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Avortement: un demi-droit au Canada?

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La motion était tout sauf anodine.

« Que la Chambre reconnaisse que le corps de la femme n’appartient qu’à elle et reconnaisse son libre choix pour le droit à l’avortement pour quelque raison que ce soit. »

Sans surprise, des voix se sont élevées pour s’y opposer. Des voix issues des rangs conservateurs. 

Même refrain, même mélodrame.

Il serait tentant de sauter sur la nouvelle voulant que la Cour suprême des États-Unis s’apprête à renverser le jugement Roe v. Wade pour braquer à nouveau les projecteurs sur la force du mouvement anti-choix dans les rangs du Parti conservateur.

Et pourtant, le vrai enjeu au Canada n’est pas le droit à l’avortement, mais plutôt l’accès à l’interruption volontaire de grossesse.

Et à ce chapitre, les libéraux de Justin Trudeau semblent, encore, avoir opté pour la rhétorique aux dépens de l’action.

Géométrie variable

Il faut le rappeler, la Cour suprême du Canada n’a pas consacré le droit à l’avortement. L’arrêt Morgentaler se contente d’invalider la loi de l’époque, mais il ne spécifie ni l’étendue ni les limites possibles au libre choix d’une femme d’interrompre sa grossesse.

C’est donc dans les différentes provinces que la pratique a été définie puis encadrée.

Voilà pourquoi l’accès à l’avortement est si inégal au pays.

En moyenne, seul un hôpital sur six offre le service. En Alberta, au Manitoba, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve, impossible d’obtenir une IVG en région rurale.

En Alberta, il y a trois fois moins de cliniques d’avortement qu’au Québec.

Et il n’y a qu’au Québec et à Terre-Neuve qu’on interdit par la loi de manifester à proximité d’une clinique.

Pour trop de femmes, l’avortement n’est pas un droit, c’est un luxe !

Vertu libérale

Il est donc devenu bien agaçant de voir Justin Trudeau et ses ministres se draper dans leur vertu féministe en faveur du libre choix des femmes.

Après sept ans au pouvoir, leur inaction dans le dossier commence à être gênante.

Comment ne pas remarquer l’hypocrisie ambiante lorsque Justin Trudeau se targue d’imposer des normes nationales pour les CHSLD, mais refuse d’agir pour imposer la même médecine aux provinces en termes d’accès à ce droit fondamental pour les femmes.

Car en vertu de la Loi canadienne sur la santé, l’interruption volontaire de grossesse est un « service médicalement nécessaire ». Il devrait donc être gratuit, universellement accessible, peu importe les circonstances.

Or, au Nouveau-Brunswick, l’avortement n’est pas remboursé s’il est pratiqué hors d’un des trois hôpitaux qui offrent le service. La pilule abortive n’est pas remboursée dans cinq provinces !

Il est plus que temps que ce gouvernement qui se dit féministe passe de la parole aux actes. D’ailleurs, il a promis de le faire lors de la dernière élection.

Grosse punition, le Nouveau-Brunswick s’est vu déduire 64 850 $ de ses transferts en santé en 2022 pour la piètre qualité de l’accès dans la province, l’Ontario, 6560 $.

Certaine qu’ils vont y penser par deux fois la prochaine fois !

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