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Le chemin de la liberté intérieure

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Photo courtoisie, Bridgeman Images Boris Cyrulnik est neuropsychiatre.

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Boris Cyrulnik, qui a évité in extremis d’être déporté dans un camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale, a échappé à la mort que lui promettait une idéologie meurtrière – celle du nazisme. Cet enfant qu’on a voulu tuer a survécu. Il est devenu neuropsychiatre et on le considère maintenant comme le « père » du concept de la résilience. Toute sa vie, il a cherché à comprendre pourquoi une telle idéologie a pu prospérer. Il fait le point sur le sujet dans un nouveau livre, Le laboureur et les mangeurs de vent.

« C’est un livre que j’ai en tête depuis mon enfance », commente le célèbre neuropsychiatre, auteur de plus de 60 livres, en entrevue. 

« Depuis mon enfance, je me demande pourquoi les hommes sont capables de commettre des crimes aussi intenses, sans aucune culpabilité. Malheureusement, l’actualité est en train de réveiller ce problème. Je croyais qu’il était enfoui. Je pensais que jamais on ne reverrait ça. Eh bien, ça réapparaît. »

Le laboureur qu’il évoque dans le livre est, pour lui, celui ou celle qui a été sur Terre. « C’est la mère de famille, c’est le paysan, c’est le clinicien, c’est le scientifique qui met à l’épreuve la réalité. Le mangeur de vent, c’est celui, celle, qui gobe, qui avale n’importe quel récit logique, cohérent, et sans aucun fondement. C’est ce que je propose d’appeler les délires logiques. »

L’Ukraine

Quand il regarde les bulletins de nouvelles qui montrent la guerre en Ukraine, le spécialiste est profondément touché. 

« J’étais convaincu de ne jamais revoir ça. Et là, je vois que, 80 ans après, ça réapparaît avec les mêmes bruits de bombes, les mêmes avions, les mêmes exodes, les mêmes morts, les mêmes explications, les mêmes rumeurs absurdes. Exactement comme si la mémoire ne servait à rien. J’étais convaincu de ne jamais revoir ça et voilà, je finirai ma vie en le revoyant. »

Croit-il que la population ukrainienne va trouver la force et la résilience nécessaires pour traverser cette épreuve ? 

« C’est le problème de la résilience. Pour essayer d’analyser le processus de la résilience, c’est-à-dire la reprise d’un nouveau développement après une catastrophe, il faut trois chapitres : avant, pendant, après. »

Les enfants qui avaient acquis des facteurs de protection vont souffrir de la guerre et de l’exode, ajoute-t-il, mais pourront plus facilement déclencher le processus de résilience.

Mille formes

Boris Cyrulnik note que le traumatisme a mille formes différentes. 

« Il a des impacts étonnamment différents, selon la construction de la personnalité avant le traumatisme. Il y a le traumatisme suraigu : c’est la bombe qui explose, qui déclenche la terreur et qui tue des gens des autres familles, ou des voisins ou des proches. »


 EXTRAIT 

 « À 7 ans, j’ai été condamné à mort pour un crime que j’ignorais. Ce n’était pas une fantaisie d’enfant qui joue à imaginer le monde, c’était une bien réelle condamnation. »


Il y a aussi le traumatisme insidieux, chronique. « Même quand les bombes n’explosent pas, on attend l’explosion parce qu’on est en période de guerre. On sait qu’il va y avoir un bombardement et on attend la tragédie. On se prépare à la tragédie, aux difficultés alimentaires, au froid, puisque le gaz va être coupé. »

Boris Cyrulnik précise qu’il y a des guerres avec beaucoup de traumatismes insidieux et donne en exemple ce qu’il a connu pendant la Seconde Guerre mondiale : la délation. « Qui va dénoncer qui ? On est toujours en danger d’être espionné, d’être dénoncé et de se retrouver au commissariat ou en déportation. »

Soutien et sens

Après la guerre, après le traumatisme, il y a deux mots clés à retenir : soutien et sens. « Si on organise un soutien autour des blessés, un grand nombre va reprendre un bon développement, surtout ceux qui, avant, avaient acquis de bons facteurs de protection, une bonne parole et un bon entourage protecteur. »

Il faut aussi donner sens à la tragédie, sans quoi les gens concernés ne comprendront pas ce qui s’est passé et se sentiront en insécurité constante. Il rappelle une phrase que répètent les gens qui ont connu ce genre de tragédie : « comprendre pour que ça ne revienne plus jamais ». 


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