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Trouver un psychologue au Québec, un véritable parcours du combattant

Les rendez-vous sont rares et peuvent coûter jusqu’à 240$ la séance, a constaté Le Journal

Gaëtan Roussy
Photo Pierre-Paul Poulin Les trois quarts des psychologues contactés par Le Journal pour une psychothérapie n’avaient plus de place. Gaëtan Roussy, président de l’Association des psychologues du Québec, constate la hausse de la demande.

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Trouver un psychologue disponible au Québec relève du parcours du combattant, même au privé, a observé Le Journal. 

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«On a un sérieux problème d’accès», constate Christine Grou, la présidente de l’Ordre des psychologues du Québec (OPQ), alors que la Semaine de la santé mentale bat son plein.

«Avant, on avait un système à deux vitesses [...], ce n’est plus vrai. La pandémie a fait exploser les demandes de consultations [au privé]. Les cabinets sont saturés.»

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, la demande en psychologie a fortement grimpé au Québec. Alors qu’environ 20 000 personnes sont en attente au public, voilà que les psychologues qui pratiquent au privé sont aussi débordés. 

Dans les derniers jours, Le Journal a tenté d’obtenir une consultation auprès d’un psychologue au privé, partout au Québec. 

Au total, 49 des 65 cabinets ou professionnels contactés, soit 75 %, ont refusé notre demande d’aide, faute de place. Certains avaient une liste d’attente de plusieurs semaines, mais d’autres ont carrément fermé leur liste en raison de la trop forte demande. 

Merci et bonne chance

«Mon bureau est actuellement complet, merci pour votre confiance et bonne chance dans votre démarche», a écrit la psychologue Denise Fortin, de Laval.

Des cliniques de psychologie, qui regroupent plusieurs professionnels, ne nous ont même pas rappelés. 

«Il y a tellement de demandes que c’est même difficile de rappeler tout le monde», observe Gaëtan Roussy, président de l’Association des psychologues du Québec.

Les prix varient beaucoup

Par ailleurs, le tarif varie énormément d’un endroit à l’autre pour une séance de 50 minutes, a-t-on constaté, même si la plupart travaille désormais en virtuel. 

En général, ceux qui avaient de la disponibilité demandent au moins 150 $ la séance, mais le tarif peut grimper jusqu’à 240 $, comme à la clinique Blake psychologie, à Pointe-Claire. 

Quelques rares psychologues moins chérants avaient toutefois de la place. 

«Les frais varient énormément d’un psychologue à l’autre, et on ne sait pas toujours pour quelle raison», affirme M. Roussy, qui a constaté une hausse des tarifs.

Ce dernier souligne toutefois que l’expérience, l’expertise et la région peuvent influer sur le prix. 

Tarifs haussés de 50 % 

Le 11 avril dernier, le site de l’OPQ indiquait que le tarif devrait se situer entre 80 $ et 130 $ la séance. Or, quelques jours après que Le Journal a posé des questions à l’Ordre, le tarif a été révisé à la hausse, entre 120 $ et 180 $ la séance, soit 50 % plus cher. 

L’Ordre justifie ce changement par le fait que le tarif n’avait pas été revu depuis plus de cinq ans. 

Selon Mme Grou, rien ne laisse croire que des psychologues ont profité de la forte demande pour hausser leur tarif. Elle souligne que ces prix sont comparables à ceux d’autres professionnels en soins. 

«On ne s’en rend pas compte au public, mais les services de santé sont coûteux. On s’en rend plus compte quand on va au privé», dit-elle. 

«Le fait qu’il n’y ait plus d’accès au privé est un indicateur que les honoraires ne sont pas un frein à consulter. Les cabinets sont pleins!» ajoute Mme Grou. 

Les patients qui ont la chance d’avoir une assurance pour la psychothérapie peuvent se faire rembourser une partie des frais. Les autres doivent payer 100 % de la facture.


► Vous souhaitez dénoncer une situation dans le réseau de la santé? Écrivez-moi : heloise.archambault@quebecormedia.com 

La détresse augmente avec le manque d’accès      

Incapables d’avoir un rendez-vous dans le réseau public, des patients qui n’ont pas les moyens de payer une psychothérapie au privé voient leur état empirer, comme un effet boule de neige, s’inquiètent des psychologues. 

