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Les motards de la colère

CANADA-PROTEST-DEMONSTRATION
Photo AFP

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En sortant de sa garderie, vendredi après-midi, la petite Zoé a fondu en larmes, terrifiée par le bruit et la vision apocalyptique des motards qui avaient pris d’assaut sa routine.

Du haut de ses 4 ans, Zoé a eu essentiellement la même réaction que la majorité des résidents d’Ottawa, qui ont choisi d’accueillir les débuts de ce « convoi de la liberté » printanier par des doigts d’honneur et des cris de « Go home ! ».

On les comprend. Le traumatisme des camionneurs et de l’incompétence policière qui caractérisa le siège de janvier dernier demeure bien vif, ici.

Et pourtant, il semblerait que tous ont appris leur leçon.

Contrôle et respectabilité

Cette fois-ci, la police d’Ottawa a fermé des rues, imposé un itinéraire aux motards. Cette fois-ci, les renforts de la GRC et de la Police provinciale de l’Ontario étaient déployés d’avance, l’interdiction de stationner un véhicule dans le centre-ville a été imposée.

Puis, là où les camionneurs ont profané le Monument commémoratif de guerre, les motards s’y sont recueillis pour prier.

Là où les camionneurs ont bâti des huttes et des spas, la police a pris soin d’éviter que les motards ne s’enracinent.

Là où les camionneurs en appelaient au renversement du gouvernement, les motards se sont contentés de dénoncer la dictature sanitaire. Sans surprise, les drapeaux « Fuck Trudeau », eux, sont restés.

Finalement, policiers et manifestants avaient des objectifs similaires.

La police d’Ottawa jouait sa crédibilité auprès des résidents exaspérés d’une capitale peu habituée aux grands dérangements ; les motards cherchaient à redorer leur image et à camper la légitimité de leur mouvement de contestation dans l’espace public canadien.

Camionneurs 2.0

C’est ainsi que des motards sont venus « libérer » un monument de la guerre qui n’était plus barricadé depuis longtemps, vétérans à l’appui.

Et pourtant, malgré les apparences, le convoi des motards ressemble à celui des camionneurs.

Mêmes comparaisons boiteuses entre la pandémie et les lois nazies de Nuremberg, même appel au patriotisme unifolié à l’envers à l’appui, même haine des médias traditionnels, même appel à la mobilisation contre le saccage de notre démocratie par une élite méprisante et déconnectée.

Menace ?

Une conseillère municipale progressiste d’Ottawa, Theresa Kavanagh, a dénoncé le convoi, le comparant à un cheval de Troie de haine et d’intolérance.

Vraiment ?

Je ne partage pas les revendications de ces manifestants. J’ai beau essayer, je ne les comprends pas non plus. Je suis indignée quand je les entends se dire persécutés, alors que des Ukrainiens meurent sous les bombes russes, que des fillettes sont mariées de force au Niger, au Mali, au Congo. Je suis sans mots quand je les entends dire qu’il faut « arrêter d’obliger » dans notre société.

Et pourtant, ces hommes et ces femmes sont des citoyens. Ils votent, ils travaillent, ils ont voix au chapitre, même dans leur réalité parallèle.

Ils ont le droit d’investir leur capitale pour revendiquer. Après les camions l’hiver et les motos au printemps, peut-être reviendront-ils en canot cet été.

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