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Guy Lafleur: la mort d'un héros québécois

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La mort de Guy Lafleur a secoué les Québécois. Elle les a secoués profondément, bien au-delà des émotions généralement évoquées par le système médiatique quand une personnalité aimée du public nous quitte. La réaction, cette fois, est bien plus vive, bien plus profonde aussi.

Car ce n’est pas seulement un grand joueur de hockey qui a rendu l’âme, le 22 avril dernier, mais un vrai héros national, qui représentait une partie de notre identité collective. 

Guy ! Guy ! Guy ! Même ceux qui ne suivent le hockey que de loin savent très bien à quoi réfère ce cri, comme on a pu le voir dans le premier film des Boys, quand Ti-Guy, joué par Patrick Huard, se prend soudainement pour Guy Lafleur ! Cela nous est tous arrivé, un jour, sur la glace ou ailleurs !

Sport

J’entends les douteurs : comment un joueur de hockey peut-il être un héros national ? Ils nous invitent à ne pas exagérer. Ils se trompent. 

Ils ne comprennent pas l’histoire du Québec, et ce qu’a représenté longtemps le hockey pour notre peuple. Faut-il le rappeler : nous étions un peuple vaincu, humilié en son propre pays, condamné à laisser sa langue au vestiaire lorsqu’il rentrait à l’usine. 

Mais nous prenions notre revanche sur la glace, dans notre sport national. De ce point de vue, et quoi qu’en disent ceux qui s’imaginent que des peuples de « couleurs différentes » ne peuvent pas vivre des expériences semblables, notre histoire n’est pas sans lien avec celle des Noirs américains. 

Je le disais il y a quelques jours dans cette chronique, Maurice Richard a représenté le Canadien français qui parle peu mais qui ne se laisse pas écraser, animé d’une fascinante énergie de vie. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Guy Lafleur a représenté une nouvelle étape dans notre identité collective, celle d’un Québec flamboyant, conquérant, fier et libre. Il l’a représenté au point de devenir un symbole de notre vie collective. 

Guy Lafleur appartient aussi à une époque où les Québécois savaient résonner à l’unisson : ils sentaient et vivaient le monde comme un peuple sachant qu’il était un peuple. 

Certains étaient souverainistes, d’autres étaient fédéralistes, les uns avaient largué le catholicisme, d’autres demeuraient fidèles à certains de ses rites, mais tous savaient qu’ils participaient à la même aventure collective. 

Ils n’étaient pas segmentés en centaines de catégories toujours plus étroites, étrangères les unes aux autres. 

On aura beau dire que la nostalgie n’est pas recommandable, les Québécois savent bien qu’ils ont perdu quelque chose depuis qu’ils ont perdu cette unité profonde, ce « nous » assuré et sûr de lui-même qui les avait amenés à dire un jour « maîtres chez nous ». 

Nous

Aujourd’hui, dire nous est suspect. C’est la mode de l’époque. Elle est triste, même moche. 

Et d’un coup, à travers la mort d’un héros, qui avait porté notre fierté sur la glace tout en restant proche des siens, les Québécois se rappellent qui ils étaient. 

À travers la mort de Guy Lafleur, les Québécois pleurent aussi une partie de leur identité perdue. Et se demandent secrètement s’ils pourront la retrouver.

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