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L’effet anticancéreux de l’exercice aérobique

Fitness man doing exercise bike for cardio workout at gym.
Photo Adobe Stock

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Une fascinante recherche récente rapporte que l’interleukine-6, une protéine relâchée par les muscles lors d’un exercice vigoureux, diminue la croissance de cellules cancéreuses colorectales en favorisant la réparation de leur ADN.

Il existe de solides preuves épidémiologiques que l’activité physique régulière a un effet protecteur contre le cancer colorectal. 

Les études rapportent en effet que chez les personnes qui sont les plus actives physiquement, le risque de développer ce cancer est réduit d’environ 25 % comparativement à celles qui sont plus sédentaires. Cet effet anticancer de l’exercice est également observé en prévention secondaire, c’est-à-dire chez les survivants d’un cancer colorectal, avec une diminution du risque de récidive et de mortalité spécifique à ce cancer qui a été rapportée par plusieurs études.

Effets systémiques de l’exercice

Les mécanismes impliqués dans cet effet anticancéreux de l’exercice sont vraisemblablement liés à la production de différentes molécules par les muscles en mouvement. Lorsqu’elles sont sollicitées pendant un exercice, les cellules musculaires relâchent en effet une panoplie de molécules qui diffusent dans la circulation sanguine et influencent par la suite plusieurs organes cibles. 

Un de ces facteurs musculaires qui suscite actuellement beaucoup d’intérêt est l’interleukine-6 (IL-6), une cytokine multifonctionnelle qui contrôle plusieurs processus physiologiques. 

Par exemple, il a été récemment montré que l’IL-6 produite par les muscles durant l’exercice accélère la lipolyse (destruction du gras) au niveau du tissu graisseux abdominal et contribue à l’effet positif de l’activité physique régulière sur la diminution du tour de taille1.

IL-6 anticancéreuse

Une étude clinique randomisée récente suggère que l’IL-6 pourrait également jouer un rôle de premier plan dans la prévention du cancer colorectal associée à l’exercice physique régulier2

Dans cette étude, des chercheurs britanniques ont recruté 16 hommes en bonne santé, mais qui présentaient trois facteurs de risque de cancer colorectal, soit un âge de 50 ans et plus, un surpoids (IMC >25 kg/m2) et une absence d’activité physique régulière.  

Les participants ont été assignés de façon aléatoire à réaliser soit un exercice aérobique (6 x 5 minutes de bicyclette stationnaire à intensité élevée) ou à demeurer inactif durant cette période. 

Une semaine plus tard, chacun des participants a été soumis à la condition inverse (ceux qui avaient fait de l’exercice étaient au repos et vice versa). 

La force de ce type d’étude croisée est que chacun des participants est exposé aux deux conditions expérimentales testées et qu’on peut donc comparer directement leurs effets sur une même personne.

Pour déterminer si l’exercice provoquait l’apparition d’un facteur anticancéreux, les chercheurs ont prélevé des échantillons de sang avant et immédiatement après la période d’activité physique (ou de repos). Les sérums sanguins ainsi isolés ont ensuite été exposés à des cellules cancéreuses colorectales cultivées en laboratoire, pour mesurer leur impact sur la croissance tumorale.  

Les résultats montrent que comparativement au sérum des participants sédentaires, l’addition de sérum post-exercice diminue significativement la prolifération des cellules cancéreuses et est associée à une réduction importante des dommages à l’ADN des cellules, un événement qui contribue à la progression tumorale.  

Ces phénomènes sont vraisemblablement une conséquence de la production d’IL-6 par les muscles, car les chercheurs ont observé une hausse importante de cette cytokine dans les sérums post-exercice et l’ajout d’IL-6 purifiée aux cellules permet de reproduire les effets de ces sérums sur la croissance des cellules cancéreuses et la diminution des dommages dans la structure de leur ADN.  

Globalement, ces résultats indiquent donc que l’IL-6 relâchée au cours d’une activité nécessitant une contraction musculaire peut freiner la progression des cellules cancéreuses, possiblement en stimulant les voies cellulaires spécialisées dans la réparation de l’ADN. 

Un autre exemple qui montre à quel point l’exercice n’est pas seulement un moyen de maintenir une bonne forme physique, mais aussi une activité essentielle pour prévenir le cancer.


♦ 1. Wedell-Neergaard AS et coll. Exercise-induced changes in visceral adipose tissue mass are regulated by IL-6 signaling: a randomized controlled trial. Cell Metab. 2019 ; 29 : 844-855.e3.

♦ 2. Orange ST et coll. Acute aerobic exercise-conditioned serum reduces colon cancer cell proliferation in vitro through interleukin-6-induced regulation of DNA damage. Int. J. Cancer, publié le 25 février 2022.

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