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Comment meurent les vieux partis

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Photo AFP La candidate du Parti socialiste, Anne Hidalgo, qui s’est fait laminer à la présidentielle cette semaine, s’adresse à sa base électorale, le 10 avril dernier, à Paris.

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Notre chroniqueur Mathieu Bock-Côté séjourne actuellement en France, d’où il observe l’actualité française d’un œil québécois.


À chaque époque, en politique, on retrouve des partis dominants. Ils structurent la vie politique et permettent aux électeurs de se retrouver autour de grandes options.

Mais il arrive qu’un parti, ou même un duo de partis habitués à se combattre dans un affrontement électoral ritualisé en viennent à perdre leur pertinence. De nouveaux enjeux émergent et ils ne savent pas y répondre. Les nouvelles générations ne veulent pas s’y engager. Alors, peu à peu ils s’effritent, puis un jour s’effondrent, d’autant que de nouveaux partis émergent et les remplacent.

Gauche

C’est ce qui s’est passé depuis cinq ans en France. Les deux grands partis qui ont marqué les dernières décennies politiques françaises, le Parti socialiste (PS) et Les Républicains (ces derniers ont souvent changé de nom, précisons-le) se sont effondrés.

Emmanuel Macron est parvenu à aspirer une bonne partie de leurs cadres et de leurs électeurs. Les deux survivent à la manière de structures abîmées, à l’existence résiduelle, ne parvenant plus à rassembler, et encore, que leurs derniers fidèles. Ils appartiennent au monde d’hier, et s’effacent à leur rythme, sans parvenir à mourir dans la dignité.

On l’a vu particulièrement chez les socialistes cette semaine. Leur candidate, Anne Hidalgo, s’est fait laminer à la présidentielle. Les députés socialistes redoutent d’être balayés aux prochaines élections législatives, en juin. Alors ils proposent de s’allier avec la force montante, à gauche, La France insoumise (LFI), de Jean-Luc 

Mélenchon. Problème : LFI est beaucoup plus à gauche que le PS et fait preuve d’une complaisance coupable envers l’islamisme. Inversement, le PS se voulait historiquement attaché à la laïcité. Ou du moins le prétendait-il, même si dans les faits, ce n’était plus sa priorité depuis longtemps.

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Conclusion politique : si cette alliance se noue, le Parti socialiste se fera dévorer tout cru par LFI. Petite nuance à ce portrait, toutefois : le système politique français n’est pas comme le nôtre, et les partis occupent tous les paliers politiques. C’est-à-dire qu’aux élections régionales et municipales, ce sont les mêmes partis qui s’affrontent. Ainsi, le Parti socialiste « historique » conserve de vraies assises locales, et certains préféreraient qu’il conserve son indépendance, quitte à être chassé de l’Assemblée nationale, pour renaître de ses cendres sans jamais s’être renié.

Droite

À droite, la scène n’est pas vraiment plus belle. Les Républicains (LR) sont dans une situation semblable. Une bonne partie de leurs électeurs et cadres se sont tournés vers Emmanuel Macron (et une petite partie de leurs électeurs, vers Éric Zemmour). Valérie Pécresse, leur candidate, s’est effondrée et le parti est ruiné. Certains proposent que LR rejoigne directement la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron. D’autres croient que le parti doit conserver son identité et se refonder, en se réfugiant lui aussi pour les prochaines années dans les villes et régions qu’il contrôle.

Les vieux partis peuvent-ils survivre, peuvent-ils renaître ? Le souhaitent-ils, même, au-delà de leurs vieux militants qui ne s’imaginent pas le monde sans eux, et qui répéteront, dans un chant tragique et désespéré, autant qu’admirable et pathétique, que s’il n’en reste que quelques-uns, ils seront ceux-là ? 

Pendant ce temps, en Ukraine... 

En France comme ailleurs, l’opinion publique s’est habituée à la guerre en Ukraine. Elle n’occupe plus toute la place dans l’actualité. Toutefois, on constate que la rhétorique des uns et des autres se radicalise. Les Américains disent ouvertement vouloir affaiblir la Russie qui envisage ouvertement une troisième guerre mondiale et des frappes nucléaires. Bien des Européens se demandent si leur continent servira de théâtre où s’affronteront d’une manière ou d’une autre les deux empires qui se toisent. 

La gauche radicale à l’offensive 

J’en parlais sur mon blogue mercredi, un nouveau rapport de force s’est imposé à gauche. La France insoumise, qu’on associe à la gauche de la gauche, domine désormais les autres forces de ce camp, avec son chef charismatique Jean-Luc Mélenchon. Autrement dit, la gauche radicale domine la gauche modérée, tentée de se coucher devant elle sans quoi elle se croit condamnée à disparaître. À travers cela, la passion révolutionnaire revient, l’anticapitalisme aussi, et le rejet de l’identité française. 

Vers la proportionnelle ? 

Depuis quelques semaines, un débat est de retour sur la place publique : celui portant sur la réforme du mode de scrutin, pour établir ce qu’on appelle la représentation proportionnelle. Pendant la campagne présidentielle, tous semblaient flirter avec cette idée. Il faut dire que des partis importants, comme la France insoumise et le Rassemblement national, ont une représentation parlementaire microscopique à cause du mode de scrutin, justement. Le système sera-t-il néanmoins réformé ? Rien n’est moins certain.

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