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Goélands transformés en laboratoires volants

Grâce à leur sac à dos de haute technologie, les oiseaux témoignent de l’usage de produits nocifs

déchets
Photo d'archives, Caroline d’Astous C’est dans ce genre de dépotoir que les goélands inhalent des contaminants toxiques en s’alimentant.

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Des biologistes ont découvert grâce à une technique unique au monde que l’air que les goélands respirent dans les dépotoirs de la région montréalaise contient des produits toxiques interdits qui sont aussi nocifs pour l’être humain. 

« Il s’agit de molécules fines qui entrent dans la composition de meubles et de textiles et qui sont relâchées dans l’air au cours du compactage des ordures. Les oiseaux en accumulent dans leur système à des concentrations très importantes », explique Anaïs Kerric, qui met la touche finale à son doctorat en biologie à l’UQAM. 

La jeune femme a passé les quatre derniers étés à étudier les goélands à bec cerclé de l’île Deslauriers, près de Varennes, où on trouve la plus importante colonie de cette espèce sur le continent avec plus de 65 000 individus en période de nidification (avril à juin). 

Elle en a capturé environ 120 qu’elle a relâchés pour une dizaine de jours avec de minuscules sacs à dos contenant un GPS et un échantillonneur d’air. Une technologie unique au monde mise au point par le laboratoire de Jonathan Verreault, son directeur de thèse.  

Des perturbateurs qui inquiètent  

En partageant le même environnement que les humains, les oiseaux sont un peu nos « sentinelles de l’air », mentionne le professeur Verreault. Les maladies qui les affectent guettent les humains à plus ou moins long terme... 

On croyait jusqu’aux recherches de Mme Kerric et de sa prédécesseure à l’île Deslauriers, Manon Sorais, que c’était par l’alimentation que les oiseaux se contaminaient. En analysant le contenu des filtres des échantillonneurs, les chercheuses ont découvert que c’était plutôt en respirant l’air et en lissant leurs plumes chargées de polluants. 

Le « sac à dos » qui permet aux chercheurs de connaître leurs déplacements et les particules nocives dans l’air.
Photo d'archives, Valérie Jolicoeur
Le « sac à dos » qui permet aux chercheurs de connaître leurs déplacements et les particules nocives dans l’air.

Appelés « perturbateurs endocriniens », les produits en cause sont responsables de problèmes de reproduction de mieux en mieux connus chez l’animal. 

« La dangerosité est assez bien démontrée en laboratoire. Pour les humains, c’est plus compliqué à prouver, mais on y travaille », commente Isabelle Plante, experte en toxicologie environnementale à l’Institut national de la recherche scientifique. 

On compte plus de 1500 de ces polluants qui pourraient augmenter l’infertilité tant chez l’homme que chez la femme et le risque de cancers du sein et de la prostate. En s’attaquant aux hormones, ils pourraient expliquer également la puberté précoce chez les adolescents.  

« Retardateurs de flamme »  

C’est une classe de produits jadis largement utilisés dans l’industrie pour diminuer les risques d’incendie dans les meubles et appareils électroniques, les « retardateurs de flamme », qui est ciblée dans la recherche de l’UQAM. 

Les polybromodiphényles éthers (PBDE), par exemple, ont été ajoutés à la liste des produits interdits par la Convention de Stockholm il y a cinq ans, à laquelle le Canada adhère, comme l’écrivent les chercheurs dans un article d’Environmental Pollution paru récemment.

En principe, on ne produit plus d’objets qui contiennent des PBDE à cause des risques pour la santé humaine, mais il en reste encore dans les magasins. Boîtiers d’ordinateurs, moniteurs, téléviseurs en contiennent en bonne quantité, de même que des tissus, les matelas et les meubles rembourrés. 

Depuis cinq ans, Anaïs Kerric a passé d’innombrables heures avec les goélands de l’île Deslauriers. Des oiseaux auxquels elle est fortement attachée aujourd’hui. 

« En devenant des témoins des dangers liés à la pollution atmosphérique, ils me sont encore plus sympathiques », concède la jeune femme qui défendra les couleurs de son université au concours Ma thèse en 180 secondes durant le congrès de l’ACFAS, le 11 mai.  


Vouz pouvez revoir le documentaire Microplastiques : menace dans le Saint-Laurent de notre Bureau d’enquête sur VRAI.

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