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Espionnage russe au Québec: cet immeuble a abrité une célèbre taupe soviétique

Délégation commerciale russe
Photo le Journal de Montréal, Dominique Cambron-Goulet

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La Fédération de Russie possède un riche patrimoine totalisant plus de 16 M$ en immeubles dans la région de Montréal. Ces propriétés, toutes acquises à l’époque de la guerre froide, sont liées à des opérations d’espionnage et de contre-espionnage.

Notre Bureau d’enquête a découvert plusieurs informations intéressantes sur ces propriétés, dont certaines sont entourées de mystère. Le consulat n’a pas répondu à nos questions sur celles-ci.


Cet immeuble d’habitation presque anonyme du boulevard Pie-IX a abrité la délégation commerciale de l’URSS, puis de la Russie, jusqu’en 2009. Elle a servi de couverture à au moins un espion du KGB. Vladimir Vetrov, une des plus célèbres taupes soviétiques de la guerre froide, y travaillait officiellement comme «ingénieur» pendant un bref séjour dans les années 1970.

Vetrov avait rapidement été identifié comme un espion du Comité pour la sécurité de l’État (KGB) par les services de renseignement français dès la fin des années 1960, alors qu’il était basé à Paris. 

Quand il arrive à Montréal, en 1973, sous couvert commercial, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en avait donc été informée. Mais le gouvernement canadien avait tout de même accepté de lui donner un visa. 

Les policiers canadiens ont aussi su par leurs alliés français que le Soviétique avait «un goût prononcé pour le mode de vie occidental». 

Dès que Vetrov s’installe à Montréal, la GRC tentera donc une approche en vue de le recruter comme collaborateur. 

Le vol de bijoux de la femme de Vladimir Vetrov, Svetlana, servira de prétexte aux policiers pour entrer en contact avec lui.

Mais la GRC ne réussira pas à recruter l’espion soviétique.

«Une taupe au sein de la GRC avait averti le KGB, quasiment en temps réel, de l’opération dirigée contre Vladimir Vetrov en vue de le recruter», expliquent les auteurs Raymond Nart et Jacky Debain dans le livre L’affaire Farewell vue de l’intérieur.

Sachant cette histoire, il n’est donc pas surprenant que l’édifice de la rue Pie-IX ait fait l’objet de surveillance. 

«Le service de sécurité de la GRC et après le SCRS avaient ins- tallé des caméras sur le terrain du Jardin botanique pour surveiller la résidence il y a une quarantaine d’années», se souvient le journa- liste Normand Lester. 

Après seulement neuf mois à Montréal, Vetrov sera rapatrié à Moscou. 

CÉLÈBRE TAUPE

Ce sont finalement les Français qui en feront une des plus célèbres taupes soviétiques. 

Au début des années 1980, la direction de surveillance du terri- toire (DST) française a obtenu des milliers de pages de documents secrets soviétiques grâce à Vetrov, qui les photographiait à l’aide d’un appareil photo fourni par la CIA. 

La taupe, dont le nom de code était Farewell, a également fourni une liste de plus de 400 agents du KGB. 

De retour en URSS, Vetrov a été exécuté en 1985 pour trahison. 

En 2010, le bâtiment rue Pie-IX a été rénové pour ajouter deux logements aux deux déjà existants. 

Au passage du Journal, personne n’était sur place. 

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