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205 400 travailleurs toujours au salaire minimum au Québec

La hausse de 75 cents de l’heure de demain va toucher plus de 300 000 personnes

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1365 $. C’est le montant supplémentaire que recevront pour les 12 prochains mois les travailleurs au salaire minimum grâce à la hausse de 0,75 $ du 1er mai. Mais qui sont ces personnes au plus bas de l’échelle salariale, alors que les entreprises luttent pour des talents ? 

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Hier, le titulaire de la chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, Luc Godbout, et sa collègue, Suzie St-Cerny, ont publié une étude sur le salaire minimum et les coûts de la vie.

En 2021, 205 400 travailleurs gagnaient 13,50 $ l’heure, soit le montant plancher fixé par Québec. Ils représentaient 4,8 % du total des emplois. 

Dès demain, le salaire minimum grimpera à 14,25 $. Sur une année, pour une semaine de 35 h, la récolte sera à 25 935 $ au lieu de 24 570 $. 

Selon Québec, ce changement profitera à 301 100 personnes, alors que l’inflation continue de mettre une pression sur le portefeuille des gens.

Surtout des jeunes

L’an dernier, 60 % des travailleurs au salaire minimum étaient âgés de 15 à 24 ans et 70 % étaient dans les commerces, l’hébergement ou la restauration. 

« Manifestement, c’est beaucoup des étudiants », a indiqué M. Godbout, estimant qu’il est encore possible de couvrir ses besoins de base avec ce salaire et les prestations exceptionnelles versées par les gouvernements.

Près d’une personne sur deux (47 %) à 13,50 $ l’heure travaillait dans une entreprise de moins de 20 personnes en 2021 et 62 % y étaient à temps partiel. Neuf salariés sur 10 n’avaient pas d’enfant et 30 % n’avaient pas de diplôme d’études secondaires en poche.

Ces deux dernières années, Québec n’est pas parvenu à atteindre sa cible d’un ratio de 50 % entre le salaire minimum et le salaire moyen. Le marché du travail a été chamboulé par la crise sanitaire et les fermetures.

Plus de 15 $ ?

Avec l’inflation qui pourrait propulser le salaire moyen cette année, le salaire minimum pourrait atteindre les 15 $ en 2023. Le ministre du Travail, Jean Boulet, évoque déjà cette possibilité en entrevue au Journal.

« En contexte de pénurie de main-d’œuvre, comme le rapport de force est inversé, il va y avoir une pression importante sur l’augmentation du salaire horaire moyen. Vraisemblablement, l’an prochain, on va être à 15 $ et peut-être au-delà de ce montant », a répondu le ministre.

Avec un taux de chômage de 4,1 % en mars, c’est l’employé qui est en position de force par rapport à l’employeur. M. Boulet estime que ce changement annuel fait boule de neige sur les autres salaires plus élevés. 

Ces derniers mois, des dirigeants se sont dits inquiets de la rareté de la main-d’œuvre, qui les force à couper des quarts de travail et des contrats.

Des chaînes de restauration rapide comme Tim Horton et McDonald’s ont également été forcées de réduire les heures de service dans des restaurants. 

Alors que le président du conseil d’administration de Cogeco, Louis Audet, a plaidé pour 20 $ l’heure et la FTQ, 18 $ l’heure, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante se prépare à éponger une facture salée de 237 millions $ pour la nouvelle hausse en pleine pénurie.

En décembre, au fédéral, le salaire minimum a été augmenté à 15 $ l’heure.


Pour établir l’impact de la hausse du salaire minimum, les chercheurs ont fait le calcul à partir de 35 heures par semaine pendant 52 semaines. Les besoins de base sont les aliments, l’habillement, le logement et le transport. 

DES BONBONS AUX CHERCHEURS D’EMPLOIS  

François Bélanger
Francis Halin
François Bélanger

Pour charmer de nouveaux talents lorsque le salaire offert frôle le montant minimum, les employeurs doivent se démarquer en donnant différents bonbons aux chercheurs d’emplois, qui ont l’embarras du choix.

« Je cherche un emploi en design infographique à au moins 20 $ l’heure » –François Bélanger, 53 ans, diplômé en travail social reconverti en designer  

De 2018 à 2021, en raison de la rareté de la main-d’œuvre, le nombre de travailleurs au salaire plancher a chuté de près de 32 % dans la province, passant de 300 300 à 205 400, selon l’Institut de la statistique du Québec. 

Dans la Capitale-Nationale, le Village Vacances Valcartier (VVV) recrute massivement lorsque la saison estivale frappe à nos portes. L’entreprise n’échappe pas, comme toutes les autres, aux défis liés au recrutement. 

Pour séduire les plus jeunes travailleurs, plusieurs avantages sont mis sur la table : rabais sur l’essence ; navettes gratuites pour le transport ; accès gratuit aux installations durant l’été ; repas à 5 $ sur le site. 

Étudiants

La majorité des salariés au salaire minimum sont des étudiants : préposé aux glissades, à l’accueil, à la billetterie, à l’entretien ménager et à la restauration. 

