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Censure dans les universités: l’heure n’est plus aux anecdotes

Coronavirus. Business workers working from home wearing protective mask. Small company in quarantine for coronavirus working from home with sanitizer gel. Small company concept.
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(En réponse à la chronique de Richard Martineau

Dans un texte paru le 30 avril dernier, Richard Martineau a écrit sur le mouvement dit « woke ». Faisant entre autres référence à la question de la censure dans les universités, il demandait combien il nous faudrait d’anecdotes pour enfin réaliser que la situation est problématique.

Les anecdotes rapportées dans les journaux et autres médias sont en effet déjà très nombreuses. À celles-ci s’ajoutent celles que notre équipe de recherche a pu recueillir; en effet, depuis près de 8 mois, nous menons une étude, laquelle est toujours en cours, sur la question de la censure chez les étudiants universitaires. 

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Des étudiants dans la crainte

Ceci nous a permis notamment de recueillir de nombreux commentaires qui indiquent que le débat et la diversité des points de vue sont difficiles, voire impossibles dans certains départements. Que les étudiants craignent de partager leur point de vue. Qu’il est difficile d’avoir des conversations posées et raisonnées. Que ceux qui présentent des points de vue qui critiquent ou questionnent les dérives du mouvement de justice sociale, même à des fins constructives, se font humilier publiquement par certains professeurs et étudiants. 

Que les étudiants ont peur de s’exprimer, craignant d’être traités de suprématistes blancs ou de transphobes alors que cela n’est pas du tout leur point de vue, ou encore de se faire annuler ou de se voir refuser l’accès à des bourses ou à des études graduées. Nous avons nous-mêmes observé ces phénomènes dans nos programmes.  

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Gina Cormier, étudiante à la maîtrise et coordonnatrice de la recherche Département de psychologie de l'éducation et de l'orientation université McGill sur QUB radio :   

Censure 

Mais l’heure n’est plus aux anecdotes. La Commission sur la liberté académique a déjà rapporté, grâce à son sondage réalisé auprès de près de 1000 étudiants, que 28% des personnes répondantes se sont censurées dans le cadre de leurs études universitaires et que le même nombre ont été témoins d’autocensure de la part d’un professeur. 

Selon les données que nous avons nous-même pu recueillir à ce jour auprès de plus de 2000 étudiants canadiens, dont près de 1350 au Québec, la situation pourrait en fait être pire. 

En effet, près d’un étudiant sur deux se serait censuré lors d’une discussion avec des professeurs ou d’autres étudiants. Lorsqu’ils ou elles ont osé parler, 1 sur 5 dit avoir été censuré par d’autres. Un étudiant sur 5 décrit son département comme étant hostile à ses positions idéologiques ou politiques. 

Près de 40% des étudiants se disent inconfortables d’aborder des sujets potentiellement controversés en lien avec le genre et l’identité de genre. Ce pourcentage grimpe à 50% pour des sujets en lien avec la politique, la religion et les questions raciales. Par ailleurs, un étudiant sur 4 se dit hésitant d’aborder ou de questionner les politiques universitaires en lien avec l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI). Les raisons invoquées pour ceci varient. 75% s'inquiètent dans une certaine mesure que d'autres étudiants qualifient leurs opinions « d’offensantes » et 50% craignent que l’on porte plainte à leur endroit en vertu d’une quelconque politique universitaire. 

Par ailleurs, environ 1 étudiant sur 5 craint que sa réputation soit endommagée si ses opinions politiques étaient connues, ou si ses opinions sur les questions en lien avec l’EDI, l’identité de genre ou la justice sociale étaient connues. Plus troublant encore, seul 1 étudiant sur 5 est entièrement confiant que l’université défendrait son droit de s’exprimer. 

Le déni persiste

Les données parlent d’elles-mêmes. Et pourtant, le déni persiste, ce qui démontre à quel point certains refusent systématiquement de remettre en question leur point de vue et cherchent plutôt des arguments qui feraient que d’autres se joignent à leur cause. Ainsi fonctionnent-ils à l’envers, partant d’abord d’une conclusion, voire d’une croyance, pour ensuite tenter de trouver les arguments et supposés faits qui soutiennent leur cause tout en niant ceux qui contredisent leurs impressions. 

Ainsi, la réponse à la question posée par Richard Martineau -« Ça en prend combien, des anecdotes? »- est on ne peut plus simple: jamais assez, quand on croit déjà avoir tout compris ou quand on nie encore les évidences parce qu’elles sont incompatibles avec nos croyances. 

Gina Cormier, Helen Thai, Alix Wong-Min, Yangyilin Guo, Ayse Turkoglu, étudiantes en psychologie à l’Université McGill

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