/world/guerre-en-ukraine
Navigation

Une attaque méprisante, choquante et culottée

La Russie envoie des missiles sur la capitale ukrainienne pendant une visite diplomatique des Nations Unies

Coup d'oeil sur cet article

La Russie a recommencé à bombarder Kyïv, jeudi, non loin d’où se trouvait le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui, 48 heures plus tôt, parlait de paix avec Vladimir Poutine à Moscou.

 • À lire aussi: [EN DIRECT] 64e jour de guerre en Ukraine: voici tous les derniers développements

« Cela en dit long sur la véritable attitude de la Russie envers les institutions internationales, sur les efforts des dirigeants russes pour humilier l’ONU [Organistation des Nations Unies] et tout ce que l’organisation représente », a déclaré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, dans une vidéo diffusée quelques heures après l’attaque.

Au moins cinq missiles ont été lancés près du centre-ville de Kyïv, peu après la fin de la conférence de presse conjointe de Zelensky et Guterres. 

Ces frappes ont fait au moins dix blessés et incendié un bâtiment résidentiel, selon les services de secours ukrainiens.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, a rapidement dénoncé sur Twitter un « acte haineux de barbarie ».

Le journaliste de TVA Nouvelles Félix Séguin était en direct au cœur de la zone touchée.
Capture d’écran TVA Nouvelles
Le journaliste de TVA Nouvelles Félix Séguin était en direct au cœur de la zone touchée.

Ces explosions d’une rare ampleur surviennent alors que la vie avait repris peu à peu son cours dans la capitale ukrainienne. Les troupes russes s’étaient retirées au début d’avril.

« Je ne suis plus correct. C’est arrivé trop près cette fois », a raconté au journaliste de TVA Nouvelles Félix Séguin le concierge d’un hôtel du centre-ville de Kyïv.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, en rencontre peu de temps avant l’attaque.
Photo Reuters
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, en rencontre peu de temps avant l’attaque.

« C’est une zone de guerre, mais c’est choquant que cela soit arrivé à proximité de là où nous nous trouvions », a indiqué un porte-parole de l’ONU à l’AFP. 

Pas de médiation à court terme

Le secrétaire général de l’ONU en était jeudi à sa première journée en Ukraine, après un séjour à Moscou en début de semaine où il avait notamment rencontré le président russe, Vladimir Poutine.

Pour Justin Massie, spécialiste de la politique étrangère à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), ces bombardements démontrent clairement que les chances de médiations sont nulles pour le moment.

Plus tôt hier, Antonio Guterres a visité la ville de Borodianka en banlieue de Kyïv, sous haute protection.
Photo AFP
Plus tôt hier, Antonio Guterres a visité la ville de Borodianka en banlieue de Kyïv, sous haute protection.

« Ce n’est pas du tout dans la vision à court terme [de Poutine] de trouver un accord de cessez-le-feu ou même une voie d’entente pour des corridors humanitaires à Marioupol pour aider la population », dit-il.

L’attaque de jeudi serait une sorte de « bonjour » de la part de Vladimir Poutine, selon le professeur au Collège militaire royal du Canada Michael Boire.

Un message pour l’aide internationale

« Le message qu’il envoie est que même si l’Ukraine pense avoir des renforts, ça ne le dérange pas du tout. C’est un acte de mépris pour montrer que c’est lui le gagnant et qu’on ne pourra rien faire contre lui », ajoute l’ancien militaire.

Dans les secondes qui ont suivi les tirs de missiles, le feu était visible de loin.
Capture d'écran, TVA Nouvelles
Dans les secondes qui ont suivi les tirs de missiles, le feu était visible de loin.

Jeudi, Joe Biden a demandé 33 milliards de dollars américains supplémentaires au Congrès pour fournir davantage d’équipements militaires à l’Ukraine, précisant que les États-Unis « n’attaquent pas » la Russie, mais qu’ils « aident les Ukrainiens à se défendre ».

La frappe russe de jeudi a incendié au moins un bâtiment résidentiel de Kyïv.
Photo REUTERS
La frappe russe de jeudi a incendié au moins un bâtiment résidentiel de Kyïv.

En revanche, « les Russes n’auront plus de réserve. [...] Un message a été lancé comme quoi il n’y a plus de limites », a souligné en entrevue à LCN Simon Leduc, un ancien officier canadien de renseignements militaires.

