/opinion/blogs/columnists
Navigation

En France, est-ce l'élite contre le peuple?

Marine Le Pen et Emmanuel Macron
Photo AFP Marine Le Pen et Emmanuel Macron

Coup d'oeil sur cet article

Une question hante plusieurs politologues: quel débat remplacera celui entre la gauche et la droite, si ce dernier s’efface définitivement?

Sera-t-il remplacé par un débat entre les progressistes et les populistes, comme l’a déjà suggéré Emmanuel Macron, ou entre les mondialistes et les patriotes, comme le propose quant à elle Marine Le Pen?

Ces clivages idéologiques se multiplient et en viennent quelquefois à s’embrouiller – peut-être tout simplement parce que la réalité est complexe et ne se laisse pas enfermer dans une grande querelle surplombant toutes les autres –, mais comment éviter, alors, que la société ne s’émiette jusqu’à l’insignifiance?

Un système de représentation politique est un instrument de simplification des débats publics. Il force les uns et les autres à faire des alliances, à se coaliser, à se rassembler, au-delà des pures doctrines.

Mais ces clivages ne sont pas qu’idéologiques. Ils ont aussi une forte dimension sociologique. Ils s’ancrent dans des catégories sociales, dans des conditions de vie, ils ont des ancrages territoriaux.

Et c’est en ayant cela à l’esprit qu’on peut rajouter aux clivages déjà nommés celui qu'a exploré le politologue Jérôme Sainte-Marie, qui propose de distinguer dans nos sociétés un bloc élitaire et un bloc populaire.

On comprend spontanément ce dont il veut parler: le premier bloc, qui s’est reconnu en Emmanuel Macron, rassemblerait globalement les catégories sociales privilégiées par la mondialisation et les mutations sociétales de notre temps.

Il exercerait une hégémonie sur le capitalisme, mais aussi sur les médias, et se reconnaîtrait dans le politiquement correct: autrement dit, il maîtriserait non seulement le pouvoir économique, mais le pouvoir symbolique, permettant de distinguer le bien et le mal, le beau et le laid, le désirable et l’indésirable.

Le bloc populaire, lui, rassemblerait ceux qui ne s’adaptent pas spontanément à l’univers des métropoles mondialisées. Il désigne les catégories populaires, les employés, on pourrait dire de manière cinglante: ceux qui sont largués par l’époque. Il rassemble ce que Christophe Guilluy appelle la France périphérique.

Ce clivage recoupe en partie celui qu'a théorisé le Britannique David Goodhart, entre les «anywheres» et les «somewheres».

Le bloc populaire n’a pas d’autre pouvoir possible que le pouvoir politique, qui lui échappe encore. La démocratie est son dernier recours. L’insurrection électorale est le seul moyen à sa portée pour redéfinir le rapport de force dans la société.

C’est cet électorat que convoitent tout à la fois Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Mais les deux ont-ils le même peuple en tête quand ils parlent du peuple?

Le premier mise beaucoup sur les populations issues de l’immigration massive, ce qui explique sa conversion au multiculturalisme. La seconde mise sur le peuple historique français, même si elle ne le nomme pas comme tel, ce qui n’est pas sans lien avec sa défense de la nation.

Chose certaine, en ayant le clivage de Jérôme Sainte-Marie à l’esprit, on comprend mieux ce qui se passe politiquement en France aujourd’hui.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.