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Jean Charest prend les conservateurs pour des cons

CANADA-POLITICS/CONSERVATIVES
Photos REUTERS Quelqu’un qui a des valeurs respectera plus quelqu’un qui a des valeurs différentes, mais qui en a, qu’un homme prêt à dire n’importe quoi pour le séduire.

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« Un camionneur du convoi a plus d’intégrité dans un petit doigt que vous et votre gouvernement tout entier ».

Ayoye !

C’était Pierre Poilievre, candidat à la direction du Parti conservateur, assénant un jab à Jean Charest.

« Vous parlez de la loi et de l’ordre, c’est un peu fort étant donné que votre parti, votre Parti libéral, a encaissé un demi-million de dollars de dons illégaux quand vous le dirigiez ».

Ayoye !

C’était Poilievre faisant suivre son jab d’un direct au menton de Jean Charest.

Les gens ont applaudi. Beaucoup. Chaleureusement.

Contorsions

Je sais, vous suivez d’un œil très distrait la course à la direction du Parti conservateur. Moi aussi.

Je crois que nous ratons quelque chose de divertissant.

La dureté des coups encaissés par Jean Charest ne tient pas seulement au fait que Poilievre voit la politique comme une arène de boxe.

Elle tient aussi au fait que Jean Charest l’a bien cherché.

Beaucoup de militants conservateurs ont des valeurs que vous et moi ne partageons pas, du moins pour certaines.

Mais justement, ils ont des valeurs.

Quelqu’un qui a des valeurs respectera plus quelqu’un qui a des valeurs différentes, mais qui en a, qu’un homme prêt à dire n’importe quoi pour le séduire.

Les contorsions sont un peu inévitables en politique, mais il y a tout de même, comme on dit, de maudites limites.

Jean Charest s’est toujours tenu loin des débats sur la religion.

Il lança la Commission Bouchard-Taylor justement pour avoir la paix sur ce front, puis laissa moisir sur une tablette son rapport.

Aujourd’hui, voulant capitaliser sur la hargne anti-loi 21 au Canada anglais, il lance : « Y a-t-il quelque chose de plus important que la liberté religieuse ? Je ne crois pas ».

Jean Charest s’est fait un nom quand, à titre de ministre de l’Environnement, il avait dirigé la délégation canadienne au Sommet de l’ONU sur le climat, à Rio, en 1992.

Il introduisit ensuite la tarification du carbone.

Aujourd’hui, il se dit ouvert à la construction de nouveaux oléoducs et propose de baisser les objectifs canadiens de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

On peut à bon droit plaider que les objectifs actuels sont irréalistes et que des oléoducs sont nécessaires pour réduire notre dépendance au pétrole étranger.

Mais c’est une volte-face complète par rapport à sa vision de jadis.

Quand il était premier ministre du Québec, il plaidait pour l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence des provinces.

Il s’insurgeait contre les intrusions fédérales, notamment dans le champ de la santé.

Aujourd’hui, il voudrait des normes pancanadiennes, comme Justin Trudeau.

Sympathie

Y a-t-il des limites aux contorsions de Jean Charest ?

Apparemment, non, et, de toute évidence, beaucoup de militants n’apprécient pas.

Le Parti conservateur n’est pas ma tasse de thé, mais j’ai toujours un élan de sympathie pour les gens qui refusent qu’on les prenne pour des cons.

Cette chronique sera de retour le 26 mai.

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