«Les délais d’attente ont un impact majeur », déplore Karine Gauthier, présidente de la Coalition des psychologues du réseau public québécois. « La condition de la personne va se dégrader, on voit une accumulation de troubles de santé mentale. La personne peut consommer plus d’alcool, des substances, on voit des conflits familiaux. La liste est longue...»

Découragement 

«Il y a un effet boule de neige de ne pas avoir d’aide quand on en a besoin», dit-elle. 

«La difficulté à accéder au service peut augmenter la détresse. Les gens se découragent et cessent de chercher de l’aide», s’inquiète aussi Gaëtan Roussy, président de l’Association des psychologues du Québec.

Au début avril, un citoyen de Québec de 30 ans, Kim Lebel, a brutalement tué son voisin. Selon ses parents, le système n’a pas pris au sérieux leur demande pour qu’il reçoive l’aide d’un psychiatre.

L’attente pour voir un psychologue au public varie d’une région à l’autre, mais elle peut atteindre deux ans, selon des psychologues. 

À défaut d’avoir cet accès, des patients sont parfois orientés vers d’autres professionnels (travailleur social, psychoéducateur). Certains paient pour un service au privé, mais plusieurs n’en ont pas les moyens. 

«C’est déjà difficile de payer tout ce qu’il y a à payer dans la vie, et s’il faut payer au privé, et que les tarifs ont augmenté, c’est évidemment très difficile pour plusieurs», dit M. Roussy. 

Exode au privé 

Selon la Coalition, l’exode des psychologues vers le privé s’explique par le salaire, environ 30 % plus élevé. Présentement, les deux tiers des 6000 professionnels travaillent au privé, selon l’Ordre des psychologues du Québec. 

«Ça m’inquiète aussi, soutient Christine Grou, la présidente de l’Ordre. Mais, on a besoin des deux systèmes parce que dans le réseau public, on ne traite pas les mêmes problèmes. On traite en équipe interdisciplinaire.»  

Pas facile de trouver un rendez-vous  

Le Journal 

Le Journal a fait des demandes de consultation auprès d’une soixantaine de psychologues et cabinets privés partout au Québec. Résultat: 75 % des professionnels n’ont plus de place pour un nouveau patient. À noter que la plupart des psychologues ont pris le temps de répondre à notre courriel de demande, même s’ils n’avaient pas de place. Voici quelques réponses reçues par courriel:  


Clinique Berri, Montréal 

«Malheureusement la demande est trop grande en ce moment et nous sommes complets. Nous avons même dû fermer notre liste d’attente afin d’éviter des attentes beaucoup trop longues.» 


Sylvie Beauchamp, Chicoutimi

«Je n’ai présentement pas de disponibilités pour vous offrir un service en psychothérapie. Si vous le souhaitez, vous pouvez laisser vos coordonnées afin que je puisse vous contacter au moment où une place se libère.» 


André Lessard, Québec

«Encore des téléconsultations et je ne travaille pas avec des tiers payeurs (SAAQ, CSST...). Si vous êtes disponible le jour où je travaille (mercredis et jeudis)... Je pourrais vous intégrer graduellement dans le prochain mois possiblement...» 


Cabinet de Psychologie et Neuropsychologie de Montréal

«Actuellement, nos professionnels n’ont pas de nouvelles disponibilités pour du suivi en psychologie.

En raison de la situation particulière et de la demande, nous avons pris la décision de fermer temporairement notre liste d’attente.»  


Naomi Kurasawa, Gatineau 

«Je vous remercie de faire appel à mes services, mais malheureusement, je ne prends plus de nouveaux clients.» 


Clinique Blake Psychologie, Montréal  

  • Prend de nouveaux patients  
  • Tarifs de 160 $ à 240 $ par séance de 50 minutes, selon le psychologue  
  • La thérapie de couple peut coûter de 175 $ à 260 $ la séance   

Mary Polychronas, Montréal  

  • 225 $ par séance  
  • Rendez-vous possible le jour même   
  • En anglais seulement     
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