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Ukraine: inquiétants vols de récoltes

UKRAINE-RUSSIA-CONFLICT
Photo AFP Une femme plante du maïs avec sa mère sur leur terrain à Sloviansk, dans l’est de l’Ukraine hier.

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Les autorités ukrainiennes lancent des cris d’alarme : les Russes seraient en train de voler des récoltes de grains ukrainiennes. Pour les Ukrainiens, ces vols rappellent les horreurs des années 30, alors que Staline avait confisqué les récoltes pour briser la résistance des paysans ukrainiens aux politiques soviétiques de collectivisation des terres. 

Finalement, entre 4 et 6 millions d’Ukrainiens sont morts de faim. Pour le reste du monde, les agissements des Russes soulèvent des questions sur les augmentations des prix des aliments. En réalité, les prix des aliments ont commencé à monter avant la guerre en Ukraine, mais cette guerre accélère le mouvement à la hausse.


Pourquoi les Ukrainiens sont-ils inquiets pour leurs récoltes ?

Selon les autorités ukrainiennes, les fermiers ne devraient parvenir à récolter que la moitié de leurs récoltes habituelles. La main-d’œuvre manque, et surtout, les fermiers ne parviennent pas à obtenir toutes les semences et tous les engrais dont ils ont besoin. Si la guerre devait s’étendre à l’ensemble de l’Ukraine, la situation pourrait empirer. Ainsi, l’Ukraine produit 26 millions de tonnes de blé par an. Elle en exporte environ 18 millions, soit environ 8 % des exportations mondiales totales de blé. Mais étant donné que les Russes bloquent les ports de l’Ukraine, il est possible que pratiquement aucun blé ukrainien ne rejoigne les marchés mondiaux en 2022.


D’autres pays pourraient-ils compenser pour l’Ukraine ?

Les États-Unis et leurs alliés sont des grandes puissances agroalimentaires qui en théorie peuvent augmenter leur production pour combler la baisse des exportations de l’Ukraine de céréales. La Chine et la Russie pourraient aussi combler ce déficit. 


La Russie pourrait-elle utiliser l’arme alimentaire contre d’autres pays ?

L’inquiétude pèse surtout sur les fertilisants nécessaires à la production agricole. C’est que la Russie et la Chine sont les deux plus grands producteurs d’engrais chimiques ou azotés, avec près de 25 % de la production mondiale. 

Or, la Chine a décidé de réduire ses exportations d’engrais, pour des raisons internes, tandis que le gouvernement russe a ordonné de réduire de moitié les exportations d’engrais chimiques ou azotés, par mesure de rétorsion contre les États-Unis et leurs alliés. Résultats : le prix des fertilisants chimiques a presque doublé, ce qui fait augmenter en flèche le prix du blé et des autres produits alimentaires.


Quels sont les autres facteurs qui font augmenter les prix des aliments ?

De nombreux facteurs font grimper les prix. Par exemple, les changements climatiques peuvent provoquer des canicules comme celle qui afflige l’Inde ces jours-ci. Or l’Inde est, après la Chine, le second producteur mondial de blé. La chaleur réduit la taille des grains de blé. D’autres facteurs, comme la croissance de la population mondiale, la raréfaction de l’eau et l’étalement urbain contribuent aussi à la hausse des prix agroalimentaires.


Le Québec peut-il se prémunir contre ces hausses ?

Le Québec sera moins affecté que d’autres endroits qui dépendent beaucoup de l’extérieur pour leur énergie, leurs fertilisants et leur alimentation. Cependant, les pays qui dépendent énormément de l’extérieur sont parfois nos partenaires commerciaux. La hausse de prix des aliments se répercutera sur leur main-d’œuvre qui exigera des salaires plus élevés. 

Dans un premier temps, leurs produits coûteront plus cher et leurs marchés seront plus faibles. Bref, la guerre en Ukraine a augmenté des pressions inflationnistes déjà présentes. La fin éventuelle de cette guerre ne sera pas suffisante pour ralentir la montée des prix des aliments.

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