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Le grand Montréal veut protéger ses milieux naturels

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La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui regroupe 82 municipalités, veut interdire «toute construction, tous travaux ou toute activité» dans des milieux terrestres et humides d’intérêt, notamment dans l’habitat de la rainette faux-grillon, une espèce menacée de grenouille.

La CMM a ainsi adopté jeudi un «règlement de contrôle intérimaire», qui permet d’ajouter 12 367 hectares de milieux naturels à ceux qui sont déjà protégés. Au total, 53 435 hectares seront désormais protégés, une proportion de 22 % du territoire du grand Montréal.

«On a tous été alarmés par le dernier rapport du GIEC. L’urgence, elle est réelle, les gestes qu’on doit poser doivent être ambitieux et rapides. C’est maintenant que ça se passe, on n’a pas le temps de niaiser», a souligné la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui est également présidente de la CMM. Elle espère également que d’autres municipalités au Québec suivront cet exemple.

PHOTO Agence QMI, Félix Lacerte-Gauthier

Au début du mois d’avril, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) publiait un rapport soulignant l’urgence d’agir afin de lutter contre les changements climatiques.

Selon la CMM, le règlement adopté permettra de protéger diverses espèces en situation précaire, dont le petit blongios, le ginseng à cinq folioles, et des alvars, notamment, ainsi que la rainette faux-grillon de l’Ouest, qui est une espèce menacée.

«La CMM a décidé de prendre les grands moyens pour mieux protéger les milieux naturels et de nous rapprocher, et même de dépasser notre objectif commun de protéger 17 % du territoire», a ajouté Mme Plante.

Le règlement pourra entrer en vigueur dès qu’il aura reçu une approbation de la ministre des Affaires municipales et de l’habitation, dans un délai maximal de 60 jours.

«Il y aura par contre certaines exceptions qui s’appliquent, par exemple des usages agricoles qu’on doit respecter, certaines coupes sanitaires et dans certains cas, la mise en valeur de sentiers récréatifs», a précisé Massimo Iezzoni, directeur général de la CMM.

Il assure que le nombre d’inspecteurs sera suffisant au sein des municipalités pour assurer le respect de la réglementation.

Mme Plante a aussi demandé au gouvernement du Québec qu’il revoit la Loi sur l’expropriation.

«C’est un outil dont ont besoin les villes. S’il est modernisé, ça va permettre de faciliter l’acquisition des milieux naturels. Pour l’instant, c’est très difficile pour une municipalité, surtout de petite taille, d’acquérir et donc de protéger des espaces naturels», a-t-elle expliqué.

Un habitat détruit

Mercredi, La Presse a rapporté que le Canadien National (CN) aurait détruit un milieu humide à Longueuil qui abriterait la rainette faux-grillon.

Bien que les faits se seraient produits en août 2021, ce n’est que récemment que la Ville de Longueuil l’a appris, après avoir mandaté des organismes environnementaux pour faire des inventaires de la rainette faux-grillon, selon les explications de Catherine Fournier, mairesse de la ville.

«On est en train d’avoir des discussions avec l’entreprise pour voir de quelles manières on pourrait réhabiliter le milieu naturel. Quand on parle d’espèce menacée comme la rainette, malheureusement, de façon réaliste, c’est très peu probable de rétablir l’espèce», a expliqué Mme Fournier.

Elle admet également que le règlement adopté par la CMM n’aurait pas pu garantir que la situation ne se serait pas produite.

«En général, le [règlement] va prévoir des mécanismes pour que la plupart des entreprises, à l’exception de cas particulier comme le CN, puissent avoir des conséquences lorsqu’elles contreviennent au règlement», a-t-elle indiqué.

De son côté, le CN a avancé que les travaux «n’auraient jamais dû être réalisés» et s’en excuse.

«Nous collaborons étroitement avec le ministère de l’Environnement du Québec et nous allons remédier et remettre en état le milieu humide, et ce, rapidement. Nos équipes sont déjà au travail sur le terrain à cet effet», a soutenu par courriel Jonathan Abecassis, porte-parole du CN.

La compagnie est également en contact avec la Ville de Longueuil et des organisations locales de protection de l’environnement «afin de les consulter sur la remédiation requise et sur des mesures additionnelles de compensation liées à la protection de la rainette faux-grillon».

Satisfaction des Conseils régionaux de l’environnement   

Les Conseils régionaux de l’environnement (CRE) de Laval, des Laurentides, de la Montérégie et de Montréal se sont réjouis de ce règlement de la CMM, par le biais d’un communiqué commun.

«Alors que les milieux naturels représentent moins de 25 % du territoire de la CMM, que l’avenir de plusieurs d’entre eux est en péril et que les pressions de développement ne cessent de s’intensifier, un geste fort était plus que nécessaire pour stopper l’hémorragie et renverser la tendance de destruction des dernières décennies», ont-ils indiqué.

Ils lancent également un appel aux municipalités régionales de comté afin de suivre cet exemple et de faire à leur tour preuve «d’audace» pour protéger la biodiversité sur leur territoire respectif.

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