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États-Unis: le droit à l’avortement bientôt effacé

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Photo AFP Des militants pour le droit à l’avortement se sont rassemblés devant la Cour suprême des États-Unis mardi.

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La perte imminente du droit à l’avortement pour des millions d’Américaines est un signe d’un profond malaise démocratique aux États-Unis.

Une version préliminaire d’un jugement de la Cour suprême, qui a fait l’objet d’une fuite lundi, suggère qu’il est pratiquement inévitable que le précédent juridique qui interdit la criminalisation de l’avortement depuis 1973, Roe vs Wade, sera bientôt renversé.

Pour la droite religieuse, c’est une grande victoire. Pour le droit des femmes de disposer de leur corps selon leurs propres valeurs, c’est une amère défaite. Pour la démocratie américaine, c’est un pas en arrière.

Une Cour ancrée à droite

La Cour suprême a déjà invalidé d’importants précédents dans le passé, mais l’abandon de Roe vs Wade représente peut-être la première fois que la cour retire un droit acquis aux citoyens.

Je dis « peut-être », car cette même cour dominée par la droite a récemment retiré certaines protections pour le droit de vote des minorités ethnoraciales (Shelby County vs Holder, 2013).

Le texte qui circule, attribué au très conservateur Samuel Alito, signale une intention possible de revenir sur d’autres droits contestés par la droite religieuse, comme le droit au mariage pour les conjoints de même sexe ou l’accès libre à la contraception.

Légitimité démocratique douteuse

La cour actuelle est loin de jouir d’une parfaite légitimité démocratique. Quatre des cinq juges qui s’apprêtent à effacer le droit à l’avortement ont été nommés par des présidents élus avec une minorité du vote populaire et confirmés par des sénateurs représentant une minorité de la population. En plus, ces cinq juges avaient promis aux sénateurs de respecter les précédents judiciaires.

Dans un grand nombre d’États, l’annulation de Roe vs Wade signifiera l’entrée en vigueur automatique ou l’adoption prochaine de lois qui rendront l’avortement pratiquement impossible. L’interdiction de l’avortement est rejetée par une solide majorité d’Américains, mais ils n’y pourront rien.

Les injustices et autres conséquences sociales désastreuses de la criminalisation de l’avortement – malheureusement trop bien connues – ne feront qu’empirer les choses, mais le mal sera fait.

Depuis des décennies, les républicains s’appuient sur la droite religieuse en promettant d’abroger Roe vs Wade. Poursuivre cet objectif sans en subir les conséquences était politiquement payant. Aujourd’hui, cependant, le parti se retrouve comme le chien qui finirait par attraper la voiture après l’avoir poursuivie. Que va-t-il faire avec ?

Taux de participation anémique

L’électorat américain agit habituellement comme un thermostat : les virages brusques dans une direction entraînent un mouvement dans l’autre direction. Avec l’inflation galopante et les autres ennuis qui plombent leurs espoirs pour novembre prochain, les démocrates auraient bien besoin de ce genre de coup de pouce.

Si les démocrates arrivent à canaliser l’énergie des progressistes pour augmenter le taux de participation anémique des élections de mi-mandat et s’ils parviennent à éviter les excès de zèle idéologiques pour récupérer les électeurs rebutés par l’extrémisme républicain, ils pourraient sauver les meubles.

Ce ne sera pas le dernier épisode de la radicalisation à droite de la Cour suprême américaine et, pour s’en prémunir, les citoyens devront voter dans l’autre sens. Les démocrates sauront-ils en bénéficier ? Ça reste à voir.

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