Avec l’AFP et l’Agence QMI 


DES MENACES ET DES PROVOCATIONS:  

  • 27 février : Le président russe, Vladimir Poutine, menace pour la première fois d’utiliser l’arme nucléaire dans le conflit contre l’Ukraine.  
  • 3 mars : Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov accuse les dirigeants occidentaux de penser à une guerre nucléaire dans le cadre du conflit avec la Russie.  
  • 28 mars : Kyïv renonce à ouvrir tout couloir d’évacuation de civils par crainte de tirs de « provocations » russes.  
  • 14 avril : Dmitri Medvedev, actuel numéro deux du Conseil de sécurité de Russie menace clairement d’utiliser le nucléaire si la Suède et la Finlande rejoignent l’OTAN.  
  • 14 avril : La Russie accuse l’Ukraine d’avoir bombardé des villages russes frontaliers et menace en retour de frapper des centres de commandements à Kyïv.  
  • 25 avril : Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, mentionne la présence d’un danger grave et réel d’une Troisième Guerre mondiale.  
  • 26 avril : La Russie avertit le Japon de « mesures de représailles » s’il étend ses exercices navals conjoints avec les États-Unis près des frontières est de la Russie.  
  • 27 avril : Vladimir Poutine fait planer encore une fois un possible recours à des armes nucléaires, parlant d’une « riposte [...] rapide et foudroyante » en cas d’ingérence étrangère en Ukraine.  
  • 27 avril : Le groupe russe Gazprom suspend ses livraisons de gaz à la Bulgarie et à la Pologne. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, dénonce un nouveau « chantage au gaz ».    

Nouvelle escalade de violence attendue dans le conflit  

La nouvelle provocation de Moscou en bombardant Kyïv et les nouvelles menaces d’utilisation de l’arme nucléaire font de nouveau planer la crainte d’une escalade de violence dans un conflit loin d’être terminé.

« La mécanique de l’escalade est déjà enclenchée trop profondément pour que toute solution diplomatique soit envisagée », déplore le spécialiste de la Russie rattaché au Collège militaire royal de Saint-Jean, Yann Breault.

L’envoi massif d’armes létales par 40 pays en Ukraine, l’aide militaire à hauteur de 33 milliards de dollars que le président américain souhaite donner à l’Ukraine et les objectifs ratés de la Russie sur le terrain ont créé beaucoup de frustrations du côté du Kremlin, estime M. Breault.

« Il reste un grand terrain de confrontation sur lequel les Russes estiment être à parité avec les Américains, c’est celui de la confrontation nucléaire », craint-il.

En réaction à la mobilisation occidentale, la Russie multiplie justement les allusions à une escalade dans le conflit, notamment en faisant allusion à l’arme nucléaire.

Pas surprenant

Mais cela n’a rien de surprenant dans le contexte actuel, estime Julien Toureille, membre de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.

« Moscou n’a pas d’autre choix que de montrer son mécontentement et d’essayer d’apeurer l’opinion publique occidentale », soutient-il.  

De son côté, Justin Massie, spécialiste de la politique étrangère à l’Université du Québec à Montréal, estime toutefois que la menace de l’utilisation de l’arme nucléaire n’est pas à prendre à la légère.

« Dans son esprit, la Russie mène une guerre existentielle pour garantir la sécurité nationale, alors on ne peut pas écarter cette menace-là. Mais en même temps, on n’est pas plus près aujourd’hui qu’au début du conflit de l’utilisation de cette arme », pense-t-il.

Loin d’être fini

Pour le major à la retraite et professeur au Collège militaire royal du Canada, Michael Boire, il faut s’attendre à ce que le conflit ne se finisse pas avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. 

  • Écoutez le compte-rendu de Félix Séguin au micro de Mario Dumont sur QUB Radio:   

« La violence appliquée sur le terrain va continuer », indique-t-il.

Justin Massie abonde dans le même sens.

« On sent que le conflit va perdurer sur le terrain militaire pour plusieurs semaines, pour que l’une des deux parties soit en position de vulnérabilité et qu’elle veuille faire des concessions, mais ce n’est pas le cas pour le moment.

–Avec Gabriel Ouimet, Agence QMI

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.