothy Bossy découpait tous les articles de journaux traitant de son fils Mike qu’elle pouvait trouver. Pas seulement dans les hebdos de Laval et dans les quotidiens de Montréal, mais dans ceux de New York aussi.

Les 39 albums montés par la défunte dame sont disposés sur une longue table dans une grande pièce du salon funéraire de Sainte-Thérèse, où les gens peuvent aller rendre hommage à Mike.

On y voit aussi des répliques des trophées que Mike a remportés dans la Ligue nationale. Mais il manquait de place pour les rondelles des 996 buts comptés par Mike en saison régulière et en séries avec le National de Laval et les Islanders de New York.

Résigné à la réalité

L’ambiance est sereine dans la pièce d’à côté, où les membres de la famille reçoivent les condoléances des visiteurs.

Le choc est passé.

« On commence à l’accepter », dit Pierre Creamer, beau-frère de Mike.

L’homme est bien connu dans les cercles du hockey québécois. Il a mené le Junior de Verdun (1) et le Titan de Laval (2) à trois conquêtes de la Coupe du Président. 

Il a remporté également la Coupe Calder avec les Canadiens de Sherbrooke.

Il a dirigé les Penguins de Pittsburgh lors de la saison 1987-1988, ratant de très peu les séries éliminatoires avec une formation qui, malgré la présence de Mario Lemieux et de Paul Coffey, était loin de celle qui a remporté deux coupes Stanley consécutives quelques années plus tard.

Pierre a fait beaucoup pour Laval.

Pas seulement comme entraîneur aux niveaux mineur et junior, mais aussi en qualité d’administrateur du Centre de la nature.

Plus de 50 ans de souvenirs 

On est en 1971.

Mike Bossy a 14 ans quand son chemin croise celui de Creamer. C’est à ce moment qu’il fait connaissance avec la sœur de Pierre, Lucie, qu’il épousera en juillet 1977, deux mois avant qu’il se présente à son premier camp d’entraînement avec les Islanders.

Mike et Pierre étaient plus que des beaux-frères. Ils ont eu une relation fraternelle durant 51 ans.

« La famille a subi un gros choc quand Lucie nous a appris en octobre dernier que Mike souffrait du cancer, raconte Pierre. 

« On s’est accrochés à l’espoir qu’il s’en sortirait. En février, son médecin a fait savoir qu’il n’y avait plus rien à faire. Le coup a été dur à encaisser. » 

Mais les souvenirs ne périront jamais.

Ange gardien de sa sœur

Mike évoluait dans les rangs midgets lorsque Creamer l’a vu pour la première fois à l’aréna Chomedey, où il travaillait à titre d’employé municipal.

Lucie y tenait le casse-croûte.

« Je dirigeais les séances d’entraînement de l’équipe dont Mike était membre, indique Pierre.

« On m’a demandé de devenir entraîneur, mais à titre d’employé de la Ville, il m’était interdit de diriger l’équipe pour les matchs à domicile.

« Un jour qu’on allait disputer un match à l’extérieur, Lucie m’a demandé de nous accompagner. Je lui ai expliqué qu’elle n’avait pas le droit de monter dans l’autobus, que seule l’équipe était admise. Elle n’était pas contente. Après le match, je l’ai appelée pour lui dire ce qui s’était passé. Elle m’a raccroché au nez ! »

Lucie rit de bon cœur.

« Pierre ne voulait pas que je rate l’école, il a toujours été protecteur avec moi, dit-elle.

« Quand Mike était à l’hôpital, il venait me conduire le matin et me chercher le soir. Il a toujours été comme ça avec moi. »

Rien de surprenant à ça quand on connaît Pierre. C’est la bonté même.

Mais il était peut-être trop bonasse pour faire une carrière d’entraîneur dans la Ligue nationale. Certains de ses joueurs ont profité de lui.

Le marqueur-né

Lorsqu’on lui demande quel souvenir il conserve de Bossy, il retourne à l’époque où il était entraîneur du National junior B de Laval.

« Lors d’un match préparatoire qui nous opposait au gros club du National, Mike avait déjoué Bob Sauvé avec un tir qui s’était logé dans un espace petit comme ça », indique-t-il en évoquant l’ouverture avec son index et son pouce.

Quand je lui dis que c’est là qu’il a découvert le talent de marqueur, Creamer répond avec l’humilité qui le caractérise.

« Je n’ai pas la présomption de dire que j’ai prédit qu’il connaîtrait une grande carrière. »

Il savait probablement encore moins que Bossy deviendrait son beau-frère.

Comme je l’ai raconté dans une autre chronique il y a deux semaines, Bossy était terriblement gêné à 16 ans, lors de notre première rencontre.

Était-ce parce qu’il était mal à l’aise en présence d’un journaliste et d’un photographe ?

« Non, il était gêné, répond Lucie.

« Quand on s’est connus, il ne parlait pas français et je ne parlais pas anglais. »

Comment faisiez-vous pour communiquer ? « On s’écrivait », de dire Lucie.

À tout seigneur, tout honneur

À deux pas de nous se trouve Larry Beseski, figure bien connue du baseball amateur dans la région de Laval.

« Les joueurs de hockey devraient remercier Mike et Guy Lafleur s’ils touchent des salaires de 10 millions aujourd’hui, lance-t-il.

« Ils savent à peine qui ils étaient et ce qu’ils représentaient. »

Mais Laval n’oubliera jamais Bossy ni Creamer. L’aréna Mike-Bossy a pignon sur rue dans le quartier d’Auteuil depuis 1986.

L’aréna Chomedey, où Lucie Creamer faisait les yeux doux à Mike, a été rebaptisé en l’honneur de son frère Pierre en 2019.

La boucle est bouclée.

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