Alex Pinske
Photo Francis Halin
Alex Pinske
« Je veux plus que le salaire minimum. 16 $ l’heure serait bien en service social » –Alex Pinske, 21 ans, en pause d’études  

« Les gens qui reviennent de saison en saison ont une évolution de salaire », a précisé la directrice aux communications, Sandra Nadeau, ajoutant que dès qu’une fonction nécessite une formation, comme sauveteur, la paye grimpe. Ce sont de 250 à 300 employés qui doivent être dénichés. 

Ces derniers jours, au salon de l’emploi de Montréal, où plus de 10 000 postes étaient à pourvoir, à peine 10 % des entreprises offraient des postes au salaire minimum. 

« L’entreprise qui offre le salaire minimum aujourd’hui aura de la misère à recruter parce que sa compétition va offrir des salaires plus intéressants », a analysé Éric Boutié, président de L’Événement Carrières.

Éric Boutié, président de L'Événement Carrières
Photo Francis Halin
Éric Boutié, président de L'Événement Carrières

Du choix

Chez le géant de l’alimentation Metro, le conseiller en acquisition de talents, Romain Béland, a souligné qu’il est « très difficile » de recruter en magasin.

« Généralement, ce sont des postes syndiqués. Ils ne sont pas tous au salaire minimum, a-t-il avancé. Il y a trop de postes disponibles sur le marché en ce moment. Même si nous avons des avantages compétitifs, le monde a le choix », ajoute-t-il.  

Romain Béland, conseiller en acquisition de talents chez Metro
Photo Francis Halin
Romain Béland, conseiller en acquisition de talents chez Metro


Alors que s’amorce la reprise économique, des Québécois en quête d’un avenir professionnel meilleur espèrent pouvoir attirer l’attention des employeurs, qui manquent cruellement d’employés. Le Journal est allé à leur rencontre à L’Événement Carrières, au Palais des congrès de Montréal. 

PRÊT AU SALAIRE MINIMUM

Samy Arkour
Photo Francis Halin
Samy Arkour

Pour Samy Akrour, un immigrant français avec une vingtaine d’années d’expérience en vente et un diplôme de téléphoniste en poche, travailler au salaire minimum est un moindre mal si cela lui permet de s’établir au Québec. 

« Je suis vendeur. J’ai 20 ans d’expérience dans la vente » –Samy Akrour, chercheur d’emploi  

« Ça ne me dérangerait pas », confie l’homme, qui se cherche un emploi pour déménager avec sa copine à Boucherville, sur la Rive-Sud de Montréal.

Vendeur, manutentionnaire, responsable de centre d’appels... l’homme est prêt à se retrousser les manches pour trouver chaussure à son pied après avoir développé ses compétences dans la vente pour de grandes entreprises.

« Je suis quelqu’un de très économe. Je sais faire attention. Je sais gérer mon budget. Ça ne me dérange pas d’avoir une petite chambre en location à 400 $ », explique celui qui n’a pas peur d’être moins payé au départ pour s’établir ici.

« Je peux aller chez Maxi, Dollarama et Tigre Géant pour cuisiner vraiment le minimum. Même s’il faut commencer bas, j’ai conscience que j’arrive ici », conclut-il. 

FINI LE SALAIRE MINIMUM

Pour Julie N., conceptrice-rédactrice en publicité depuis dix ans, qui travaille en ce moment au salaire minimum dans un centre d’appels pour subvenir aux besoins de sa famille, ce passage obligé laisse présager un avenir meilleur. 

« J’ai bon espoir de trouver un emploi dans mon domaine mieux payé »–Julie N. , chercheuse d’emploi  

« J’ai un travail alimentaire dans le service à la clientèle, mais idéalement j’aimerais trouver quelque chose dans mon domaine », confie la résidente permanente fraîchement arrivée au Québec depuis quatre mois.

Publicis, DDB, Voodoo... Julie N., bilingue, a un CV bien garni dans les plus grandes agences au monde en Côte-d’Ivoire, au Cameroun et au Ghana.

Alors que l’inflation fait de plus en plus mal au portefeuille, elle cherche un poste à la hauteur de ses compétences.

« C’est un peu dur, vu le niveau de vie ici. Être au salaire minimum, ce n’est pas forcément évident », conclut la mère de deux enfants. 

PERSONNES AU SALAIRE MINIMUM EN 2021 AU QUÉBEC 

205 400 travailleurs
4,8 % de l’ensemble du marché du travail 

ÂGE

15-24 ans : 60 %
25-44 ans : 19 %
45-54 ans : 6 %
55 ans et plus : 14 %

SEXE

52 % des femmes
48 % des hommes

STATUT D'EMPLOI

72 % permanent
28 % temporaire

INDUSTRIES  

  • Primaire 3 %  
  • Fabrication 5 %  
  • Commerce 50 %  
  • Soins santé et assistance sociale 3 %  
  • Information, culture et loisirs 3 %  
  • Hébergement et services de restauration 20 %  
  • Autres secteurs regroupés 16 %   

TAILLE D’ÉTABLISSEMENT 

47 % moins de 20 employés
41 % de 20 à 99 employés
12 % 100 employés et plus 

PERSONNES QUI GAGNENT MOINS QUE 16,87 $ 

629 400 salariés au Québec 

Sources : Qui sont les ménages québécois travaillant au salaire minimum ou presque ? de Luc Godbout et Suzie St-Cerny, Institut de la statistique du Québec

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