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Quand des ennemis recommencent à se parler

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La guerre en Ukraine, comme les immenses nuages qui suivent les bombardements dévastateurs de quartiers résidentiels, voile d’autres événements beaucoup plus encourageants, eux, pour la paix dans le monde. Les Iraniens et les Saoudiens, par exemple, ont recommencé à se parler et, de toute évidence, ils y prennent goût.

Ils viennent tout juste de compléter leur cinquième séance de discussions, ces deux géants pétroliers qui se regardent comme des chiens de faïence de chaque côté du golfe Persique. Une rencontre en Irak où on s’est à peu près entendu sur un plus grand nombre de pèlerins iraniens pouvant compléter le Hadj, le grand pèlerinage à La Mecque.

Rien d’impressionnant, mais tout de même un rapprochement significatif entre ces deux pays qui, chacun à sa façon, cherchent à guider le monde musulman et qui n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis six ans déjà. On en est maintenant à évoquer un tête-à-tête entre les deux ministres des Affaires étrangères.

La bonne nouvelle ne tient pas seulement au fait qu’il est toujours mieux de maintenir le dialogue entre une Arabie saoudite gourmande en armements (8e plus grand dépensier en la matière en 2021 avec environ 55 milliards de dollars) et un Iran secret et paranoïaque qui pourrait à court terme posséder sa propre bombe atomique.

AU BÉNÉFICE DE TOUS

C’est tout le Moyen-Orient qui gagnerait d’une telle réconciliation. À commencer par ce pauvre Yémen, dévasté par une guerre civile depuis l’été 2014. Téhéran et Riyad s’y battent par procuration, les Iraniens chiites soutenant leurs coreligionnaires houthis et les Saoudiens menant une coalition d’appui au président yéménite en exil, Abd Rabbo Mansour Hadi.

Le conflit a progressivement engendré ce que l’ONU a qualifié de « pire crise humanitaire de la planète » avec 150 000 personnes tuées dans les combats et plus de 227 000 mortes de conséquences indirectes, tels les maladies et le manque d’eau. Douze millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire pour survivre et un enfant de moins de cinq ans sur deux souffre de malnutrition.

SUR LES BORDS DE LA MÉDITERRANÉE

Le Liban, pour d’autres raisons, tirerait aussi parti d’un rapprochement irano-saoudien. Les forces politiques centrifuges qui corrompent et paralysent le pays ont leurs entrées à Téhéran ou Riyad.

La crise économique des trois dernières années a poussé près de 80 % de la population sous le seuil de pauvreté. Les pénuries en tout genre se poursuivent, de l’électricité aux médicaments. Possiblement en lien avec les pourparlers entre les deux grandes capitales, le Hezbollah, le mouvement chiite, armé et financé par les Iraniens, aurait modéré ses attentes des élections législatives libanaises du 15 mai prochain, atténuant les tensions politiques ; c’est déjà ça de gagné.

« Nous sommes voisins, et voisins pour toujours », avait admis en mars dernier le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane dans une interview au magazine américain The Atlantic. « Nous ne pouvons pas nous débarrasser d’eux, ni eux de nous. Aussi bien », avait-il ajouté, « de chercher des moyens de coexister. »

Si quelqu’un à Moscou pouvait en venir à la même conclusion. 

Arabie saoudite  

MONARCHIE ABSOLUE

Photo Adobe Stock

Population  

  • 34,8 millions  

Espérance de vie  

  • 75 ans  

Religion 

  • 85-90 % Sunnites 
  • 10-15 % Chiites  

PIB 

  • 700 milliards $ (2020) 
  • 793 milliards $ (2019)  

PIB par habitant  

  • 20 110 $ (2020)   

Iran  

RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE

Photo Adobe Stock

Population 

  • 83,9 millions  

Espérance de vie  

  • 77 ans  

Religion 

  • 90-95 % Chiites 
  • 5-10 % Sunnites  

PIB 

  • 203,5 milliards $ (2020) 
  • 598,9 milliards $ (2018)  

PIB par habitant  

  • 2 422 $ (2020)  

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